Témoignages d'anciens combattants:
André Courtemanche

Armée

  • André Courtemanche pendant la guerre de Corée, Noël, 1953.

    André Courtemanche
  • André Courtemanche rendant visite une dernière fois à sa famille avant son départ outremer en Angleterre en avril 1940.

    André Courtemanche
  • André Courtemanche posant avec un frère d'armes quelque part sur le front d'Italie en septembre 1944.

    André Courtemanche
  • André Courtemanche en Angleterre, mai 1942.

    André Courtemanche
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"Vous ne pouvez pas leur raconter rien parce que vous n'avez pas le cœur de le faire. Vous avez peur de passer pour un menteur, vous avez peur de passer pour… Vous savez ce que je veux dire."

Transcription

Ça a été un débarquement quasiment sans pertes. Les Italiens d’abord tenaient la côte et ils n’ont pas envie de battre du tout. La première journée on a pris quinze mille prisonniers. Ils se mettaient en rang pour se donner. Quand les Allemands ont décidé de nous payer une visite, là ça a été différent, mais on était préparé pour ça. Mais on n'était pas préparé aux tactiques allemandes; parce que, selon le terrain, selon ceci et selon cela… Ils étaient des soldats qui avaient fait beaucoup de campagnes. Ils étaient habitués à plusieurs, ça faisait la différence. D’abord, on s'est fait prendre en pleine nuit. C’était un peu la peur de tout le monde. Il y avait une vingtaine de blessés, mort et blessés, du coup. Pris dans une souricière comme des apprentis. On s'était entraîné trois ans et tout ça, des années et des années. L’endurance, oui! Mais les tactiques, vous savez ce que je veux dire, c’est ça qu’on n’avait pas. Vous en avez, mais… La température a changé au mois d'octobre, au début d'octobre. On était loin en Italie quand ça a commencé, la mauvaise température. Ça a été l'enfer, de l'eau, de la boue. Les véhicules, on mettait des gros madriers sous les tracks [chenilles] des chars d'assaut durant la nuit ou pour les stationner un peu de temps, car ils s'embourbaient en un rien de temps. Ça a été l'enfer, pas ordinaire. Le froid, mal habillé et mal nourri. Vous savez ce que je veux dire. Quand on disait qu'on nous envoyait en repos, ce n'était pas tout à fait le repos. Puis à part de ça, les maisons étaient toutes détruites, elles n'avaient plus de toits – nulle part il n’y avait des toits – parce que les obus de mortier tombaient dessus, les détruisaient, des toits de tuiles. Nous étions appuyés quand même. Les aliments – pour manger, c’est plus facile. Au lieu de manger une boîte de « corned beef », ils te faisaient à manger. C'était chaud, une fois par jour. C'était mieux que rien. [Plus tard, en Hollande:] On nous a dit à peu près vers 4 heures qu'à minuit, ça finissait; la guerre finissait à minuit. Le jour même. Pourquoi n’arrêtons pas là, vous savez ce que je veux dire? On se demandait pourquoi on n’arrêtait pas tout de suite, avant de mourir. On ne pensait pas à ça. On n’y croyait pas, d’abord. Ça faisait tellement de fois qu'on passait proche. C'est cinq ans de votre vie qui est en mutation, en transformation, comme vous voulez l’appeler. Les choses ne sont pas pareilles, le monde n’est pas pareil, même mes parents n’étaient pas pareils. Il n’y avait rien de pareil, comprenez-vous? Rembarquer, vous savez ce que je veux dire, ce n’est pas pareil, pas du tout, pas pareil, pas du tout. Les gens ne se parlent pas pareil… Mille et une choses. Vous ne pouvez pas leur raconter rien parce que vous n'avez pas le cœur de le faire. Vous avez peur de passer pour un menteur, vous avez peur de passer pour… vous savez ce que je veux dire. Parce que les nouvelles, à travers la censure, nous a coupés de nos parents pendant cinq ans de temps.
Follow us