Témoignages d'anciens combattants:
Asher Joram

Armée

  • De jeunes juifs rescapés d'un camp de concentration attendant près de la frontière autrichienne. Italie, 1945.

    Asher Joram
  • Asher Joram (deuxième à partir de la droite) avec son unité posant devant leur camion. Afrique du Nord, 1945.

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  • Médailles, photos et divers documents d'Asher Joram relatant son expérience militaire.

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  • Page-couverture d'un ouvrage intitulé "Unités juives du Corps royal d'Intendance de l'Armée" (Jewish unit of Royal Army Service Corps).

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"Les Britanniques n’étaient pas vraiment nos amis. Quand la guerre s’est terminée, nous étions en Italie du Nord. Les Britanniques ont ramené notre unité en Égypte. Là-bas, ils nous ont donné un pantalon, un manteau, un chapeau, un chapeau et 40 livres. Ils nous ont dit de foutre le camp."

Transcription

Ce que nous avons pu constater pendant toute la champagne d’Italie, une fois parvenus à Rome, à Milan, etc., était qu’ils [les Italiens] nous attentaient pour faire se terminer l’occupation allemande, parce qu’ils souffraient beaucoup. Il y avait une pauvreté complète en Italie lors de l’occupation, et ils haïssaient vraiment les Allemands.

Monte Cassino a été vraiment difficile, mais surtout parce que nous ne pouvions pas passer. Ils retenaient les deux armées principales : la 1re armée américaine menée par le Général [Mark] Clark et la 8e

Armée britannique, dont nous faisons partie, sous les ordres du [Field Marshal Bernard] Montgomery. Pendant près de cinq mois, nous ne pouvions pas dépasser ce point. Ç’a été la route vers Rome qui a bloqué toute l’avancée. Il y a eu ensuite un grand désastre. Nous avons été chanceux, car notre participation a été annulée. Nous étions censés y aller. [Le premier ministre britannique Winston] Chruchill a essayé. Ç’a été un désastre. C’était… comment on appelle ça… Je ne sais pas si vous savez ce qui s’est passé. Nous sommes arrivés par le sud et il y avait Monte Cassino, et il y avait Rome. Nous ne pouvions pas passer ça. C’était dans les montagnes. Churchill a donc décidé d’envoyer une brigade derrière les lignes allemandes, et que nous allions pouvoir détruire les Allemands.

Ce qui a causé le désastre est qu’il y a eu une fuite d’information; les Allemands ont eu vent de l’attaque. Nous avons perdu 10 000 hommes dans ce débarquement à Anzio. Nous sommes finalement arrivés à Rome; et ils ont ouvert la Cité du Vatican. Je ne sais pas si vous saviez que la Cité du Vatican a été fermée durant cinq ans. Nous étions là, le premier jour où ils ont ouvert la Cité du Vatican. Des dirigeants alliés allaient vers le Vatican, et le Pape est sorti, Pie XII [Eugenio Pacelli]. Il aurait pu en faire beaucoup pour prévenir la guerre, mais il ne l’a pas fait. Les gens ne le réalisent pas aujourd’hui.

En bien, il était la voix du Pape [Pie XII était le nonce apostolique (représentant diplomatique du Vatican) pour l’Allemagne jusqu’à 1930, et Cesare Orsenigo occupait ce poste durant la guerre] en Allemagne. Il n’a pas ouvert la bouche, pas une seule fois. Ouais, c’était une triste histoire. Mais, de toute manière, nous avons fait sortir des gens – des jeunes gens qui ont survécu aux camps de concentration. Ils ont été emmenés quelque part sur la frontière entre l’Autriche et l’Italie. Savez-vous ce qu’étaient les Haganah [des camps militaires juifs]? Nous avons eu à prendre, à voler cinq ou six camions, et nous avons roulé vers le nord. Nous étions en Italie du Nord, peut-être près de Torino [aussi connue sous le nom de Turin]. Nous avions à rouler vers la – je ne savais même pas exactement, parce que c’était ultra-secret – vers la frontière entre l’Autriche et l’Italie, et à ramasser cinq camions pleins. Il y avait environ 40 enfants dans chaque camion. Nous devions les conduire à travers toute l’Italie, jusqu’à Bari; ça nous a pris trois jours. Si les Britanniques nous avaient pris à faire ça, nous serions tous encore en prison, là-bas. À Bari, il y avait trois petits bateaux qui les ont conduits en Israël.

Nous étions une unité de l’armée britannique, mais nous étions une unité israélienne.  Voyez-vous une étoile de David sur cet uniforme? Nous n’étions pas autorisés à faire ça. Nous ne l’étions pas. Nous avons pris ces camions et nous avons roulé sur plusieurs centaines de miles. Ça ne faisait pas partie de nos fonctions. Pire, nous serions probablement tous en prisons, et tous ces enfants auraient été envoyés dans un camp de concentration à Chypre. Les gens ne connaissent pas cette partie de l’histoire.

Les Britanniques n’étaient pas vraiment nos amis. Quand la guerre s’est terminée, nous étions en Italie du Nord. Les Britanniques ont ramené notre unité en Égypte. Là-bas, ils nous ont donné un pantalon, un manteau, un chapeau, un chapeau et 40 livres. Ils nous ont dit de foutre le camp, et qu’ils avaient été ravis de nous rencontrer. Beau mensonge. C’était après presque cinq ans. Mais, ils nous ont envoyés gratuitement en train à partir du Caire. Nous devions prendre le train jusqu’à Tel-Aviv, à travers le désert du Sinaï.

Et qu’ont-ils fait au beau milieu de la nuit, dans le désert du Sinaï? Ils ont arrêté le train et ils nous ont fouillés, parce que nous pouvions ramener des armes en Israël. Est-ce que quelqu’un le sait? Avez-vous déjà entendu parler de ça?

De toute façon, pour terminer cette histoire, nous étions cinq gars qui n’avions pas de famille en Israël. Quand nous sommes sortis de l’Allemagne, nous n’étions que des enfants. Nous sommes arrivés au matin à une vieille gare au centre de Tel-Aviv. Nous avons décidé que nous n’avions nulle part où aller. Deux gars devaient sortir et chercher un endroit où nous pourrions dormir. Ils sont revenus, mais ils n’avaient pas pu trouver un endroit, parce que louer une petite chambre était impossible. Il fallait payer un dépôt de sécurité [pour couvrir les risques de non-paiement ou de dommages à la propriété]. Savez-vous ce que c’est? En bien, nous n’avions pas assez d’argent pour ça.

Puis, il y avait de vieux petits hôtels, mais ils pouvaient voir que nous étions d’anciens soldats, avec nos sacs à dos et tout le reste. Ils ne voulaient pas nous prendre, parce qu’ils avaient peur de ne pas pouvoir nous faire sortir. Nous avons couché sur le sol dans la gare, après cinq ans dans la guerre.

 

 

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