Témoignages d'anciens combattants:
Richard Norris

Marine

  • Photo du LCI (Landing Craft, Infantry - navire de débarquement) et LST (Landing Ship, Tank - bâteau pour l'atterrissage) en route pour la France à travers la Manche, en juin 1944. Les ballons d'amarrage sont attachés à chaque bâteau et permettent de se protéger contre les aircrafts ennemis.

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  • Soldats du régiment The North Nova Scotia Highlanders sur le pont de leur LCI (Landing Craft, Infantry - navire de débarquement) respirant l'air frais, avec leur équipement et leurs bicyclettes démontables en juin 1944.

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  • Le régiment The North Nova Scotia Highlanders atterrissant sur les plages de Bernières-sur-Mer, en France. La rampe flottante qui va du navire jusqu'au rivage est là pour aider ceux qui seraient tombés dans l'eau, en juin 1944.

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  • Pontons métalliques formant des docks flottant pour le LCI (Landing Craft, Infantry - navire de débarquement) utilisés par les soldats pour atteindre le rivage, Saint-Aubin-sur-Mer, France, en juin 1944.

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  • Insigne d'épaule des Forces d'Assault d'Opérations Combinées qui se sont entrainées avec les Royal Marines. Les opérations combinées étaient concentrées sur les aspects navals des attaques par surprise. 1943.

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"Mais c’était bizarre comme sensation, quand vous courrez, vous êtes en suspension et vos jambes avancent en l’air et tout à coup, vous êtes à plat, vous ne pouvez pas, c’est pire qu’un tremblement de terre."

Transcription

Ils étaient dans la phase des préparatifs de l’invasion (de Normandie) et ils cherchaient des gens qui pouvaient maitriser une petite embarcation dans une mer démontée. Et je pense que tout émanait de là, tout a commencé là. Je pense que c’était assez tard ou assez tôt, ils étaient encore en train d’essayer de réunir des forces pour faire des opérations combinées en ce qui concerne les invasions.

Donc c’était un groupe, qui venait des forces navales, aériennes et de l’armée de terre, une force d’attaque, et tout ce qu’ils faisaient c’était de harceler l’ennemi de toutes les manières possibles. Évidemment, tout cela concourait à l’invasion finale. Ils étaient rassemblés sous la houlette du régiment royal des fusiliers marins. C’était là qu’on était, très bien supervisés, et contrôlés par le régiment royal de fusiliers marins.

Nous n’avions pas d’écusson sur l’épaule ; on était simplement des gens de la marine travaillant sur une péniche de débarquement. Notre entrainement là-bas c’était juste amener les troupes sur les plages de nuit comme de jour, et les faire débarquer, s’exercer au processus de l’invasion tout entier, et le tir au canon et tout le reste. On faisait des exercices avec l’arme de poing, des exercices avec les mitrailleuses. On a plus travaillé avec l’armée de terre en fait qu’avec la marine. Évidemment, le régiment des fusiliers marins c’était eux qui nous entrainaient, mais on avait pas mal de gars de l’armée de terre là-bas. Il y avait quelques américains, quelques parachutistes. C’était toute une organisation, précurseur de l’invasion. C’était tout de l’assaut, pas de combat au corps à corps, s’échouer sur le rivage la nuit, la navigation de nuit, travailler sans lumière, sans l’aide de personne, à l’exception des forces aériennes et c’était tout.

On transportait 150 soldats complètement armés et on arrivait à les faire débarquer sur la plage en une demi-heure. Les amener et si on pouvait leur assurer une descente à pied sec, très bien, on amenait la péniche jusque sur la plage. Mais quand la marée commençait à monter, il arrivait qu’ils aient de l’eau jusqu’aux aisselles en descendant, certains se noyaient avant d’atteindre le rivage – ils avaient tellement de vêtements et de matériel sur eux.

On débarquait à Juno Beach, ouais. Bon, on était au large, à environ deux milles nautiques au large, on faisait juste la navette, on attendait les signaux pour y aller. Alors on était sur une ligne en avant, c’est à dire un bateau, l’un derrière l’autre, et puis on recevait le signal de nous aligner de front, et puis on se tournait, comme ça on était tous en une seule vague pour atteindre la plage. Mais ils avaient des écrans de fumée et c’était un désordre indescriptible, vous ne pouviez vraiment pas dire ce qu’on était en train de faire parce qu’il fallait résoudre les problèmes au fur et à mesure qu’ils se présentaient. On en avait certains qui avaient sauté et on devait les éviter. Il y en avait d’autres qui flottaient tout en étant à moitié enfoncés et tout ça. Alors ça demandait une certaine habileté de marin vraiment, au fond pour tenter de leur procurer un débarquement à pied sec, afin qu’ils ne soient pas trempés quand ils descendaient. Là encore, sur les côtes françaises, la marée était, la mer descendait de trente centimètres environ toutes les heures ou à peu près, alors pour notre premier aller, on s’est retrouvés coincés. On s’est retrouvés à sec. On était des cibles faciles.

Le capitaine était un très gentil gars. À côté de nous il y avait un grand BDC, navire de débarquement de chars, qui transportait 400 tonnes, je crois, peut-être un peu moins que ça, de munitions, des explosifs, et on était à moins de trois mètres de lui. Il dit, bon, vous pouvez rester sur le bateau, les garçons, et courir le risque parce que si on se cogne à ça, ils ne nous retrouverons même pas. Alors je suis parti. Je suis descendu sur la plage. Mais malgré tout, vous pouviez toujours entendre les balles frapper la coque du bateau. Je ne sais pas si c’était des dingues ou des tireurs d’élite, ou quoi. Mais ça tombait en pluie sur le bateau, ça rebondissait et ça faisait des ricochets.

Alors je suis descendu et j’ai couru pour me mettre à couvert parce que je pensais… Ils étaient toujours en train de passer au travers. Il y avait un Messerschmitt 109 (avion allemand chasseur bombardier) qui est arrivé et il avait deux grosses bombes sous les ailes, et je pense qu’elles faisaient bien 160 kilos l’une, je ne sais pas. De toute façon, vous les voyez venir, alors on a couru et il les a larguées toutes les deux, il nous a encadrés, il n’a pas eu les munitions. Mais c’était bizarre comme sensation, quand vous courrez, vous êtes en suspension et vos jambes avancent en l’air et tout à coup, vous êtes à plat, vous ne pouvez pas, c’est pire qu’un tremblement de terre.

On a eu l’occasion de faire connaissance avec beaucoup de ces jeunes. Je veux dire, ils avaient tous à peu près notre âge, 18,19 ans. On a fait la connaissance d’un tas d’entre eux, pendant qu’on les amenait là-bas, quand on les embarquait, vous savez, quand on empilait leur équipement et qu’on s’assurait que tout était prêt pour sortir vite. On a fait connaissance avec un certain nombre d’entre eux ; e puis j’y suis retourné en 1999 et on a fait la tournée des cimetières et j’ai vu les noms de gens que… Excusez-moi, vu les noms des garçons qu’on avait déposés sur le rivage.

Date de l'entrevue: 14 septembre 2010

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