Témoignages d'anciens combattants:
Derek John Kidd

Marine

  • Image d'une partie de la trace d'ASDIC datant du 17 janvier 1944. La poursuite a duré sept heures sous un mauvais temps et a finalement abouti au naufrage du U-377 par le HMS Wanderer.

    Derek John Kidd
  • Marin attrappant une rampe de sauvetage avant que l'eau ne vienne balayer le centre du navire, le HMS Wanderer, en janvier 1944.

    Derek John Kidd
  • Des marins cassant la glace qui s'est formée sur le pont du bâteau dans la tempête de neige, nord de Mourmansk, 1944.

    Derek John Kidd
  • M. Derek John Kidd, Portsmouth, Angleterre, en mars 1940.

    Derek John Kidd
  • Le HMS Sandwich montrant la fin "émoussée" après un bombardement en Atlantique du nord, janvier 1942.

    Derek John Kidd
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"Mais après quelques temps, on a trouvé que c’était mieux de former des groupes de, vous savez, trois ou quatre bateaux anti sous-marins expérimentés séparés des convois et qui partaient à la recherche des sous-marins avant qu’ils frappent le convoi."

Transcription

C’était le NSM Wanderer. Et on faisait partie de ce qu’ils appelaient des groupes d’attaque anti sous-marins. Normalement, les convois, vous savez, avec tous les navires marchands, sont escortés par des groupes d’escorte composés de vaisseaux anti sous-marins comme des destroyers et des corvettes et des choses comme ça. Mais après quelques temps, on a trouvé que c’était mieux de former des groupes de, vous savez, trois ou quatre bateaux anti sous-marins expérimentés séparés des convois et qui partaient à la recherche des sous-marins avant qu’ils frappent le convoi. Et c’est ce qu’on faisait. On remontait le passage de Mourmansk où évidemment ils étaient tout le temps attaqués. Et vous savez, le plus souvent seulement un tiers du convoi arrivait à passer à travers et c’était important parce qu’il allait à Mourmansk ou Archangel (les deux étant des ports soviétiques dans l’Arctique) et on nous disait que le ravitaillement était déchargé et partait directement au front, à St Petersburg (alors connue sous le nom de Leningrad) et ainsi de suite.

Et alors c’était important de réussir à les faire passer mais on s’occupait de différents convois et on était soit à portée de vue du convoi soit à proximité, ou au large à la recherche des meutes de sous-marins allemands (groupes de U-boat allemands) qui pouvaient être en train de se former, et c’était ce qu’on faisait à ce moment-là. Au nord de l’Île de l’ours, qui est en plein dans le cercle polaire, conditions météo épouvantables, très mauvaises. Pas tant que ça au niveau des icebergs à cet endroit mais un temps épouvantable. On était totalement dépendants de ce qu’on appelait l’ASDIC, qu’on connaît aujourd’hui sous le nom de sonar, vous savez, détection sous-marine. Et notre transducteur, qui est un truc qui fait dans les, oh, un mètre de circonférence et 25 centimètres d’épaisseur, et c’est un sandwich quartz et métal qui quand vous faîtes passer un courant électrique à travers, ça contracte le quartz et puis il se relâche ; provoquant ainsi une onde qui est, si vous êtes sur la bonne fréquence, vous recevez un son. Or vous pouvez détecter l’écho qui revient. C’est juste un radar immergé.

En tout cas, notre transducteur, qui se trouvait dans un dôme protégé, qui allait en dessous du bateau, s’est arrêté tout simplement, et puis vous pouviez le rétracter en cas de besoin, notre oscillateur est tombé en panne. Donc autrement dit, on était aveugles et sourds. Et c’est terrible. En tout cas, il fallait qu’évidemment, en tant que contrôleur de l’ASDIC, et avec mon officier marinier, on a dû descendre en dessous de la coque jusqu’aux portes étanches, et on savait que notre dôme avait fuit mais on ne savait pas quelle quantité d’eau on allait trouver là dessous ou de fait, quand on a enlevé le dôme, ou enlevé le dessus du dôme afin de drainer l’eau dans l’oscillateur, combien d’eau allait entrer.

En tout cas, c’est ce qu’on devait faire alors on est descendus là en bas, il n’y avait pas trop d’eau et à nous deux on a réussi à enlever le haut du dôme et remonter l’oscillateur, grand truc volumineux, et puis à le remplacer par un nouveau dont on disposait, on en transportait toujours deux de rechange et il a fallu qu’on en installe un, le raccorde à l’oscillateur et ensuite le replace dans le dôme et voilà.

Mais le truc à vous donner froid dans le dos c’était, toutes sortes de trucs inquiétants, premièrement, on ne savait pas quelle quantité d’eau allait sortir et je crois qu’il y avait toutes les, ce qui avait l’air d’être toutes les dix secondes, le téléphone sonnait du pont, comment ça va, quel retard. Parce que vous savez, ils sont là-haut aveugles eux aussi et sourds. Et pendant qu’on était là en bas, vous pouviez entendre les torpilles qui passaient par là. Remarquez, vous pouvez reconnaître le son d’une torpille quand vous êtes sous l’eau de toute façon. Et pour sûr c’était une sensation vraiment bizarre que d’entendre ces torpilles passer par là. Et aussi, il y avait les explosions provenant soit des navires qui avaient été torpillés ou des grenades sous-marines qui partaient ailleurs.

Eu un sous-marin plus tard pendant ce voyage. Je ne crois pas qu’on ait réussi à identifier lequel c’était. Mais en tous les cas, on en a eu un et c’est tout. La bataille principale pendant qu’on était là-bas se passait entre les avions et le convoi et les croiseurs lourds.

Date de l'entrevue: 7 octobre 2010

Follow us