Témoignages d'anciens combattants:
William Leland Berrow

Armée

  • William Berrow pose sur sa moto après avoir reçu une formation d'estafette.

    William Berrow
  • William Berrow en 2010.

    Historica Canada
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"Il était extrêmement brûlant et il venait d’un de ces obus et il est passé tout droit à travers l’aile en la faisant fondre et il est tombé entre nos deux lits et il a mis le feu au filet de camouflage."

Transcription

En 1939, quand la guerre a commencé, mon frère aîné avait 18 ans. Et il a dit, je vais m’engager dans l’armée de terre. Moi j’avais 15 ans, alors j’ai dit, je vais y aller avec toi. Il a dit, tu ne peux pas y aller, tu n’as que 15 ans. J’ai dit, non, je vais y aller, tu leur dis que tu as 19 ans et moi je leur dirai que j’en ai 18. Alors quoi qu’il en soit, on a fait ça et pendant que je passe la visite médicale, je suis sur la balance ; et le docteur m’a regardé et il a dit, tu sais, tu ne pèses que 49 kilos. Il a dit, on préfère les prendre quand ils font dans les 54 kilos. Il a dit, si tu n’y vois pas d’inconvénient, il a dit, je vais te laisser rentrer chez toi et tu dis à ta mère de te mettre un peu de plomb dans les poches, et tu reviens nous voir. Alors, bien sûr, j’ai essayé sept fois en deux ans, l’armée de terre, la Marine, l’armée de l’air. Et finalement, en décembre 1941 j’ai réussi à entrer dans l’armée de terre alors que j’avais 17 ans. Ensuite je suis parti pour l’entrainement et ainsi de suite.

Je suis parti outre-mer en août 1942, après avoir suivi un entrainement de huit mois au Canada, et j’ai rejoint une unité appelée la 69ème Tank Transport Company (armée de terre canadienne), avec tous les chars. On s’est entrainés en Angleterre pendant quelques mois et ensuite on a eu nos véhicules et j’étais une estafette. Je conduisais les convois, c’est comme ça qu’ils les appelaient, pour les garçons, et on a fait ça jusqu’au moment de l’invasion de la Normandie. On a rendu nos camions. Il y avait deux unités appelées la 69ème et la 65ème, on était l’unité subalterne. Donc ils nous ont repris nos camions et ils nous ont donné des 135 tonnes Mack diesel. C’était des camions de transports. Ils pouvaient transporter 25 tonnes rien qu’à l’arrière, des camions de 10 tonnes.

Alors on les a débarqués en France, avec leurs cargaisons de munitions et de ravitaillement ; et la première nuit où on a débarqué sur la plage, j’ai un copain de l’armée qui habite à New Westminster, lui et moi on est restés ensemble pratiquement tout le temps. On avait reçu des ordres, ne bougez pas, faites vos lits ici. Il faisait nuit noire et on a fabriqué nos lits où on a pu. Alors lui et moi on a trouvé un trou d’artilleur que les allemands avaient utilisé, et on l’a retapé et on a mis le filet de camouflage, et on en a fait quelque chose de confortable et sympa. On a arraché l’aile d’un chasseur allemand et on a fait un toit avec. Alors on était là en bas, on était bien confortables, on fumait et on bavardait ; et tout à coup ; ces canons ouvrent le feu et ces avions arrivent et c’était des avions de chasse allemands, évidemment, totalement inconnu pour moi. Bon, j’avais tellement peur. J’ai dit à Alf, j’ai dit, tu sais quoi ? J’aimerais être à la maison avec ma mère. (rire) J’étais censé être un soldat, un soldat courageux, mais je me suis très vite dégonflé cette nuit-là.

En tout cas, on est allongés et on rigole bien là à papoter et ces canons qui tirent et ces canons, quand ils tirent, ils peuvent, entre 60 et 100 mètres peut-être, et ils n’ont pas besoin de toucher quoi que ce soit, ils explosent sur la longueur – une ogive qui explose sur la longueur. Bon, ces trucs doivent retomber, s’ils partent en l’air ils doivent retomber quelque part. Bon, il y a un grand bruit sourd sur notre toit. Oh, qu’est-ce que c’est que ça ? Et tout de suite après, voici un bout de métal. Il était extrêmement brûlant et il venait d’un de ces obus et il est passé tout droit à travers l’aile en la faisant fondre et il est tombé entre nos deux lits et il a mis le feu au filet de camouflage. (rire). Alors on était là debout à lutter pour éteindre le feu avec nos godillots, et je lui ai dit, je ne reste pas plus longtemps là dedans pour ce soir. Il a demandé, où vas-tu ? J’ai répondu, je vais aller dormir sous le camion de Blondie. Il a dit, bon, il y a 10 tonnes de munitions là dedans, qu’est-ce que tu… On risque de se prendre un de ces bouts de métal. J’ai dit, là maintenant, je m’en fiche.

Donc en tout cas, en fait, on était trop sobres. On était censés avoir bu deux rasades de rhum sur le bateau qui faisait la traversée de la Manche et je crois que les officiers et les sous-officiers ont bu notre rhum. Je crois que j’en ai eu un. On était censé être heureux quand on a débarqués. En tout cas, c’était un, c’était quand on a débarqué.

Bon, on transportait des munitions pour les canons de l’artillerie à Caen, la ville de Caen, vous en avez peut-être entendu parler. Il y avait une rivière qui traversait, j’oublie le nom, la Meuse ou quelque chose comme ça. On a roulé en camion jusque là-haut et les canons tiraient sur les allemands par dessus de la rivière, et ainsi de suite, et chaque fois que la ligne de front se déplaçait, on devait transporter les réserves de nourriture et de munitions. Quelquefois on travaillait pendant 36 heures sans s’arrêter. Après ça, on était fin prêts pour dormir. Alors quand on retournait, derrière les lignes, on rentrait et peu importe où on se couchait, on s’allongeait simplement et on s’endormait.

Mais les premiers logements qu’on a eus c’était à Anvers en Belgique. Ça a été la première fois qu’on a réussi à dormir dans un bâtiment. On avait chassé les SS allemands hors d’un grand lycée et ensuite on avait pris leur place, on s’en est servi pour y vivre pendant qu’on était là-bas. L’hiver approchait, en janvier. Il faisait très froid et il y avait plein de neige. Alors on était vraiment content de trouver ça.

Date de l'entrevue: 19 octobre 2010

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