Témoignages d'anciens combattants:
John Stratton

Forces aériennes

  • Photo contemporaine de John Stratton.

    Courtesy of John Stratton
  • Photo d'un Lancaster, 1944.

    Courtesy of John Stratton
  • Un bombardier Avro Vulcan similaire à celui dans lequel a servi M. Stratton entre 1962 et 1969 en tant que navigateur.

    Courtesy of John Stratton
  • Médailles de service de monsieur Stratton.

    Courtesy of John Stratton
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Écoutez ce témoignage

"Alors, on a été choisis pour y aller et déposer un bouquet de fleurs et tout le reste à la reine Wilhelmine des Pays-Bas."

Transcription

Dès notre arrivée là-bas (Base du 35ème Escadron, RAF Graveley), on nous a informés que la guerre était terminée (la guerre s’est terminée le 8 mai 1945), ça faisait deux semaines qu’elle était terminée, trois semaines ou quelque chose comme ça. Mais on faisait partie de ce qu’ils appelaient la « Force Tigre » qui allait partir en Extrême-Orient pour appuyer les Américains. Et on avait de nouveaux avions pour partir. Et on est restés là-bas à peu près, oh, pas très longtemps, une semaine à peu près, quand ils ont décidé le ministère de l’Air dans sa grande sagesse ou non, a décidé qu’ils allaient marquer le coup pour, au moment où on devait parachuter de la nourriture aux Hollandais en avril de cette année, ils mourraient de faim les pauvres diables et les Allemands nous ont donné une trêve en passant par la Croix-Rouge pour venir et parachuter des provisions aux Hollandais à un endroit précis. Et l’équipage avec lequel je me trouvais c’était le même équipage, ils voulaient un équipage qui parachutait de la nourriture ou avait participé au parachutage de nourriture en avril et qui était resté intact et notre équipage était toujours intact à l’exception du pilote. Il était parti pour suivre une formation quelque part et on s’est retrouvés dans l’équipage du commandant d’escadrille, Shorty Harris, un commandant d’aviation. Alors on nous a choisis pour y aller et parachuter un bouquet de fleurs, en plus, à la Reine Wilhelmine des Pays-Bas. On a fait deux voyages au Royaume-Uni et on leur a largué un panier de fleurs et un parachute. Ce qui s’est bien passé et le jour est arrivé et on est partis en Hollande pour parachuter ces fleurs à la reine, et elles étaient dans un panier, attaché à un parachute. Et on a décollé et on devait atterrir à Amsterdam pour prendre deux journalistes hollandais, ils sont montés à bord et on a décollé et on est allés au Palais Soestdijk en fait. C’était un terrain d’aviation parallèle au palais sur lequel on devait parachuter les fleurs. On est arrivés là-bas et on a fait un point fixe et là où on devait les larguer, ils avaient fait un marquage au sol, il y avait un marquage au sol à l’endroit où on devait les positionner. Alors j’ai baissé le nez de l’appareil et préparé le parachutage de cette bombe panier et ce satané truc ne partait pas. Alors on avait un commandant de base à bord, il a dit, bon alors quoi, qu’est-ce que tu vas faire avec ça Jack, ne peux-tu pas t’en débarrasser? J’ai dit, et bien, je peux la larguer. Bon et bien, largue ce foutu truc, a-t-il dit, j’ai dit, oui, mais vous allez perdre le support. Au diable le support, a-t-il dit, sans importance, vous savez, le support de bombe? Ça ne fait rien. Alors on a fait demi-tour encore une fois et on l’a largué. Et j’ai dit, bon, il se peut que le parachute ne s’ouvre pas. Parce que la sangle d’ouverture va être attachée au support. Et c’était ça toute l’histoire, il ne s’est pas ouvert de toute façon, mais le truc est allé sous terre. Et puis on devait faire voler au-delà du palais, ce qu’on a fait, la reine et