Témoignages d'anciens combattants:
Dorothy Mary Chambers

Forces aériennes

  • Mme Chambers avec l'officier Faulkner dans un centre de ressources pour famille militaire, NCSM Griffin. Mme Chambers était amie avec la mère défunte de l'officier Hazel et sa soeur Flora Ann.

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  • Mme Chambers avec Général (ret) Rick Hillier.

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  • Article de presse d'un journal local honorant Mme Chambers le jour de son 85ème anniversaire.

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  • Médailles de service de Dorothy Chmabers: Médaille du Service des Volontaires Canadiens; Médaille de Guerre (1939-45); et la Médaille du 125ème anniversaire de la confédération du Canada.

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"premier ministre Winston Churchill dire à la radio, « Allez mesdames, nous avons besoin de vous. », vous connaissez sa voix ? Et le jour suivant, je me suis engagée dans l’armée."

Transcription

Un, mon futur m’a passé la bague au doigt, en fait, il m’a envoyé une bague de fiançailles par la poste, quand il est arrivé pour son entrainement élémentaire à Calgary, il a eu peur de me perdre. Alors il a demandé l’autorisation de m’envoyer une bague de fiançailles en diamant, ce qui m’a transportée. J’étais tombée amoureuse de lui à l’âge de 17 ans. Au fur et à mesure que les mois passaient et qu’il me manquait terriblement, je suis venue déjeuner à la maison un jour et j’ai entendu le premier ministre Winston Churchill dire à la radio, « Allez mesdames, nous avons besoin de vous. », vous connaissez sa voix ? Et le jour suivant, je me suis engagée dans l’armée. Voilà c’était les deux raisons, j’ai pensé, pourquoi me languir de mon mari alors que je pourrais faire ce que Churchill a demandé. Alors je me suis engagée dans l’armée en tant que sténo – et de nos jours je dis sténo et les jeunes étudiants ne savent pas ce que ce mot veut dire – mais je voulais faire de la frappe, prendre en sténo et m’occuper du standard, travailler dans un bureau pour l’armée de l’air. L’officier du recrutement à l’Hôtel Royal Edward dans notre ville de Fort William en Ontario m’a dit, ce serait bien si vous pouviez conduire. Et oh, j’étais aux anges, 21 ans et conduire une voiture. J’étais aux anges. Alors je me suis retrouvée chauffeur dans l’armée, j’ai conduit des ambulances, conduit des officiers hauts gradés et d’ailleurs, et ils me traitaient toujours avec 100% de respect et j’ai passé près de trois ans comme chauffeur dans l’armée. Le message c’était, la devise c’était, « nous les femmes nous engageons pour que les hommes puissent voler ». Ça voulait dire que comme ça les hommes pouvaient être déchargés pour partir outre-mer et continuer à suivre les ordres pour faire échouer ce qui se passait pendant ces années de guerre. Et donc c’était ça le message et c’est ce qu’ils m’ont dit quand j’étais dans le bureau de recrutement, si je pouvais conduire, ça permettrait à un ou deux hommes d’être déchargés de cette tâche et c’est exactement ce que j’ai vu se produire quand j’ai atterri à Guelph, j’ai vu deux hommes partir. Je conduisais juste une berline quatre portes ordinaire et de temps à autres je devais conduire une ambulance pour porter des messages et l’aumônier ou quelqu’un de malade à l’hôpital. Et j’ai d’ailleurs souvent conduit un aumônier – c’était ma tâche principale généralement – pour apporter des messages aux familles. Il fallait juste que je l’attende à l’extérieur et il sortait avec une tête de six pieds de long, je savais à ce moment-là qu’il avait apporté une mauvaise nouvelle à la famille. Et entre nous, non, il ne m’en a jamais pipé mot. Et ce n’était pas très souvent. Mais cette partie là ça me touchait. J’y pense beaucoup aujourd’hui, apporter la nouvelle à une famille que leur fils a été blessé ou même qu’il a perdu la vie. On ne voyait pas le moindre journal. Maintenant que je suis ici à penser à ça un peu plus, il n’y en avait pas, du genre vous et moi on va à la porte et on lit les nouvelles du jour et alors on suivait nos ordres et on essayait de ne contrarier personne et on faisait des défilés. Et au fait je faisais partie d’une section de précision, en plus de l’uniforme il y avait ceinture et gants blancs et on allait aux Etats-Unis de temps en temps et on faisait des défilés de marche au pas exemplaires de précision. Et on ne s’inquiétait pas trop au sujet de ce qui se passait, côté guerre. On remplissait tout simplement notre rôle et on essayait de ne pas être nous faire du souci à propos de quoi que ce soit. Le fait de na pas lire les quotidiens c’était peut-être ça qui faisait qu’on obéissait à nos ordres et on s’arrangeait pour que tout se passe bien à l’entrainement dans ces différentes bases. Mon mari, au fait, était mitrailleur radiotélégraphiste ; c’était son titre. Il a été absent pendant quatre bonnes années ou à peu près et je n’étais pas inquiète sur le fait qu’il puisse rencontrer quelqu’un d’autre mais lui par contre il s’en faisait. Il pensait qu’il m’avait perdue pour de bon et a eu peur en fait de me dire qu’il était sur le chemin du retour à la fin de la guerre. Ils sont rentrés à bord du Queen Mary jusqu’à Montréal, ont sauté dans un train du CFCP, il a atterri à Fort William et ne m’a pas appelée et – les gens n’utilisaient pas le télégraphe, et il n’y avait rien du genre des téléphones portables ou de ces admirables ordinateurs – et un voisin l’a vu traverser la rue avec son sac de l’armée sur l’épaule. Il habitait dans le voisinage de notre gare de train et il a fallu que je lui téléphone pour savoir s’il était chez lui. Quand je l’ai retrouvé il faisait une tête de six pieds de long et il était terrifié à l’idée que je lui annonce que j’avais trouvé quelqu’un d’autre. Donc c’était quelqu’un d’assez romantique. Et il a relevé la tête quand il a vu que je portais toujours la bague à mon doigt. Ça me donne mauvaise conscience de dire que ça me plaisait beaucoup. Et je ne veux pas dire que j’étais heureuse. Vous savez, c’est un peu ambigu parce que c’est difficile à croire que vous puissiez avoir du plaisir à être dans l’armée quand il y avait des gens qui perdaient la vie outre-mer, etc. Et ce que je veux dire par là c’est que j’aimais la discipline, et j’aimais beaucoup comme chaque base fonctionnait d’une manière merveilleusement ordonnée ; je suppose que c’est ce qui m’impressionnait.
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