Témoignages d'anciens combattants:
Joe Pearcey

Marine marchande

  • Joseph Pearcey
  • Photo du Fort Ambrose sur lequel M. Pearcey a servi.

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  • Documents du certificat de libération de M. Pearcey.

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  • Lettre concernant la réunion du département de la Défense Nationale demandant la présence de M. Pearcey.

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  • Bandeau de la patrouille d'attaque aérienne appartenant à M. Pearcey.

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"Cette fois-là, le navire transportant le papier venait de sortir du port et il a été torpillé. La torpille n’a jamais explosé, mais elle était à l’intérieur du navire. Alors il a fallu que le navire revienne au chantier naval."

Transcription

J’ai trouvé un travail pendant la guerre. J’avais 18 ans. J’ai rejoint le (SS) Fort Amherst, il appartenait à la Furness, Withy (and Co). Ils avaient deux navires : le Fort Amherst et le (SS) Fort Townsend. La raison pour laquelle j’ai été engagé là, c’était un paquebot, et ils faisaient plus ou moins la navette pour transporter les soldats. La route passait par Halifax, et ensuite rejoignait New York aux États-Unis. De là, une fois par mois, on partait pour les Bermudes. Mais pour revenir un peu en arrière, la raison pour laquelle on m’a donné ce travail, c’est qu’ils avaient une petite presse à imprimer, la même que j’utilisais chez Dixon, et ils avaient l’habitude de composer différents menus, des menus différents pour les différents dîners. C’est comme ça que j’ai eu ce travail. J’imprimais leurs menus, c’était juste de la typographie, et quand j’avais terminé, et bien j’allais dans les cuisines et je leur donnais un coup de main là-bas. La petite presse à imprimer n’était pas si grosse, juste une petite pièce, et on avait des caractères individuels. Vous les sortiez des casiers, et vous les placiez comme ça. C’était juste à côté de la coquerie, où ils faisaient toute la cuisine. Et tout ce qu’il y avait là-dedans c’était la presse et ce qu’on appelle un marbre, c’est comme une table, pour poser les différentes rangées de caractères, disposer les lettres, et changer tous les jours. Mais c’était assez petit, et puis quand j’avais terminé, j’allais en cuisine, pour aider, en nettoyant les casseroles, les faitouts et les plats, et autres. Mais en ce qui me concerne, le danger se trouvait juste à l’extérieur du port de St John. Je ne m’en rendais pas compte parce que j’étais tellement jeune, je n’y pensais même pas qu’on était en guerre, quand vous êtes sur un navire comme ça. Je fumais un petit peu à l’époque et quand j’ai commencé à avoir le mal de mer, j’ai arrêté de fumer. Je n’ai jamais recommencé après et c’est tant mieux. Or, je sais qu’il y avait, pendant la guerre, je ne sais pas si vous avez entendu parler de ça, il y avait un filet, un grand filet en acier juste en travers de l’entrée du port. Deux mois plus tard ou quelque chose comme ça, ils ont trouvé deux torpilles, dans le filet, qui n’avaient pas explosé, prises dans le filet. Il y a eu un autre cas et mon père, qui était débardeur (qui s’occupe du chargement et déchargement des navires), docker. Ils avaient l’habitude d’envoyer du papier de Corner Brook jusqu’au dock ici à St John. Il s’occupait de charger le papier à bord des navires qui partaient à différents endroits, aux États-Unis, et peut-être aussi jusqu’en Europe quelque part. Cette fois-là, le navire transportant le papier venait de sortir du port et il a été torpillé. La torpille n’a jamais explosé, mais elle était à l’intérieur du navire. Alors il a fallu que le navire revienne au chantier naval. Mon père ainsi qu’une foule de dockers ont dû décharger tout le papier, dans tout le bateau, et il a fallu que les hommes descendent, les gars de l’armée, pour essayer de désamorcer la torpille, et ils y sont parvenus. Et vous savez, on les payait en plus pour le temps passé et le danger encouru en faisant ça. Or, il y avait, sur Bell Island (une île au large de Terre-Neuve), ils ont vendu le minerai, du fer pendant des années. Les Allemands étaient leur plus gros client ; et ils achetaient tout le fer, et puis quand ils ont déclenché la guerre, ils fabriquaient des obus et tout le reste avec ce fer, mais en tout cas, ils sont venus avec le sous-marin, et ils ont coulé deux navires au large de Bell Island. Il y en avait un au fond maintenant, il y avait aussi un paquebot qui s’appelait le (SS) Caribou, et il transportait des passagers et un équipage, ils ont tous été tués, torpillés. Je veux dire, le danger était partout. Or, je ne m’en rendais pas compte parce que j’étais jeune et je m’en fichais. Mais je sais qu’à un moment, mère avait l’habitude de nous raconter ça après, que lorsqu’un navire quittait le port de St John, il y avait toujours un message qui passait par une station radio. C’est censé être une histoire vraie, jusqu’à quel point elle est vraie, je ne sais pas. Mais en tout cas, ça parlait toujours d’un chat noir perdu à une certaine heure ; et les propriétaires étaient priés de se souvenir de venir le chercher, et de le rapporter à une certaine date. Or, ça passe sur les ondes et apparemment, ils avaient capté un message codé provenant de quelqu’un, qui leur faisait savoir qu’un navire quittait le port de St John. Or, est-ce vraiment la vérité, je ne sais pas. Je n’étais jamais sorti du port de St John avant d’être engagé sur un navire. C’était un monde complètement différent là-bas ; un océan différent. Mais on avait l’habitude de, dès qu’on partait, on allait rejoindre un convoi de 300 navires ou plus. Il y avait de nombreux bâtiments de guerre dans le coin et il fallait qu’on rejoigne le convoi jusqu’à ce qu’on arrive à la route d’Halifax. Quand on arrivait à Halifax, on sortait du convoi et on en formait un plus petit pour entrer dans le port d’Halifax, et on y restait quatre ou cinq jours. Et ensuite on repartait et on rejoignait un autre convoi, un gros convoi, d’environ 300 navires ou plus. De là, on allait à New York, aux États-Unis, et pour moi c’était comme de me retrouver sur une autre planète parce qu’à St John, on n’avait rien. On se remettait très lentement de la crise traversée pendant la grande Dépression et on avait du mal à rattraper, et pas seulement ça, on n’était même pas une province du Canada. On était encore sous la tutelle du gouvernement anglais. Alors de toute façon, ce qui s’est produit là-bas, quand je suis arrivé à New York, les États-Unis, de voir tous ces néons et tout le reste. Je pensais que j’étais sur une autre planète à cause de la circulation et des voitures et tout ça, je n’en avais pas l’habitude. J’étais complètement perdu ; et je ne m’en remettais pas de tous ces changements. Prendre la mer c’était une tout autre histoire, particulièrement à New York. On restait alors quatre ou cinq jours là-bas et on allait aux Bermudes, une fois par mois, et ensuite la même chose au retour.
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