Témoignages d'anciens combattants:
Grant Wesley Imes

Armée

  • Soldats du 4th Princess Louise Dragoon Guards dans un véhicule blindé Humber IV, à Matrice, Italie, le 27 octobre 1943. De gauche à droite: Sergent J.M. McAdie, soldats John McMullen et John Cappo.
    Crédit: capitaine Alexander M. Stirton / Canada. Dépt. de la Défense Nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-137994.

    Crédit: Capt. Alexander M. Stirton / Canada. Dépt. de la Défense Nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-137994
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"C’était la fin de cinq mois dans le sang, oh mon Dieu, ça a été une pagaille épouvantable et meurtrière. Et de furent les derniers coups tirés à Cassino. J’ai entendu ça."

Transcription

J’ai fait ma formation complète dans les chars lourds. J’étais censé être dans les chars et alors que j’avais prévu d’aller dans le Calgary Tanks (King’s Own Calgary Tanks Regiment), et finir dans le Calgary Tanks en Angleterre, mais ils faisaient appel à des volontaires pour partir dans la Méditerranée en reconnaissance qui fait aussi partie des blindés mais plus récents. Un paquet de nigauds ont levé la main et j’ai levé la mienne avec eux, et voilà.

Ils nous ont juste emmenés à Naples, nous ont largués à Naples. Les canadiens étaient là-bas de l’autre côté du pays et on est finalement arrivés dans le régiment (4th Princess Louise Dragoon Guards) trop tôt, bien trop tôt. Et puis la guerre a continué, et on nous a pris avec. On s’est frayé un chemin à travers l’Italie : Campobasso, le Sangro (fleuve), la rivière Moro et Ortona. J’ai passé tout l’hiver 43-44 dans les parages d’Ortona et sur la Winter Line. J’ai passé 67 ans là-bas, un hiver bien court cet hiver là. (rire)

Au printemps, et ça c’était vers la fin avril, ils nous ont retiré de Vino Ridge et on est rentrés, on a eu une coupure de quelques semaines agréables. C’était la première fois qu’on avait du repos en sept mois, je pense. Et ensuite on est arrivés à Monte Cassino et ça c’était pire.

Les tirs d’artillerie sont allés en diminuant et puis ça s’est arrêté. Et notre radio a continué à grésiller. Je m’en souviens encore. Le rapport du corps polonais, toutes les positions sont sûres, toute la résistance éliminée. C’était la fin de cinq mois dans le sang, oh mon Dieu, ça a été une pagaille épouvantable et meurtrière. Et de furent les derniers coups tirés à Cassino. J’ai entendu ça.

Et on était la reconnaissance, on marchait à l’avant de l’infanterie. On ne pouvait pas aller n’importe où ; on était coincé au milieu de ce tas de gravats qu’était Cassino. On ne pouvait pas aller plus loin parce que les allemands étaient toujours dans la montagne et nous surplombaient. Mais désormais nous étions libres, et nous voilà partis. Les chars forçaient le passage au milieu des décombres et nous avons dépassé Cassino d’une vingtaine de kilomètres cette nuit-là jusqu’à la bordure de la ligne Hitler, juste à la bordure de la ligne Hitler. Et les canadiens, je crois, ont eu dans les 3000 victimes sur la ligne Hitler. J’ai été l’une des premières. J’ai été blessé cette nuit-là.

J’étais mort de fatigue. Je crois que je n’avais pas dormi depuis 24 heures ; et je venais d’arriver, et je suis tombé dans un trou, juste sous un grand arbre. Et ça c’était une chose que vous étiez tout le temps, qui était imprimé dans votre tête, vous n’allez pas sous les arbres, n’allez nulle part à proximité d’un arbre ou de n’importe quel objet d’une certaine hauteur parce que les obus qui arrivaient allaient les toucher et exploser en l’air ; et une explosion aérienne est infiniment plus dangereuse qu’une explosion au sol parce qu’elle tombe tout droit. Mais j’étais trop fatigué cette nuit-là pour y faire attention, j’ai fait un roulé boulez dans un fossé sous ce grand arbre. Ils disent que vous n’entendez jamais celle qui vous attrape, mais je l’ai entendue celle-là. (rire) J’ai entendu ce canon là-bas à trois ou cinq kilomètres de là et un bon gros obus arriver. Je savais qu’il se dirigeait droit sur ma poche à la hanche et il a atteint l’arbre. Et l’explosion juste au dessus de ma tête. C’était mon ticket retour. Je suis arrivé chez moi sur un brancard. Je n’ai pas pu marcher pendant trois mois, et j’ai été très malade pendant quelques temps, mais ça faisait parti du truc, ça faisait partie du jeu.

Date de l'entrevue: 28 juin 2010

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