tous les sous-fifres étaient dehors. Et pour finir, on a eu une belle photo de tout ça avec le Lancaster en premier plan. Et ça allait. Ils ont dit qu’ils avaient eu les fleurs et qu’elles étaient très belles. Elles avaient été envoyées par Lord (Arthur) Tedder, qui était le Chef d’état-major de la Force aérienne de l’époque, Maréchal de la RAF Lord Tedder. Et puis on est rentrés et on a atterri à Amsterdam pour faire descendre les deux reporters, et on venait juste de décoller, on avait décollé, quand ils nous ont demandé de revenir. Mais sur une autre piste. On a atterri et en tournant au bout de la piste, horreur, juste de l’autre côté de la piste il y avait un grand fossé. Pas moyen de s’arrêter; on est tombés dedans. L’avion était foutu, le nez en bas, chez nous personne n’a été blessé, bon, le colonel d’aviation s’est cassé la jambe je crois. Oui, ou alors il a été sérieusement blessé en tout cas. C’était bon après avoir qu’on lui ait mis un plâtre. Mais personne de l’équipage en lui-même n’a été blessé. Mais l’appareil était bon pour la casse. On est sortis, et oh, bon sang, le commandant de base était écœuré, il a dit, bon je vais aller à l’ambassade maintenant, vous les gars vous partez dans un hôtel, je vais vous retenir un hôtel et vous allez peut-être y rester une semaine voire deux en attendant d’avoir un appareil du Royaume-Uni qui nous ramène. Alors c’est la dernière fois qu’on l’a vu. En tout cas, ils nous ont mis dans un hôtel et cet après-midi-là, mon mitrailleur dorsal, Eddie Farmer, qui venait de Bristol (Angleterre), qui était vraiment mon pote, et sa mère était une vraie mère pour moi. Avec Eddie nous sommes allés à Amsterdam, non à La Haye on était. Et puis à La Haie, on a trouvé un café, on est entrés là. Bon sang, quelque soit le côté où vous regardiez, il y avait des photos de notre roi et de la reine et des deux princesses. Je vous jure, on était comme en Angleterre. Et on se sentait bien là-dedans et on a pris un café, on ne pouvait pas payer. Et le gars avait deux filles. Alors on est entrés et je les ai branchées et on est restés là-bas plus d’une semaine en tout cas. On était à l’hôtel et on passait toutes nos soirées au Eastern Welland avec elles, ou toutes nos journées, toute la journée. Et on a passé une semaine merveilleuse là-bas en Hollande. Et depuis, je n’ai jamais rencontré de gens qui soient plus hospitaliers que les Hollandais. Mais la RAF avait une super réputation auprès d’eux pendant la guerre parce que la RAF était l’instrument principal qui en a vraiment fait baver aux Allemands. Et les Allemands occupaient la Hollande évidemment. Alors ils avaient beaucoup de respect pour la RAF. Ce que j’ai vu en Europe à la fin de la guerre, et on a visité l’Europe une semaine à peu près après que la guerre soit terminée, et de voir toute la misère qu’elle avait causée là-bas parmi un groupe de gens en particulier, les juifs. Il y a eu plus de six millions de juifs qui ont été massacrés en Allemagne pendant la guerre et la plupart d’entre eux juste jetés dans une fosse et recouverts de terre. Et vraiment, vous savez, ça ne m’a pas monté contre l’église, non, jamais, mais ça n’était pas ce qu’on m’avait enseigné à l’école du dimanche. Or, souvenez-vous que je n’avais que 20 ans alors, 22 ans à la fin de la guerre. Mais ce n’était pas ce qu’on nous enseignait à l’école du dimanche, que Dieu ne laisserait jamais des choses comme ça arriver. Et c’est arrivé. Et vraiment, ça ne m’a pas détourné de l’église, mais j’ai décidé que mon temps serait beaucoup mieux employé si je restais au sein de l’armée de l’air, ce que j’ai fait. Et ça a marqué un tournant dans ma vie.
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