Témoignages d'anciens combattants:
Edna May “Bunny” Simpson (née Burrows)

Forces aériennes

  • Edna May Simpson (née Burrows) à London, Ontario, en 12 juillet 2010.

    Historica Canada
  • Edna Simpson (née Burrows) à gauche et une amie dans le sud du Pays-de-Galles.

    Edna Burrows
  • Edna Simpson (née Burrows) à droite et une amie à Walton-on-the-Naze, Essex, Royaume-Uni, été 1943.

    Edna Simpson
  • Mariage d'Edna et de Douglas Simpson`s, le 15 novembre 1947.

    Edna Simpson
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"Je me souviens des mauvais moments et à beaucoup d’égards, je ne peux pas vraiment repenser à toute cette période de bombardements parce que tant de choses horribles se sont passées."

Transcription

Comme j’étais jeune, j’avais 16 ans quand la guerre a éclaté (septembre 1939) et à Liverpool (Angleterre), on a subit des bombardements très violents pendant le Blitz de Liverpool. On avait des vagues de bombardiers qui arrivaient au crépuscule chaque nuit et il en arrivait pendant toute la nuit jusqu’à l’aube le lendemain et ça a duré 10 jours (début mai 1941). Et ma ville a été énormément bombardée. Mais bien sûr, c’était terrifiant mais on ne pouvait rien faire contre une bombe qui tombait. Vous pouviez seulement espérer, qu’elle n’allait pas vous tomber dessus.

Mais elles frappaient beaucoup de monde, deux ou trois maisons détruites peut-être et la maison toute entière était détruite par les bombardements et il ne restait que la cage d’escalier parce qu’on aurait dit que les caquages d’escalier résistaient à l’explosion. Mais ce qui me remplissait de terreur c’était la pensée d’une invasion. Et après Dunkerque (26 mai au 3 juin 1940), quand notre corps expéditionnaire a été repoussé hors de l’Europe, il semblait bien que la Grande Bretagne allait être envahie. Il y avait, il y avait, tout le monde avait la quasi certitude que ça allait se produire. Et vu mon âge ça me terrifiait, moi une jeune fille, parce qu’on connaissait toutes ces histoires d’atrocités qui avaient été perpétrées et tout le reste, vous savez. Et la pensée de ces gens-là atterrissant au beau milieu de nous c’était plus terrifiant pour moi, que les bombardements.

En fait je me suis présentée pour être dactylo ou quelque chose comme ça parce que c’était ma formation. Mais quand ils ont fait passer les tests, ils m’ont demandé si j’accepterais d’aller dans ce qu’ils appelaient la DF, radiogoniométrie, qui était une sorte de travail ultra secret. Et plus tard il s’est avéré que c’était dans les radars. On m’a directement envoyée dans une station radar sur la côte est, à Waltham (Base de Grimsby), parce qu’ils avaient besoin d’opérateurs là-bas et à ce moment-là, il y avait des avions qui volaient à basse altitude et qui larguaient des bombes et qui mitraillaient et qui repartaient. Alors ça a été une sacrée expérience pour commencer.

Et de là, je suis allée au sud du pays de Galles, Strumble Head ça s’appelait. Il y avait des stations radar tout le long des côtes de Grande Bretagne et elles se trouvaient toujours dans des coins isolés, juste en haut des falaises. Et la nôtre c’était une petite station, alors on étaient tous très proches les uns des autres. On est devenus de très bons amis et les amitiés d’alors ont duré toute ma vie.

Alors en tout cas, je suis partie à Strumble Head et ce n’était pas aussi intéressant là-bas parce qu’on ne faisait que du travail côtier. Moi je travaillais sur un radar qui s’appelait le CHL (radar d’alerte avancé, faible altitude, réseau côtier). Les premières stations étaient ce qu’on appelait des CH, ce qui veut dire Chain Home (radar d’alerte avancé). Et le CHL était une invention plus récente qui avait un faisceau plus bas, donc ils pouvaient repérer les appareils volant à basse altitude. Vous savez, ils ont continué à développer les radars pendant toute la durée de la guerre.

Et de là, on m’a envoyé faire une formation à l’île de Wight et j’ai été formée sur un type de radar appelé 10centimètres, ce qui était un faisceau encore plus étroit et qui pouvait repérer des objets sur l’eau en fait. Et après cette formation, je suis descendue dans les Cornouailles. Et j’étais là-bas et c’est là que j’ai rencontré mon mari. Il est arrivé avec l’armée de l’air canadienne comme mécanicien de repérage radio.

Avant le jour J (l’invasion alliée en Normandie le 6 juin 1944), on savait qu’il y allait y avoir une invasion parce qu’ils avaient peur que les allemands commencent à détruire les stations radar tout le long de la côte. Alors on avait des gardes armés pendant le transport depuis l’endroit où on logeait jusqu’aux stations. Et le 5 juin, j’étais de service cette nuit-là et pendant toute la nuit, l’écran radar était, on devait passer des sortes des paquets de plots parce qu’on ne pouvait pas isoler les plots. Et j’ai fini mon service le matin du 6 juin, et que j’ai regardé de l’autre côté de la mer, d’est en ouest toute la ligne d’horizon était entièrement recouverte de chalands de débarquement. Et je veux dire, ça s’est gravé dans mon esprit parce que je pensais en moi-même, tous ces jeunes hommes qui ont mon âge, qui font la traversée pour débarquer en France, c’était un souvenir immense pour moi.

Mon mari n’est pas resté très longtemps dans la station il a été affecté à une autre station. Et on est restés en contact et quand la guerre s’est finie en 1945, son père avait eu un accident à la ferme et ils voulaient qu’il essaye de rentrer chez lui, alors il l’a fait. Mais il est venu me voir le dernier weekend et on s’est promis de s’écrire. On l’a fait pendant deux ans et puis en février 1947, il est revenu en bateau et il a apporté une bague de fiançailles. Alors entre temps j’avais eu le temps de réfléchir à ce sujet et j’avais décidé que j’allais sauter le pas et partir au Canada.

Je me souviens des mauvais moments et à beaucoup d’égards, je ne peux pas vraiment repenser à toute cette période de bombardements parce que tant de choses horribles se sont passées. Mais je me souviens aussi de l’incommensurable bonne humeur des gens, en dépit de ça, et, et la manière dont les gens s’aidaient les uns les autres. Parce que j’étais si jeune, je suppose que j’étais impressionnable. Mais si quelqu’un devait abandonner sa maison bombardée, quelqu’un le prenait chez lui, personne n’avait beaucoup de place, personne n’avait de nourriture. On était sévèrement rationnés. Je veux dire, nos rations étaient très maigres. Mais vous partagiez la nourriture avec qui en avait besoin. Les gens travaillaient ensemble comme un seul homme d’une certaine façon, et c’est presque triste que ça ait disparu après la guerre. Je veux dire, ça fait partie de l’urgence, les gens font ça mais on aurait dit que c’est comme si j’avais vécu le pire et le meilleur d’une certaine façon.

Date de l'entrevue: 12 juillet 2010

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