Témoignages d'anciens combattants:
Bernice Horn

Armée

  • Personnel du Service féminin de l'Armée canadienne (CWAC) au Centre d'entraînement du CWAC no. 3 de Kitchener (Ontario).

    Crédit: Canada, Ministère de la Défense nationale / Bibliothèque et Archives nationales Canada / PA-145516.

    Restriction d'utilisation: aucune.
    Copyright: expiré.

    Bernice Horn fut également à Kitchener (Ontario) afin d'effectuer son entraînement préliminaire au sein du Service féminin de l'Armée canadienne (CWAC).

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"En revanche, j’adorais le son et le rythme des tambours."

Transcription

Je m’appelle Bernice « Okie » Horn et je me suis enrôlée dans le Service féminin de l’Armée canadienne en juin 1943 à London, en Ontario, sous le nom de Bernice Magness, escadre 1880. Je venais de Sand Springs, en Oklahoma. J’ai suivi mon entraînement de base à Kitchener, en Ontario, où l’on avait rouvert les casernes des combattants de la Première Guerre mondiale pour toutes ces jeunes femmes qui obéissaient aux ordres, se rangeaient en file dans la salle du mess, lors des services religieux ou des marches d’entraînement, respectant toujours l’injonction d’une grande affiche de la caserne disant "Get the Yes-Ma’am’ habit" ("Prenez l’habitude de dire oui"). Et de fait, nous étions très dociles. En 1943, on a apporté au camp un changement très agréable en installant une source d’eau chaude dans les casernes. Pour profiter de cette merveille, l’une de nous devait sortir la nuit avec deux seaux, les remplir de charbon et emprunter une échelle très abrupte pour allumer l’appareil de chauffage d’une petite chambre aux allures de cellule creusée au-dessous de nos baraques. J’avais 17 ans à l’époque, et j’avais terminé l’année précédente ma douzième année de scolarité à Sand Springs. Comme beaucoup de filles enrôlées aux États-Unis, j’étais trop jeune pour servir dans mon propre pays. Mais un ange devait veiller sur moi car je me suis retrouvé au bon endroit au bon moment. On venait de créer le Corps de cornemuses du Service féminin de l’Armée canadienne, qui deviendrait célèbre beaucoup plus tard et donnait alors son premier concert à Kitchener, où je suivais mon entraînement. Et la cornemuse-major, qui était originaire de Victoria, en Colombie-Britannique, a semblé ravie d’apprendre que j’avais été percussionniste à l’école, que je jouais de la caisse claire depuis sept ans et que je savais lire la musique. Je n’avais toutefois jamais entendu parler d’un quelconque corps de cornemuses. Le groupe entamait une première tournée de six mois au Canada. L’aspect d’une cornemuse et le son qui en sortait me faisaient tous deux l’effet d’une plaisanterie. En revanche, j’adorais le son et le rythme des tambours. J’ai vite appris les morceaux de cornemuse et je me suis retrouvée première caisse claire. Du mieux que je le pouvais, j’enseignais aux autres batteuses à jouer tandis que les meilleures joueuses de cornemuse faisaient de même avec les novices. Cette première tournée nous a menées aussi loin à l’est que l’Île-du-Prince-Édouard et aussi loin à l’ouest que Courtney, sur l’île de Vancouver. À Victoria, j’ai discrètement fêté mes 18 ans. J’étais et je suis toujours très fière d’avoir été la seule Américaine du célèbre Corps de cornemuses du Service féminin de l’Armée canadienne. Comme le raconte dans son enregistrement la joueuse de caisse roulante Jessica « Andy » Anderson-Clayton, puisque son nom de famille est maintenant Clayton, notre deuxième tournée canadienne nous a fait visiter pendant 18 mois presque toutes les municipalités accessibles par train ou dans des camions de l’armée qui pouvaient transporter notre équipement. Je ne peux trouver les mots pour remercier de leur accueil tous ces gens chaleureux et patriotiques que nous avons rencontrés. Leur hospitalité était sans bornes, ils nous offraient le thé, nous préparaient des repas et nous accueillaient parfois chez eux, offrant aux jeunes filles que nous étions un exemple de civisme, de reconnaissance et de loyauté que nous n’aurions pu apprendre nulle part ailleurs. Notre participation à la septième campagne américaine des bons de guerre compte parmi nos plus beaux moments, tout comme notre traversée vers le Royaume-Uni à bord du magnifique Isle de France. À Aldershiot, en Angleterre, nous avons découvert qu’il y avait dans la région un grand nombre de soldats canadiens, et nous étions aussi heureuses de les voir qu’ils l’étaient de faire notre connaissance. Il y avait une éternité qu’ils n’avaient parlé à des femmes de leur pays et ils se montraient très protecteurs à notre égard. L’accueil que nous avons reçu en Angleterre préfigurait les larmes de bonheur versées par les Néerlandais à l’arrivée de nos troupes aux Pays-Bas, où ce peuple merveilleux avaient subi tant d’épreuves. Merci encore à nos héroïques soldats et à nos amis d’Appledorne, surtout pour leur aide logistique. En terminant, j’ajouterais que notre corps de cornemuses savait très bien jouer la musique traditionnelle, mais que la marche de précision était sa grande spécialité. Il arrivait que la scène où nous nous produisions était trop petite pour marcher, même s’il était de règle de jouer en défilant. D’ailleurs, on nous demandait souvent pourquoi un corps de cornemuses jouait tout en marchant. Et nous avions cette réponse aussi savoureuse à l’époque qu’aujourd’hui : « Parce qu’il est plus difficile d’atteindre une cible mouvante. » Mes sincères salutations à tous et à toutes. Jamais je n’oublierai cette période de ma vie. Merci.
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