Témoignages d'anciens combattants:
Lloyd Swick

Armée

  • M. Lloyd Swick avec ses médailles en 2010.

    Lloyd Swick
  • Formation à Shilo, Manitoba en 1942.

    Lloyd Swick
  • Monsieur Swick le 8 Mai 1945 à Oldenburg en Allemagne.

    Lloyd Swick
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"Je parle de cette histoire pour qu’on se souvienne d’être reconnaissants envers ces jeunes gens courageux qui prenaient des risques pour aider les alliés pendant qu’ils se battaient pour libérer le nord-ouest de l’Europe"

Transcription

Je me suis porté volontaire pour aller dans un régiment aéroporté, mais à la place, on m’a envoyé en Hollande dans le Calgary Highlanders comme officier de renfort. J’ai été largué en plein milieu de la nuit dans une position de peloton par un messager qui m’a dit, le commandant vous verra dans la matinée. J’ai compris que la compagnie D en avait bavé pendant les derniers jours. Il y a beaucoup de végétation qui recouvre le souvenir. Il y a beaucoup d’opérations offensives et Nimègue en Hollande, avait l’air d’être l’endroit où on retournait toujours pour récupérer et pour être délivrés des champs inondés de pluie.

À la fin du mois de mars 1945, le bataillon a traversé le Rhin près de Rees (Allemagne), avec pour objectif final la ville de Groningen (Pays-Bas) au nord. Pendant qu’on s’occupait de faire partir l’ennemi, lors de l’attaque sur Groningen, j’ai vu un jeune garçon, menu, effrayé, mais aussi très excité tandis qu’il était recroquevillé sous la tonnelle d’une maison. War sind die Soldaten (Wo die Soldaten sind : où se trouvent les soldats ?) j’ai crié. Il n’y a pas eu la moindre hésitation dans sa réponse et il a dit avec une voix d’enfant douce mais assez forte cependant, Komme (venez).

J’ai été conduit en haut de l’escalier à l’arrière d’une maison et sur son toit. On nous a repérés et on s’est fait tiré dessus par un tireur isolé depuis le clocher d’une église à proximité. A l’abri d’une grande cheminée, j’ai découvert la disposition des forces ennemies dans le parc adjacent à l’église. Grâce à ces informations j’ai pu sauver de nombreuses vies canadiennes. On a bombardé le tireur isolé et le clocher de l’église, et une patrouille de combat a capturé une vingtaine de prisonniers dans le parc. Un des officiers portait une dague de cérémonie. C’était un objet magnifique avec son manche nacré et sa gaine en argent. Je l’ai prise à l’officier, ai marché jusqu’à mon jeune héros hollandais et j’ai dit, mon garçon, c’est pour toi. Quelques cinquante ans plus tard, par hasard, j’ai retrouvé mon héros. Pas le jeune homme effrayé d’alors, mais un homme d’affaires qui a très bien réussi. Ses premiers mots furent, j’ai toujours la dague. Je parle de cette histoire pour qu’on se souvienne d’être reconnaissants envers ces jeunes gens courageux qui prenaient des risques pour aider les alliés pendant qu’ils se battaient pour libérer le nord-ouest de l’Europe. Ils ont les intermédiaires principaux pour nous procurer des renseignements sur la force de l’ennemi, sa position et ses intentions à l’intérieur de la communauté.

Or, une bataille c’est toute une série de surprises et de décisions à prendre, tout ceci chargé d’incertitudes. En particulier quand on se retrouve face à l’ennemi au sol, comme c’est le cas de l’infanterie. On était le peloton de tête qui avançait au dessus du haut talus d’une ligne de chemin de fer. Au sortir d’un coude, et qui se dirigeait droit sur notre ligne de tir, est apparue une colonne ennemie. Ils étaient à 150 mètres environ et de toute évidence, ne nous avaient pas vus car on était au dessus de leur ligne d’observation. C’était parfait pour faire un massacre. Le peloton a pris ses positions de combat. J’ai décidé d’attendre que la colonne se rapproche avant d’ouvrir le feu et j’en ai fait part d’un geste au peloton. Quelqu’un dans notre groupe a tiré un coup pour prévenir et l’ennemi s’est dispersé. On a ouvert le feu et tué seulement une partie de la colonne. J’ai décidé de ne pas user de sanctions à l’encontre de cette personne. En fait, je me suis toujours senti reconnaissant, car il a épargné de nombreuses vies humaines grâce à son signal.

Alors que c’est le travail du fantassin de tuer l’ennemi, ça aurait conduit à un grave problème de conscience dans ce cas précis car la guerre s’est terminée juste après. Je me demande souvent si cette colonne se serait rendue si on lui en avait donné la possibilité.

Le régiment était à Oldenburg en Allemagne, quand la guerre s’est terminée. Je me souviens de gens de toutes les nationalités qui traînaient, affamés, désespérés, claquemurés et qui voulaient s’installer quelque part. On a pris des milliers de petites armes à l’armée allemande, beaucoup d’entre elles je présume sont devenues des souvenirs pour les Calgary Highlanders. Le Calgary Highlanders a compté 1700 victimes dont 403 tués. Je n’ai jamais se répandre le sang de mon régiment dans les endroits comme Bergen-op-zoom et jusqu’à Walteren où les combats étaient féroces, mais je sais qu’il y a des gens de Calgary qui reposent dans leurs cimetières. Je suis reconnaissant d’avoir survécu au combat.

Je pense souvent à mes copains de lycée, du collège Saint Paul à Winnipeg qui ont fait le sacrifice ultime. Pourquoi sont-ils partis à la guerre ? Certains c’était pour l’aventure, beaucoup parce que ça faisait une bouche de moins à nourrir à la maison, et d’autres se rendaient compte qu’il y avait un diable qu’il fallait réduire au silence. Je suis très reconnaissant d’avoir partagé ce moment avec les meilleurs du Canada quand je vivais dans le village des anciens combattants à l’université du Manitoba pendant qu’on poursuivait nos études après la guerre. Des amitiés se sont nouées qui ont duré très longtemps après la remise des diplômes et je suis reconnaissant au Canada qui a financé, en partie, ces études.

Avec douleur et respect, je pense à ceux laissés au milieu des croix blanches en Europe et à des endroits comme Pusan en Corée. Pour moi, les croix blanches avec leurs tombes représentent la tristesse car je vois des vies qui n’ont jamais eues l’occasion de s’épanouir, vies à qui on a retiré la possibilité de choisir leur partenaire, de tenir leur premier enfant dans leurs bras, le plaisir d’apprendre aux enfants à nager, skier, faire du vélo ou allumer un feu de camp. Je suis reconnaissant d’avoir eu la joie d’accomplir tout ça.

Date de l'entrevue: 8 novembre 2010

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