Témoignages d'anciens combattants:
Harry Walker “Bud” Keenan

Armée

  • Harry Keenan à Ottawa, Ontario le 8 novembre 2010.

    Historica Canada
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"Mais ils n’avaient pas le bon détonateur dedans et elle a explosé de leur côté, et les a tous tués. J’aurais été avec eux si j’avais été là-bas."

Transcription

J’étais assistant de salle d’opération quand je suis parti outre-mer. Et nous avons fait la traversée à bord d’un navire hôpital britannique qui était aussi illuminé qu’un sapin de Noël, avec des phares et des projecteurs, et des lumières rouges et tout ça, tout ça pour empêcher les allemands de nous couler. Ça a été un vrai cauchemar ce voyage. Comme repas on avait de la viande congelée. Le sol des toilettes était complètement inondé. Quoiqu’il en soit, on est arrivés en Angleterre, comme ils n’avaient pas besoin d’assistants de salle d’opération à ce moment-là, immédiatement je me suis retrouvé dans l’infanterie en route pour le nord du pays. Et on avait un exercice de nuit pour nous montrer comment ça se passait en temps de guerre, avec les bombes qui explosaient et les grenades à main, le genre qui explosaient et faisaient un bruit épouvantable. Et l’une d’elle n’a pas explosé, elle a atterri dans la boue ou quelque chose comme ça, et un de mes amis a posé le pied dessus et elle a sauté. Ça lui a arraché le pied, alors ça a été le premier qu’on a perdu. Ensuite on (les régiment Carlton et York) est allés en Italie. Pendant qu’on remontait la ligne, j’ai remarqué un nuage marron au dessus de nous. Je ne savais pas ce que c’était. Je n’y ai pas fait attention et on traversait un champ à découvert, recouvert de près de huit centimètres de neige. Et puis j’ai entendu un vrombissement, et puis un éclat d’obus a atterri à une soixantaine de centimètres de ma jambe environ. Alors j’ai découvert ce qu’était un obus fusant (qui explose en l’air). Ils ne nous en avaient jamais parlé avant. En fait, ils ne nous avaient pas dit grand-chose en Angleterre, là où on avait suivi l’entrainement. On avait trois compagnies. Deux partaient à l’avant, une restait à l’arrière en réserve et on changeait chaque semaine ou à peu près. Et quand on était à l’avant, les gros obus nous passaient au dessus de la tête et on aurait dit le bruit d’un train de marchandises qui passait. Et puis les balles des mitrailleuses passaient au dessus de nos têtes plus près, et il y en avait des tas. Vous n’osiez pas lever la tête. Notre jeune officier a levé la tête avec ses jumelles, comme ça il pouvait les regarder, l’ennemi sur la colline, au dessus d’une partie de la chaussée et il s’est pris une balle en plein front. Notre peloton n’était qu’à demi effectif et au lieu d’être 10 par patrouille, on était seulement la moitié. Je faisais le cinquième. Notre brancardier avait un brancard pour dormir. Les autres on dormait sur la pierre ou on tombait par terre, qui était en pierre. Son brancard me paraissait bien séduisant. Quand il est parti en permission je me suis porté volontaire pour le remplacer au poste de brancardier. Ils m’ont emmené voir le médecin militaire et il a découvert les qualifications que j’avais et je ne suis jamais retourné dans le peloton. Je suis resté pour l’aider. Les gars étaient toujours en quête d’action. Ils étaient cinq. Ils ont trouvé une grosse mine anti-char Teller (mine allemande) et ont mis une petite pointe sur le dessus et une grenade à main au dessus de ça. La grenade à main aurait pu avoir un détonateur à retardement de quatre secondes, ou aurait dû avoir un détonateur à retardement de sept secondes. Celui-ci de toute évidence n’en avait qu’un de quatre secondes. Ils ont essayé de la faire rouler par dessus le sommet de la chaussée pour la faire exploser du côté ennemi. Mais ils n’avaient pas le bon détonateur dedans et elle a explosé de leur côté, et les a tous tués. J’aurais été avec eux si j’avais été là-bas.
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