Témoignages d'anciens combattants:
Sheila Kent

Forces aériennes

  • Trois membres de la Force féminine auxiliaire de l’aviation, en 1943. Sheila Kent est debout à gauche aux côtés de Bobbie O’Carrol, Esme Jehan est assise à leurs pieds. Photo offerte par Sheila Kent.

  • Photo de Sheila Kent, ancienne combattante de la Force féminine auxiliaire de l’aviation, prise à Noël en 2001.

  • Certificat de service de Sheila Kent, membre de la Force féminine auxiliaire de l’aviation, daté de 1942-1945.

  • Article sur l’activité « Opération Overlord » au lendemain du Jour J du 7 juin 1944. Offert par Sheila Kent.

  • L’aviateur Harry Kent, de la 6e Division aéroportée de l’Armée britannique, après une bataille en Allemagne. Offert par Sheila Kent.

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"Il était interdit de parler de notre travail. Chaque théâtre de guerre était photographié…"

Transcription

Je suis Sheila Kent. J’ai servi de 1942 à 1945 à la station de la RAF à Medmenham, où se trouvait l’Unité centrale d’interprétation photographique des Forces aériennes. Il était interdit de parler de notre travail. Chaque théâtre de guerre était photographié, et nous voyions toutes ces cartes et photos. Mais les filles qui développaient les photos utilisaient une substance révélatrice qui tachait leurs ongles en mauve. Et on leur disait d’inventer une histoire quelconque pour dissimuler quel était leur travail. Si quatre ou cinq filles en congé étaient assises ensemble et avaient toutes les ongles mauves, elles se faisaient parfois demander ce qui était arrivé à leurs mains et elles répondaient : « Eh bien, nous avons teint les rideaux de notre caserne pour que ce soit plus joli. » Toute la péninsule de Cherbourg, ses alentours et le Pas-de-Calais, tout cela a été photographié. Et nous regardions ces photos en nous demandant pourquoi au juste on les avait prises, car on n’y voyait que des fermes… et des carrefours. Or c’était en prévision du Jour J, et c’était bien avant, je dirais deux ans plus tôt. En réalité, notre travail à Medmenham était vraiment stratégique pour chaque théâtre de guerre puisque tous les centres d’intérêt était photographiés, avant et après les combats. C’est pourquoi le Jour J n’aurait pu avoir lieu sans les centaines de vols de reconnaissance qui ont servi à prendre ces millions de photos de la côte, des lignes de chemin de fer et des maisons de ferme. Et j’étais parmi celles qui avaient pour tâche d’en faire un classement rigoureux. Mon mari, qui était mon fiancé à l’époque, était parachutiste dans le 6e Régiment aéroporté. Et avant le Jour J, des photos aériennes ont été prises pour préparer les troupes aéroportées dont il faisait partie et déterminer leur point d’atterrissage. Et bien sûr, c’était tout nouveau, et personne ne savait exactement si les photos étaient assez précises pour leur permettre d’atterrir au bon endroit. On se sentait très proche d’eux. Nous étions avec eux en pensée et nous inquiétions de leur sort. Car on n’avait aucune nouvelle. C’était très éprouvant. Quand on a 18 ans, on veut faire quelque chose, on veut s’enrôler. Certaines sont devenues infirmières, d’autres ont rejoint les services féminins, qui comptaient des milliers de jeunes filles. C’était une sorte la libération des femmes avant l’heure. Avec leurs projecteurs et leurs armes antiaériennes, certaines se mêlaient même aux troupes qui défendaient Londres. Ce n’était pas si rare… Nous avions le sentiment d’une grande aventure mais c’était une période était vraiment sinistre, vous savez…
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