Témoignages d'anciens combattants:
John “Hans” Rock

Armée

  • Prisonniers de guerre allemands jouant aux échecs dans un camp d'internement, Camp 40 à Farnham, Québec, Canada, en novembre 1945.
    Photographe inconnu. Numéro Mikan: 3600118

    Crédit: Canada. Dépt. de la Défense Nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-213875
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    Canada. Dépt. de la Défense Nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-213875.
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"Pendant la guerre, il y avait 3 000 volontaires du camp de prisonniers allemands qui sont partis travailler dans les fermes (...)"

Transcription

Je suis parti en 1939 dans l’armée (allemande). Je dois y aller, que je le veuille ou non. Donc on a suivi l’entraînement à Vienne, en Autriche, qui appartenait à l’Allemagne ensemble (depuis l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche par les nazis, processus officiellement terminé le 12 mars 1938). J’ai passé à peu près quatre semaines là-bas, jusqu’au début de 1940, pendant la période de Noël, et puis on est descendus en train en Italie, jusqu’en Sicile. On a pris un bateau pour la Sicile, Palerme, et on est restés là, à Palerme. Et je faisais partie de l’antiaérien. La défense antiaérienne, vous tirez sur les chars et les avions. J’étais en Afrique du Nord de 1941 durant deux ans pendant la guerre dans le désert, pas loin de Tobrouk (Libye), on est partis dans le désert et puis à Tobrouk et on est allés de là-bas à Sollum (Égypte) et en 1942, (Erwin) Rommel, notre général, et puis ensuite le reste de l’armée est repartie. Alors le Général Montgomery a attaqué, la Huitième Armée (britannique), les Anglais, les Australiens, les Néo-Zélandais, et ils nous ont repoussés et on était pris sur une île, juste sur la Méditerranée, des falaises de 26 à 30 mètres de haut. Encore deux semaines sont passées avant qu’on se fasse prendre. Puis de là, je suis allé en prison, des chars australiens nous ont attrapés et on avait les mains en l’air, on devait nous donner des cigarettes, ils nous donnent de tout, ils nous donnaient du scotch, on était très surpris qu’ils fassent ça pour nous. Et ils nous respectaient vraiment, vraiment bien, je dois dire qu’on n’a jamais eu de représailles ou été battus ou quoi que ce soit de ce genre. C’était très libre, dans l’armée allemande l’entraînement était très dur : à 4 heures du matin debout, réveillés, de l’eau très froide. À cette époque il n’y avait pas d’eau chaude au robinet, comme maintenant dans le monde libre. Bon, et après on était au Caire, du Caire Rommel a attaqué encore une fois et puis ils nous emmènent en vitesse jusqu’au (SS) Viceroy of India, c’était un gros navire. On est allés dans le canal de Suez, on ne savait toujours pas ce qu’on allait faire de nous. Et il y avait environ 12 000 prisonniers allemands. Mais plus tard il en est arrivé encore plus. En tout cas, on est allés dans le canal de Suez, puis dans la mer Rouge jusqu’à Madagascar, et puis dans l’océan Indien. Et on a débarqué à Durban (Afrique du Sud), là où il y a la coupe du Monde (M. Rock a été interviewé pendant la coupe du Monde en Afrique du Sud le 30 juin 2010.), c’est intéressant pour moi. Je jouais (au foot) dans la ligue junior avant la guerre, mais quand la guerre a éclaté, je pouvais être un joueur de haut niveau. En 1943, ils nous envoient le 7 décembre à Lethbridge (Alberta) et puis on est restés à Lethbridge dans un camp (de prisonniers de guerre allemands), 12 000 et il y en avait 12 000 autres à Médicine Hat (Alberta). Mais on n’était pas vraiment en contact, mais je jouais beaucoup au foot et j’ai été choisi pour le foot, les meilleurs joueurs du camp contre Médicine Hat. Une équipe de foot, de bons joueurs, il y avait foule. Et on est allés là-bas en camion, on était douze joueurs, on a battu Médicine Hat 3-1. Pendant la guerre, il y avait 3 000 volontaires du camp de prisonniers allemands qui sont partis travailler dans les fermes à… montés depuis Lethbridge et on est restés là jusqu’à la fin de la guerre, on était dans le, on a travaillé dans les champs de betterave, pommes de terre, maïs. Ils étaient très gentils avec nous. La nourriture je dois dire, dans le camp de prisonniers, était trois fois meilleures que ce qu’on avait en Allemagne. Le matin, porridge (bouilli), œufs, tout ce que vous voulez, lard, du pain bis, du pain noir, du pain blanc, du café, du thé, du lait. Les Allemands le matin, debout à 4 heures, café noir, sans lait, un peu de sucre et de la confiture et deux ou trois morceaux de pain. Perdu la guerre ? Oh là, là, j’étais content que ce soit terminé. Jamais, vous ne pouviez parler. Si vous disiez ça que c’est la liberté de parole que vous avez aux États-Unis et au Canada, je ne saurais pas dire comment. Je dirais que c’était un sale type jusqu’au bout des ongles, mais ça n’aide pas. Si je disais par exemple, (Adolf) Hitler était un idiot, il était fou, il pouvait me descendre. Oh oui. S’ils s’en apercevaient. On doit parler, vous pouvez parler de mon grand-père, six gars entre eux, qui sont dans un petit pub à jouer aux cartes. Et il est mort dernièrement. On était jeunes, 16, 17 ans, on est descendus dans le sous-sol du gasthaus (une auberge allemande/pub) quand la Gestapo est arrivée. Les jeunes ici, les jeunes avec ce qui s’est passé à Toronto encore avec les émeutes (les manifestations à propos du sommet du G-20 à Toronto le 26 et 27 juin 2010) et tout, ils se seraient fait descendre du temps de la Gestapo. J’ai de la chance, j’ai eu 90 ans en mars (2010). Oui. Mais je fais encore ma gymnastique comme dans l’armée allemande.
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