Témoignages d'anciens combattants:
Phyllis Holmes (née Agnew)

Forces aériennes

  • Portrait de LAW Phyllis Agnew (aujourd'hui Holmes) prise en 1943.

    Phyllis Holmes
  • Mme Phyllis Holmes à côté de son frère, tous les deux en permission en 1944, dans leur maison familiale à Cardigan, Ile-du-Prince-Edouard.

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  • Mme Phyllis Holmes (à droite) debout avec son amie Rae à l'ecole d'opérateurs télégraphistes No. 1 à Montréal, Québec, en février 1944.

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  • Division des femmes de la Force Royale de l'Air Canadienne, incluant Phyllis Holmes, qui est en train d'être inspectée par la reine Elizabeth (Reine Mère) à Buckingham Palace en 1944. Ce jour-là, les princesses Elizabeth et Margaret étaient aussi présentes.

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  • Mme Phyllis Holmes pose avec ses amies Lil, Rae et Shae à l'extérieur de Central Park à New York, avril 1944.

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"Et les V2 c’était les pires de toutes parce que vous marchez dans la rue et une lumière passait et la sirène se déclenchait, et vous n’arriviez pas à trouver un abri."

Transcription

Je voyais les filles dans différents uniformes et je me disais, oh, j’aimerais beaucoup faire ça. Et à peu près à la moitié de ma formation, j’ai parlé avec mes parents et ma mère m’a donné un bon conseil, passe ton diplôme d’abord. Alors je me suis dit, à ce moment-là, j’allais avoir 18 ans, évidemment, et vous deviez avoir 18 ans pour y aller. Alors ensuite j’ai fait ça. J’ai eu mon diplôme et ensuite le directeur du (grand magasin) Eaton est venu du Nouveau Brunswick à Charlottestown où j’étais, et il recrutait des gens pour aller dans le Nouveau Brunswick et travailler pour Eaton. Alors j’ai été une des premières à dire que j’irais.

Et puis alors j’ai eu un travail à Eaton après avoir passé mon diplôme ; et j’ai pris penseion au YWCA (Young Women’s Christian Association) et toutes les filles venaient là pour manger à midi, qui portaient leurs uniformes de l’armée de l’air. Et, bien sûr, ça m’a donné encore plus envie d’y aller. Alors j’ai continué à en parler à mes parents et ils étaient vraiment contre, en particulier mon père. À cette époque, évidemment, ils pensaient, oh, des femmes dans l’armée, et qu’est-ce que ce sera après ça ?

En tout cas, je n’ai jamais laissé tomber, donc j’étais partie pour Noël et ensuite je suis revenue ; et je pensais, non, je veux tellement y aller. Alors j’ai écrit un mot à mes parents où je leur disais que j’allais les appeler le samedi soir ; et que je voulais partir avec leur bénédiction. Je voulais discuter avec eux à ce propos, mais que j’allais partir de toute façon.

Donc, en tout cas, je leur ai téléphoné le samedi soir, ils en avaient parlé, je suppose, et décidé, bon, j’étais vraiment déterminée, alors ils ont accepté. Alors après ça, une fois que j’ai porté l’uniforme, il n’y a jamais eu personne de plus fier que mon père, et il l’a raconté à tous ses amis. J’ai été affectée à Toronto (base de Downsview) à la vieille école pour filles Havergal, que l’armée de l’air avait réquisitionnée et j’ai suivi une formation sur les procédures de l’armée de l’air. Et puis j’y suis restée cinq ou six semaines, je crois, et ensuite on m’a affectée à la 1ère école de radionavigants de Montréal ; et j’ai été la sténo de l’officier de l’équipement pour le poste de l’armée de l’air tout entier là-bas.

J’y ai passé un an et demi, je crois, et on m’a affectée outre-mer. Je suis arrivée là-bas quatre jours avant le jour J en juin, le 2 juin quelque chose comme ça, oui. Et la première nuit qu’on a passé dans l’appartement, on était en train de se déshabiller pour aller au lit, et mon amie, tout ce qu’elle avait sur le dos c’était sa chemisette quand la sirène pour le raid aérien s’est déclenchée. On était au troisième étage, et on devait descendre trois étages pour aller au… on nous avait dit, évidemment, toutes les filles descendent dans les abris aériens. Et on a dévalé les escaliers quatre à quatre et on arrive en bas, comme on a ri après coup, elle se tenait là avec sa chemisette sur le dos et rien d’autre. Alors on a beaucoup ri, évidemment et on a eu de grosses frayeurs aussi.

Et on était là-bas, j’y suis restée pendant toute la période des bombes V1, les V2, et les blackouts évidemment. Et les V2 c’était les pires de toutes parce que vous marchez dans la rue et une lumière passait et la sirène se déclenchait, et vous n’arriviez pas à trouver un abri. Ils nous avaient prévenues de juste nous allonger à plat ventre dans la rue, jusqu’à ce qu’elle passe parce que vous ne saviez jamais quand la lumière s’éteignait, c’est là qu’elle tombait. On ne savait qui allait se la prendre.

J’étais sténodactylo et on passait nos journées, jour après jour, à taper. Ils nous donnaient différentes feuilles chaque matin et c’était toutes les listes des morts, tous les aviateurs outre-mer. La première fois où je tapais les morts, je suis arrivée à la ligne et, bien sûr, c’était seulement des noms pour vous et tout à coup, il y en avait un de notre petit, tout petit village de l’île du Prince Edward qui se trouvait là-dessus et je n’en avais pas entendu parler. Et tout ça c’était, c’était plein d’émotion.

Une des choses vraiment spéciales qu’on a eues, c’est quand la reine (Elizabeth) nous a inspectées au Palais de Buckingham ; et on avait passé la semaine à astiquer nos boutons et nos chaussures et les cheveux relevés dans le cou, et tout le reste. Et c’était très excitant. La princesse Elizabeth et la princesse Margaret étaient là elles aussi, elles semblaient s’ennuyer terriblement en fait, mais nous on était aux anges. C’était une sacrée expérience pour nous, évidemment.

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