Témoignages d'anciens combattants:
Lawrence “Larry” Wulff

Forces aériennes

  • Il s’agit de la classe de radiotélégraphistes et radaristes de l’école de Radio de la Royal Canadian Air Force (RCAF) en 1942.

    Larry Wulff
  • Larry et Gwen Wulff, jeunes mariés, lors leur lune de miel à Knowtlon, Québec, juillet 1945. Ils se sont mariés dans les sept jours suivants leur rencontre après-Guerre.

    Larry Wulff
  • Larry Wulff (devant à gauche) avec ses collègues de Radio et Radar, Royal Canadian Air Force (RCAF), Commandement de bombardiers, Yorkshire, Royaume-Uni, février 1944.

    Larry Wulff
  • Larry Wulff (à gauche) et un camarade, en "Special Duty," assis sur une bombe qui sera utilisée le jour suivant : Jour-J. Photo prise le 5 juin 1944.

    Larry Wulff
  • Un des bombardiers d’Halifax qui sera utilisé le Jour-J, invasion du 6 juin 1944. Les petites bombes peintes sur le côté de l’appareil représentent réussie. Photo prise à Leeming, North Yorkshire, Royaume-Uni, 5 juin 1944.

    Larry Wulff
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Transcription

On m’avait envoyé outre-mer parce qu’ils étaient en train de mettre en place la, ce qu’ils appelaient la base de l’escadron de bombardement N°6 de la RCAF (armée de l’air canadienne) dans le nord de l’Angleterre (à Allerton Park, Yorkshire). Ils avaient ces, ils volaient principalement sur des avions Lancaster, à quatre moteurs, moteurs très lourds et bruyants, qui avaient un équipage de six ou huit (sept) personnes je crois. Et on s’occupait de l’entretien des avions avec les différentes sortes d’équipements dont ils avaient besoin pour voler en toute sécurité, ou relativement sans danger, à survoler l’Europe et retour. Il fallait rester debout toute la nuit évidemment pour nous assurer qu’ils rentrent bien sains et saufs.

Et on avait dû installer un système unique en son genre qu’ils appelaient Iffy, c’était un acronyme pour I.F.F.Y ou quelque chose comme ça je crois, Identification ami/ennemi. C’était un système radio installé dans l’avion comme ça quand vous rentriez par la côte, par la mer du nord de retour d’Europe de votre raid aérien, vous envoyiez un signal. Et si la base au sol recevait le bon signal, le signal codé et le renvoyait à l’avion, je crois que c’est comme ça que ça marchait, et on devait les changer presque chaque nuit, ensuite on savait que c’était sans danger de laisser passer l’avion. Parce que quelquefois les boches suivaient de près les avions quand ils allumaient leurs lumières la nuit pour atterrir, et là ils les éliminaient quand ils arrivaient dans la base.

Le jour J était un secret bien gardé. Il le fallait. Le jour exact et le lieu. Mais le jour précédant le jour J, tout le monde sur notre base a été alerté. On était tous consignés, personne n’était autorisé à quitter la base ce jour-là ou même deux jours avant, je ne me souviens plus exactement. Parce que vous deviez faire n’importe quelle tâche, si vous, si vous étiez, certaines personnes ont pu recevoir comme instructions de passer plus de temps à cuisiner ou à nettoyer la cuisine. Mais ce qui s’est avéré, c’est que pendant que je ne travaillais pas sur la radio et ainsi de suite, on nous a donné pour instruction d’aider à charger les bombes. Parce que les avions revenaient, ils étaient partis tôt le matin je suppose et quatre heures plus tard, ils étaient de retour. Cinq heures plus tard peut-être. Bon, à l’évidence ils n’étaient pas allés à Berlin (qui est un vol d’une durée beaucoup plus longue) mais on a pu comprendre quand ils sont rentrés, ils ont dit qu’ils étaient en train de bombarder la côte. Alors ils rechargeaient et redécollaient. Or, normalement ça ne se passait pas comme ça, normalement on volait de nuit. Mais celles-ci c’était des opérations de jour. Et ils affaiblissaient la côte avec des bombardements intensifs avant qu’ils sachent.

Le jour suivant, les gens au sol arrivaient, l’infanterie. Et c’était ce que nos avions étaient en train de faire. Alors mon travail à moi c’était d’aider le, ce qu’ils appelaient les armuriers, les gens qui chargeaient les bombes, les aider à sortir les bombes de l’entrepôt. Et à ce moment-là évidemment, ils avaient accumulé d’énormes quantités de bombes, et les chargeaient à bord des avions et puis ramenaient les petits chariots en les tirant avec un tracteur pour aller chercher un autre chargement parce qu’il y avait encore d’autres avions qui allaient arriver, aller et venir, tout au long de la journée.

