Témoignages d'anciens combattants:
Roger Ptosnick

Armée

  • Le Projet Mémoire, Historica Canada
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"Puis, en chemin vers là-bas, j’ai entendu les obus ou quelque chose qui a sifflé près de moi, et l’obus a frappé un fossé. Je suis descendu de ma moto – en fait, j’ai été expulsé de ma moto –, mais c’était un obus défectueux, Dieu merci. J’ai donc ramassé la moto et j’ai continué."

Transcription

Ils ont dit que nous [la Cavalerie du Lord Strathcona (Canadiens royaux)] irions en Irlande. Eh bien, l’Irlande devint l’Afrique du Nord et, lorsque nous sommes débarqués du navire, là-bas, nous nous sommes dirigés vers l’Italie. Nous sommes descendus à Naples, quelque part en 1943, je suppose. Eh bien, ils tenaient simplement la ligne pour pouvoir bombarder avec l’artillerie. Mais mon travail à ce moment était d’aller porter des messages, des papiers, ce genre de choses, aux différents quartiers généraux de chaque escadron. Ce n’était pas si mal. On se faisait bombarder sur la route, là-bas. S’il y avait bombardement, il fallait simplement continuer, et c’était tout. Si votre temps était venu, je suppose qu’il était venu; c’est de cette façon que je voyais ça.

J’ai vu beaucoup des gars qui ont été blessés, par exemple. Une fois, nous allions vers – je pense que c’était vers le fleuve Melfa; et le commandant en second… Nous avons été revenus, c’était un échelon [formation de véhicules militaires formant des lignes parallèles]. Nous allions les ravitailler avec de l’équipement comme du pétrole, des munitions et de la nourriture en allant vers les blindés devant nous. Nous avons été retenus et puis, bien sûr, les seules qui pouvaient continuer étaient les motocyclettes; je me suis donc glissé entre les véhicules pour avancer et j’ai rencontré un des gars qui était en combat, et il était gravement blessé. Il m’a dit : « Bon sang, où vas-tu ? » Je lui ai répondu que le commandant en second m’envoyait voir ce qui bloquait le chemin. Il est monté sur la moto et nous sommes revenus en arrière et il lui a dit qu’il ne pouvait aller dans cette direction, que nous étions lourdement bombardés par de l’artillerie dans cette zone. C’était la fin de cette aventure pour moi.

Puis, en chemin vers là-bas, j’ai entendu les obus ou quelque chose qui a sifflé près de moi, et l’obus a frappé un fossé. Je suis descendu de ma moto – en fait, j’ai été expulsé de ma moto –, mais c’était un obus défectueux, Dieu merci. J’ai donc ramassé la moto et j’ai continué.

Au fleuve Melfa, il y avait quelques Italiens, et l’un d’eux pouvait parler anglais. Nous avons dû creuser des tombes et peindre des croix. Ils étaient d’assez bons peintres ou, du moins, ils étaient ce qu’on pourrait appeler des peintres de panneaux, je suppose. Je devais m’assurer que les noms concordaient aux corps qui étaient gravement brûlés; ils étaient peut-être seulement un tas, peut-être un gars qui devait peser 150 livres, peut-être nous serions chanceux et il lui restait 10 livres. On les enveloppait dans ce qu’ils appelaient des couvertures régulières 10/20 que tout le monde recevait si jamais on était tué, et dans laquelle on était enterré. Des plaques d’identité que nous avions, nous en prenions une pour les renseignements et nous laissons l’autre sur le corps, parce qu’elle ne brûlait jamais. Voilà comment nous arrivions à identifier les corps; nous les enterrions dans un petit cimetière, là-bas en Italie, quelque part, je ne me souviens plus du nom de l’endroit maintenant. C’était la pire partie de mon travail. Ces gars avec lesquels j’ai combattu, je les connaissais assez bien, et puis nous les enterrions. Il y en a eu une cinquantaine, je suppose, à cette époque.

 

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