Témoignages d'anciens combattants:
John Harold “Hutch” Hutchinson

Marine

  • John Harold Hutchinson à Lougheed House, Calgary, Alberta, le 28 juin 2010.

    Historica Canada
  • La moitié de l'équipe des chauffeurs du HMS Moyola. Monsieur Hutchinson est tout à droite de la dernière rangée.

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"Et sûr et certain vers une heure moins le quart, l’ordre est arrivé de se préparer pour l’impact."

Transcription

On avait repris un convoi, le ONS 18 (convoi lent Outbound North n°18), et on a rejoint un autre convoi et on a traversé l’océan en direction de l’ouest. Quelque part au sud de l’Islande, j’avais le quart de 8 heures du soir à minuit. J’avais une montre de civil que j’avais achetée quand je travaillais à l’usine d’ammoniaque, donc je me servais de l’heure normale. Je n’ai jamais appris l’heure militaire correctement en fait. Vers 9h15, on a eu un appel « postes de combat » et on a pourchassé des sous-marins ou quelque chose comme ça. Je n’ai entendu aucune explosion de grenades sous-marines. Généralement dans une salle des machines comme ça, ça fait comme le bruit d’un tambour. Mais vers 11h15, j’ai jeté un coup d’œil à l’horloge, parce qu’ils ont dit « en avant toutes », l’ordre est descendu par l’intermédiaire d’un porte-voix, en avant toutes. L’officier marinier a allumé plus de brûleurs, et ça voulait dire plus de brûleurs à nettoyer pour moi, comme j’étais chauffeur adjoint. Et puis vers minuit moins cinq, le gars qui devait prendre ma place est descendu, et il dit, tu dois rester en bas parce que j’ai plus d’expérience, ils ont besoin de moi en haut. J’ai dit d’accord, je vais rester ici, alors je suis resté en bas. Alors j’ai fait deux quarts cette nuit-là, c’était mieux que d’être là-haut de toute façon. L’officier marinier qui a pris la place de l’autre gars a dit qu’ils avaient repéré un bateau à la surface à une trentaine de milles environ. C’est avec l’Asdic (radar) ou le Huff-Duff (HF/DF : système de radiogoniométrie) ou quelque soit les instruments qu’ils utilisaient. Le Huff-Duff fait la triangulation, et l’Asdic détecte. En tout cas, on avançait à plein régime, et j’ai regardé ma montre ; et je me suis dis, bon, ça devrait, vous savez, de onze heures quinze à une heure moins le quart, à peu près une heure à 20 nœuds, ça devait faire à peu près ça. Et sûr et certain vers une heure moins le quart, l’ordre est arrivé de se préparer pour l’impact. L’officier marinier a mis son épaule contre une échelle qui descendait sur le pont et j’ai mis mon épaule contre l’autre, en l’imitant, et tout à coup, dans la minute, boum ! On a pensé qu’on était rentrés dans le sous-marin. J’ai regardé derrière moi, et la paroi derrière moi s’était déformée. On a perdu toute la pression. Ça nous a pris un bon moment, je n’ai pas la moindre idée du temps que ça a pris, mais ça a semblé long pour faire remonter cette pression parce qu’on a pensé qu’on avait dû casser quelques tuyaux. Alors il m’a fallu attendre jusqu’à 4 heures, avant que je sorte de là et découvre que celui sur le pont du gros canon, celui à tribord, parce que le sous-marin nous avait vus à la surface et c’était un nuit de pleine lune, et il nous avait repérés à la surface et avait effectué une plongée rapide, 500 mètres devant nous soi-disant. Alors ils ont tiré avec ce Hedgehog un mortier anti-sous-marin, et ce que je pense moi, comme c’était la première fois que ces deux gars là-haut tiraient avec un de ces trucs là, parce qu’ils en avaient deux à la proue, deux à main droite et deux à main gauche, et en plus une équipe de pièces, les gars qui tiraient les goujons prenaient sans doute les plus proches d’eux et puis il a étendu son bras et tiré le second rouleau et a étendu encore pour atteindre le troisième et en même temps, tournant l’hélice en aval, et ça avait sans doute casser le flacon de fulminate de mercure (explosif très sensible aux frottements) parce que quand ils ont tiré, il a explosé sur le pont, les 24 ensemble. Ils avaient fait deux trous bien grands en dessous d’eux ; et deux plus petits sur le pont voisin à une vingtaine de centimètres de l’endroit où ils gardaient les obus juste en dessous. Alors on a eu de la chance que le bateau ne saute pas en entier. On a fini le quart à quatre heures du matin, comme je l’ai dit, et la première chose qu’on nous a dit c’est de commencer à pomper et on était deux chauffeurs à pomper ce truc pendant deux heures. Il y avait un homme de chaque côté de la pompe à main en train d’évacuer l’eau de cale. Alors on a quitté à 6 heures du matin. Je suis descendu et je me suis allongé dans les vestiaires et je me suis profondément endormi jusqu’à neuf heures.
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