Bon, à l’évidence ils étaient en train de bombarder la côte. Et bien évidemment, vous ne pouviez pas avoir mis sur pied un programme de cet ordre sans que quelque chose d’important soit en train de se produire. Donc le jour suivant (le 6 juin 1944), à 6 heures, une annonce a été faite.

En 1944, ça devait être en juillet ou en août (25 août 1944), Paris a été libérée par l’armée américaine et l’armée anglaise aussi je crois mais surtout par l’armée américaine (Paris a été libérée par la 2ème division blindée française, la résistance, et des éléments de la 4ème division d’infanterie américaine). Mais je voulais vraiment aller à Paris et voir le continent européen, après tout, pourquoi voyager aussi loin et ne pas mettre les pieds sur le continent européen ? Comme la plupart du personnel canadien au sol qui ne l’a jamais fait. Mais moi j’ai décidé que j’allais le faire.

Je suis descendu à Portsmouth et il y avait une longue, longue file de soldats qui se tenaient prêts à monter à bord des bateaux qui devait les faire traverser. À ce moment-là, le port du Havre (France) avait été libéré par l’armée canadienne je crois (le port du Havre a été libéré par l’armée américaine). Alors j’ai réussi à monter à bord d’un bâtiment de débarquement de chars dans le, en Grande Bretagne avec tous les américains qui partaient. Et ils les amadouaient tout simplement, je suis canadien, je dois aller retrouver mon unité en France, personne ne vous posait de questions. Il n’y avait pas de douanes ou quoi que ce soit de ce genre, ils ne se renseignaient pas. Alors ils ont dit, bien sûr, montez sur le bateau.

Donc on a débarqué au Havre. J’ai parcouru à peu près, je ne sais pas, je ne me souviens pas exactement, j’étais sans doute à 50 ou 60 kilomètres, peut-être même moins, de Paris et ils m’ont fait descendre là car eux ils allaient sur le front beaucoup plus loin au nord et plus près de l’Allemagne. Et un gars m’a pris à bord de son camion avec, je ne sais pas ce qu’il avait à l’arrière mais il avait quelque chose je pense qu’il était fermier, des navets ou quelque chose comme ça, peut-être des choux et il avait deux chevaux et j’étais assis à l’avant avec lui, et on s’est mis à parler et c’était la nuit alors. Et on s’est mis à parler et il me dit qu’il avait, et je lui ai dit que j’étais canadien, écusson canadien sur mon épaule. Et alors il a dit j’ai vécu au Canada, il a dit, j’ai habité près de Sudbury, à Copper Cliff (Ontario) ; je lui ai dit, c’est là d’où je viens. C’était une telle coïncidence pour moi, je n’arrivais pas à y croire vraiment. On a bien papoté, et il s’est avéré que ce gars avait travaillé pour mon père en fait. C’était incroyable. Les cheveux dressés sur la tête, j’avais des cheveux à l’époque, mes cheveux se sont dressés derrière la tête. Donc on a papoté un moment, et ça a été une expérience extraordinaire. Mon père ne me croyait pas. Il se souvenait même de lui, il s’est souvenu de ce gars.

Je suis arrivé en plein centre de Paris, qui est une ville assez grande et il y avait encore certains métros qui marchaient. J’y ai passé deux ou trois jours je crois et la police militaire m’a attrapé. Ils ont réalisé que j’étais canadien et les canadiens n’étaient pas censés être là parce que c’était en dehors des limites, hors limite pour tous les soldats en réalité. Parce qu’il n’y avait pas de quoi nourrir les gens. En tout cas, Ils m’ont attrapé et m’ont renvoyé tout droit en Grande Bretagne sous bonne escorte. Et ils m’ont interrogé parce qu’ils pensaient, n’arrivaient pas à comprendre comment j’avais pu faire ça, comment un gars ordinaire avec ces capacités et ce genre de choses, à part ce que je faisais à la base de l’armée de l’air. Je pense qu’ils ont cru que j’étais peut-être un espion ou quelque chose comme ça, vous voyez. Mais ils voulaient être sûrs de ça alors ils m’ont renvoyé en Angleterre sous bonne escorte. Et voilà, je suis retourné dans ma base.

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