Témoignages d'anciens combattants:
George Malcolm “Red” MacNair

Marine

  • Matelot George MacNair (second à droite) pose avec ses camarades du groupe travaillant sur le Hedgehog du HMCS Prince Rupert après avoir fait couler le sous-marin allemand U-575 en patrouille aux Açores, en mars 1944.

    George MacNair
  • Après avoir fait couler le sous-marin allemand U-575 en mars 1944, trois Néo-brunswickois de l'équipage du HMCS Prince Rupert posent pour une photo de journal à St-Jean de Terre-Neuve. De gauche à droite: Alan Butcher, Melville DeMerchant et George MacNair.

    George MacNair
  • George MacNair (à droite) avec son frère Doug MacNair (blessé en 1945 pendant qu'il servait avec l'armée aux Pays-Bas) après qu'ils soient tous les deux rentrés chez eux au Nouveau-Brunswick après la guerre.

    George MacNair
  • L'équipage du HMCS Prince Rupert pose après sa mise en service à Esquimalt, Colombie-Britannique, en août 1943. Le matelot George MacNair est le 3ème à droite dans la rangée supérieure.

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  • Drapeau rouge qui a volé sur le HMCS Prince Rupert. Ce drapeau a été endommagé et a été remplacé le 12 mars 1944.

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"J’ai grandi à la campagne, et j’ai tué veau, vache, cochon, poulet, mais je ne m’attendais vraiment pas à quelque chose comme ça."

Transcription

Après mon entrainement, j’ai été envoyé, tout l’équipage du nouveau navire qui allait prendre la mer en Colombie Britannique à Esquimalt (Quartier général de la Marine canadienne dans le Pacifique) ; et on a passé sept jours et huit nuits dans le train. Depuis j’ai fait le retour en avion. Mais le navire avait de retard, alors au lieu d’être la deuxième frégate (vaisseau d’escorte anti-sous-marin) à prendre la mer, on s’est retrouvés en troisième position. On a passé les mois de mai, juin et juillet ainsi qu’une partie du mois d’août sur la côte Ouest. On a fait un saut sur le Prince Ruppert à l’occasion d’une sorte de cérémonie. Un gars avait composé une chanson qui disait « Ils nous ont donné des cigarettes, une machine à laver et une guitare, mais c’est tout ce qu’ils ont donné au « Fighting PR» (NCSM Prince Ruppert).

De là, on a traversé le canal (de Suez), on est remonté jusqu’à Halifax, encore un peu d’entrainement au large de Pictou, et puis Terre-Neuve et le groupe d’escorte C3, jusqu’au milieu de l’Atlantique, la route Terre-Neuve à Derry. Quatre jour sans, demi-tour, et retour. En mars 1944, on nous a envoyés aider le groupe d’escorte Yankee ; et on a participé au naufrage d’un sous-marin allemand. On a récupéré 14 survivants : deux officiers et douze hommes. J’étais la sentinelle qui les a surveillés pendant quelques jours. La plupart d’entre eux parlaient anglais, alors on a pas mal sympathisé. Vous savez, on avait l’ennemi en commun l’océan, eux comme nous. Alors on avait des tas de choses en commun à discuter. J’ai découvert quelque chose de tout à fait fascinant que je n’ai jamais oublié. Deux d’entre eux étaient protestants luthériens, et je suis un presbytérien de naissance, et ils avaient des mères qui priaient pour eux tout comme moi.

J’ai eu un réveil difficile. On était censés être habituellement 30 jours en mer et 4 jours sans. Mais cette fois-là, on était en mer depuis 42 jours et on devait arriver à Londonderry de nuit (Irlande du Nord). On remontait la mer d’Irlande, on a détecté un sous-marin avec l’ASDIC, et on s’est lancés dans deux ou trois attaques, quand tout à coup, un de nos Hedgehog (mortier anti-sous-marin) il s’est avéré après enquête qu’il avait été saboté. Il a explosé quand il a quitté le support, a mis le local à peinture (très inflammable) et la salle de cantine en feu ; ça a tué six gars et fait 12 blessés.

On est entrés dans Belfast, mais ils ne voulaient pas nous laisser décharger les morts et les blessés. Ils ne nous permettaient pas d’avoir un mouillage permanent à cause des explosifs. Certaines bombes étaient traversées par des éclats d’obus. J’ai participé au nettoyage de ce chaos. J’ai grandi à la campagne, et j’ai tué veau, vache, cochon, poulet, mais je ne m’attendais vraiment pas à quelque chose comme ça.

Je rassemblais les morceaux des corps dans une pelle et je dégueulais dans l’autre. J’arrivais à peine à tenir debout sur le lino de ce pont couvert de sang. Je me réveille encore avec des cauchemars ; et je sens cette odeur fétide de mort et de corps aux membres arrachés. Ça vous vous marque à jamais manière épouvantable.

Date de l'entrevue: 27 septembre 2010

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