Témoignages d'anciens combattants:
Walter Detheridge

Armée

  • Etat de service de guerre de M. Walter Detheridge qui lui a été remis après la guerre en 1946 par le Département de la Défense Nationale.

    Walter Detheridge
  • Page sélectionnée du livret de soldat et livret de paye. Cette copie appartient à Walter Detheridge.

    Walter Detheridge
  • Permis de conduire du département de la guerre remis à M. Walter le 21 juin 1944. M. Detheridge a été conducteur mécanique avec le Essex Scottish Regiment.

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  • Insignes d'épaules du Essex Scottish Regiment.

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  • Insigne de bérêt du Essex Scottish Regiment.

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"Et c’était des armes lourdes. Elles tiraient 1000 coups à la minute, ces mitrailleuses lourdes. Ça me donnait l’impression d’un essaim d’abeilles qui volait au dessus de ma tête très régulièrement."

Transcription

Quand je suis allé en Angleterre, ils m’ont changé et m’ont placé dans l’infanterie et j’étais dans la 2ème division (d’infanterie canadienne), 4ème bataillon de l’Essex Scottish Regiment de Windsor. Et puis j’ai été blessé en France à Falaise, juste après Caen, le 13 août. J’ai été touché quatre fois par une mitrailleuse et heureusement, je n’ai pas été tué. On était 13 à ce moment-là, cinq d’entre nous sont morts, et quatre d’entre nous ont été blessés.

J’avais un sergent là-bas, il venait de Windsor, et il était allé à Dieppe parce que l’Essex Scottish était à Dieppe et ils ont eu seulement, je crois, 46 d’entre eux qui sont revenus sur les 800 au départ. Il en faisait partie. Il était le plus gentil, il s’est fait tué le jour où j’ai été blessé. Et j’en ai honte mais je ne me souviens même plus de son nom, je n’arrive pas à m’en souvenir. Mais c’était vraiment un gentil gars.

En fait, quand j’ai été touché, je lui ai crié, je crois que j’ai été touché, et il a répondu, bon, allonge-toi sur la chenillette et, parce que l’infanterie est en train de faire une percée de l’autre côté, ça va tout s’arrêter. Bon, il y avait 75 allemands qui sont sortis de là. Qui avaient 12 mitrailleuses lourdes là-bas et ça allait mal, je ne sais pas qui s’était occupé de celle-là, mais ils avaient envoyé seulement une section de chenillettes, c’est à dire trois chenillettes, pour voir s’ils pouvaient tenir en face de cette mitrailleuse (allemande), et il s’est avéré qu’il y en avait 12 des mitrailleuses. Et c’était des armes lourdes. Elles tiraient 1000 coups à la minute, ces mitrailleuses lourdes. Ça me donnait l’impression d’un essaim d’abeilles qui volait au dessus de ma tête très régulièrement. Mais c’était une journée plutôt excitante.

Mais heureusement j’ai survécu et il m’arrive de me demander pourquoi parce que j’ai reçu deux balles dans un bras et à travers l’épaule et une autre entre mon oreille et ma tête, elle m’a entaillé la peau, mais ça saignait beaucoup. À un demi centimètre près, elle aurait traversé de part en part. Et il y avait quatre trous dans mon casque en métal. C’était une mauvaise journée.

Je suis rentré à bord d’un navire hôpital en Angleterre et j’y ai passé plusieurs semaines, et ensuite je suis retourné en Belgique. Je conduisais une chenillette pour un capitaine, et il a dit, Detheridge, on va aller chercher un poste d’observation avancé pour nos mortiers. Et j’ai dit, d’accord. Alors on a commencé à avancer sur la route en Hollande, et on a conduit un moment, et puis un gars sort du fossé, un compatriote, et il dit, c’est le dernier, vous ne pouvez pas aller plus loin. Après ça tout est allemand. Et le capitaine, il dit, bon, ça n’a pas l’air mal là-haut, on va avancer encore un peu. Alors on a avancé encore un peu, un petit peu plus du genre 800 mètres à peu près ; et j’ai dit, qu’est-ce que c’est ce qui descend la route ? Et il y avait une petite fille sur un vélo qui arrivait par la route. Et elle avait une dizaine d’années environ, d’après mes calculs. Et elle a mis ses mains en l’air et sur sa tête, c’est ce que les allemands ont fait quand ils se sont rendus, et elle a montré le bas de la route, alors on a dit, bon, on va la suivre.

Alors on l’a suivie sur un bon bout de chemin. Et on arrive à une maison et il y avait une petite maison et elle avait une sorte d’appentis sur le côté. Et elle a montré du doigt la maison et alors on s’est arrêtés, et j’ai mis la mitrailleuse en travers de la chenillette et le capitaine a sorti son pistolet. Et j’ai crié, sortez, et ils ont ouvert la porte et un drapeau blanc est apparu ; et je me suis dit, il n’y a sans doute qu’un seul gars qui va sortir et il en est sorti 28, un peloton tout entier.

Alors ils sont sortis de la maison et j’ai demandé, est-ce que quelqu’un parle anglais ? Et le sergent, il s’avance et il dit, je parle anglais. Et j’ai dit, c’est bien, mettez-les en rangs sur la route. Et il a crié quelque chose et ils se mettent tous à courir, vont sur la route et se mettent en rang. Bon, quelle stupidité, j’ai pensé, bon, je vais jeter un coup d’œil dans la maison. Alors je, quelle idée stupide, parce que vous ne saviez pas ce qu’il y avait là-dedans. Et ils avaient tout leur équipement qui était bien rangé dans cet appentis, et je suis ressorti, j’avais pris un pistolet quand j’étais là-dedans, mais, quoiqu’il en soit, je suis ressorti, et on a commencé à les ramener au pas sur la route et on les suivait avec la chenillette.

Avant qu’on commence à avancer, la mitrailleuse était pointée au dessus du truc et le tube est tombé. On n’avait pas appuyé sur la poignée de verrouillage. Alors avec ça, la petite fille a marché jusque là et elle l’a ramassé et elle me l’a rendu et je l’ai remis en place et ensuite on les a fait avancer au pas sur la route ; et quand on est rentrés au quartier général, le capitaine, il s’est fait sérieusement attrapé pour être descendu aussi loin, au delà du bout de la route.

Mais, en tout cas, j’ai entendu dire qu’ils, que ce soit vrai ou pas, j’ai entendu dire qu’ils avaient donner son nom à une des rues de la ville. La ville c’était Zutphen en Hollande.

Date de l'entrevue: 7 septembre 2010

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