Témoignages d'anciens combattants:
Don Dygert

Forces aériennes

  • Un technicien radio et ami de Don Dygert se tient sur la roue d’un Avro Lancaster à Yorkshire en Angleterre, printemps 1946.

  • Un Dakota DC-3

    Don Dygert
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"Oui, je pense à tous les élèves pilotes qu’on a perdu. Ça me tourmente plus que de raison. C’est pendant l’entrainement, qu’on a perdu un nombre impressionnant de jeunes hommes, accidents d’avion, avion qui brûlait."

Transcription

J’avais l’espoir d’être pilote. J’étais un cadet de l’armée de l’air et je suis descendu au centre de recrutement. À ce moment-là, on était censés pouvoir aller directement à l’ICS (école internationale par correspondance). Et l’officier du recrutement a dit, bon, c’est vrai, mais on a besoin de mitrailleurs de bord. Les mitrailleurs de bord à ce moment-là, ils tenaient dans les 85 minutes en l’air, alors j’ai dit, prenez-moi comme pilote, si je me fais recaler, je deviendrai mitrailleur de bord. Et il répond, non, tu dois être mitrailleur de bord. J’ai dit, non, si c’est comme ça je serai dans le personnel au sol. Alors c’est ce que j’ai fait. J’ai dit, quel métier je peux faire ? Il a répondu, n’importe quel foutu métier que tu veux. Et ce sont exactement les mots qu’il a employés. J’ai pensé que je pourrais peut-être devenir mécanicien de moteurs d’avions parce qu’on travaillait sur des tracteurs à la ferme, mais ils étaient plutôt sales, alors peut-être que je vais prendre autre chose. Alors j’ai pris systèmes électriques de bord, et c’est ça le métier que j’ai pris. Je suis allé à l’école technique de Danforth à Toronto pendant trois mois, ou à l’école technique, ça m’a donné une formation technique de base. Et ensuite je suis allé à St Thomas où j’ai fait une formation sur un avion, qui était l’ancêtre du bon vieux Spitfire (avion de chasse et d’entrainement) en fait, le Fairey Battle (avion d’entrainement), mais c’est l’ancêtre du Spitfire. Et je me suis aussi entrainé sur un simulateur de vol à ce moment-là, parce que mes notes étaient très bonnes dans ce cours-là. Alors ils m’ont formé pour être un technicien de simulateur de vol. À cette époque, au Canada on utilisait beaucoup d’appareils anglais pour l’entrainement des pilotes. C’était de vieux avions vraiment quand on compare avec ceux qu’on a eu plus tard. Par comparaison, on avait des Cessna Crane et des Ansons et à Brandon (Manitoba), ils pilotaient des Bolingbroke, ça c’était une école de tir. Et mon travail bien sûr c’était de réparer l’avion quand il y avait quelque chose qui ne marchait pas. Oui, je pense à tous les élèves pilotes qu’on a perdu. Ça me tourmente plus que de raison. C’est pendant l’entrainement, qu’on a perdu un nombre impressionnant de jeunes hommes, accidents d’avion, avion qui brûlait. Vous savez, ce genre de choses ça finit par vous atteindre. Et, bien sûr, comme j’étais un jeune membre de la force aérienne, vous devez assister à la cérémonie de leurs funérailles, alors vous ne risquez pas d’oublier tout ça. Et malgré tout, ce n’est même pas du combat. Et on a perdu un nombre impressionnant de jeunes gens : des australiens, des néo-zélandais et des canadiens. Or, je me souviens d’une grande partie de tout ça. Ça me tracasse. Et malgré tout, comme on l’a dit, ce n’est pas du combat. Un des moments dont je me souviens particulièrement bien, un jeune membre de la force aérienne, un néozélandais et sa jeune épouse il était là parce qu’il s’était marié avec une jeune canadienne, et le trompettiste a joué quelques notes stridentes. Et c’était horrible d’entendre ça à un moment pareil. Maintenant, ça c’était les moments pénibles. Je me souviens de nos instructeurs de simulateur de vol, ils sont montés dans un Anson pour un vol, plusieurs d’entre eux dans l’appareil et l’appareil a pris feu ; on les a tous perdus. Et c’était des instructeurs avec lesquels je travaillais parce que je m’occupais des simulateurs de vol pour eux et je m’en souviens. Comme je l’ai dit, ce n’est pas du combat, mais quand même on a perdu beaucoup de gens à l’entrainement pendant la guerre. On ne perdait pas de temps à réconforter qui que ce soit rien de ce genre. C’était juste, retournez travailler et faites votre boulot. Une des philosophies de l’aviation, si un pilote a un accident, ils le renvoient dans les airs, ils le font voler. Et on doit aller travailler. Ma traversée pour aller outre-mer j’étais sur le vieux (NSM) Cynthia, un bateau. Ça a pris sept jours pour aller là-bas. C’était juste à la fin de la guerre que j’y suis allé. Théoriquement, je me rendais là-bas pour être dans les forces d’occupation, mais ce qui s’est passé, c’est que Mackenzie King nous a rappelés quelques mois plus tard. Alors mon séjour en Angleterre n’a pas été si long que ça. Et puis ils ont décidé de renvoyer tous leurs avions de transport au Canada. On les a ramenés, neuf appareils à chaque fois, pour partir d’Angleterre. Je suis rentré avec un groupe de neuf. Vous quittez le sud de l’Angleterre pour aller à Prestwick en Écosse, puis de l’Écosse en Islande, d’Islande à Goose Bay au Labrador et de là jusqu’à Ottawa. Sur le chemin du retour, il y avait quelque chose d’intéressant qui s’est produit. Pour faire en sorte qu’un Dakota puisse voler aussi loin, d’Islande jusqu’au Canada, on devait installer des réservoirs à parois souples dans le fuselage pour mettre le carburant supplémentaire, ce qui fait dans les 1800 litres supplémentaires. Bon, l’idée ici c’était de prendre le carburant dans les réservoirs principaux avant d’utiliser celui des réservoirs d’appoint. Autrement, le carburant sortait et allait dans les réservoirs et le trop plein tombait directement dans l’océan. Un de nos appareils a fait la moitié du voyage depuis l’Islande, et ils ont décidé qu’ils avaient fait une erreur. Ils avaient ouvert les valves des réservoirs d’appoint, mais n’avaient pas utilisé entièrement le carburant des réservoirs principaux. Et ils n’étaient plus tout à fait sûrs d’avoir assez de carburant pour aller de là où ils se trouvaient dans l’Atlantique Nord jusqu’au Labrador ou non, jusqu’à Goose Bay. Heureusement, ils sont bien arrivés à destination. J’étais sur la citerne de ravitaillement pour mettre du carburant dans cet appareil et, ben voilà, je n’en ai pas vu une seule goutte dans le réservoir. Mais je suppose qu’il y en avait eu assez car l’appareil est arrivé là-bas en tout cas. Et à partir de là, on est allés à Ottawa avec. À mon avis, les pilotes instructeurs et le personnel au sol travaillant dans le Plan d’entrainement de vol du Commonwealth ont un impact important sur les résultats de la guerre en Europe parce qu’on a formé un nombre impressionnant de mitrailleurs de bord, de pilotes et de navigateurs au Canada. On a peu parlé de l’effort de guerre du Canada au pays en ce qui concerne la guerre. Évidemment, personne ne nous tirait dessus, mais on a perdu des gens et on a perdu des avions de la même manière que ça arrivait au combat.
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