Témoignages d'anciens combattants:
Conrad Landry

Armée

  • Conrad Landry (4ème à gauche) et dàutres soldats à bord du SS Lovat, quittant les Îles-de-la-Madeleine au Québec, en direction de l'Angleterre en juillet 1941.

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  • Conrad Landry (troisième à gauche) et d'autres soldats quittant les Îles-de-la-Madeleine au Québec, en partance pour l'Angleterre en juillet 1941.

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  • Conrad Landry devant sa chenillette porte-Bren pendant un entraînement entant que chauffeur-mécanicien à Sussex en Angleterre en 1942.

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  • Conrad Landry à Eastbourne en Angleterre en 1944.

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  • Conrad Landry et Joan Smedley le jour de leur mariage ; le 19 mai 1945, onze jours après la fin de la guerre, Londres, Angleterre.

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"Ils savaient qu’on avait été à la guerre. Ils savaient qu’on avait nos deux bras et nos deux jambes. On était supposé d'être correct. J’ai toujours été en dépression depuis ce temps là."

Transcription

Deux ou trois ans en Angleterre. On a pris le bateau à Southampton. Ça a pris à peu près deux-trois semaines pour l'embarquement. Nous autres, on était à l’extrême gauche. Les autres c’est les Américains qui allaient jusqu'à Cherbourg pour débarquer. Je pense que quelqu’un nous attendait. Ils étaient débarqués pas loin de Calais. C’était une soixantaine de miles, je pense, pour traverser. Ils nous ont annoncé qu’on débarquait sur le sol français le lendemain. Après que tous les bateaux étaient en ligne, ils nous ont annoncé que demain on débarquait sur le sol français. C’est à dire qu’on a embarqué le 5 pour en débarquer le 6, vers six heures du matin – je ne peux pas vous dire des heures exactes, sept ou huit heures – je débarquais avec mon Bren Gun Carrier, porte-mitrailleuse [un transporteur Universal sur lequel une mitrailleuse Bren est montée]. Je débarquais sur le sol français dans à peu près six pieds d’eau. On avait travaillé sur le «water proofing »; on avait monté les côtés du Carrier pour pouvoir descendre dans six pieds d’eau sans qu’il y a voie d’eau. Même s’l y avait eu de l’eau dedans, il y avait des tuyaux flexibles sur le carburateur, etc., pour aller dans l’eau. Le moteur pouvait aller sous l’eau, il n’y a pas de problèmes.

Nous avons débarqué, on était là à Bernières-sur-Mer. Là, ça a pris jusqu’à trois heures, je ne savais pas trop quoi faire. On était pris là sur le bord, on avait le derrière à l’eau. Il y avait un petit mur de brique qui nous préservait un peu. Sur le bateau sur lequel j'étais, il devait y avoir deux, quatre, six BrenGun Carriers. En avant il y avait un, je pense qu’il était un peu plus gros. En tout cas, j’ai trouvé le temps long un peu, parce qu’ils ont voulu débarquer deux à la fois et ils se sont accrochés l’un dans l’autre, je trouvais le temps long. Moi,j’étais assis dans le fond, je ne voyais rien, je n’avais qu’une petite vitre de deux par cinq ou deux par six pour voir. Le gars qui est descendu là à ma gauche a passé sur une mine et son Bren Gun Carrier a été renversé. J’ai vu son bras qui dépassait le Carrier, il était mort. Il y avait un ‘DM’, « driver mechanic », on avait toutes sortes de gens, des mécaniciens. Moi, j’ai passé. Je n’ai pas sauté sur des mines. J’ai descendu. Ça a pris jusqu'à 3 heures de l’après-midi avant que le brigadier [a dit] qu’on a 5 miles à faire aujourd’hui, et il faut les faire. Il a réuni ses officiers et il faut avancé.

Ensuite nous nous sommes rendus jusqu’à Carpiquet. Ça c’était la place la plus - on a appelé ça l’enfer de Carpiquet, parce que ça bombardait, c’était un feu nourri. La veille qu’on prend Carpiquet, on s’en allait sur un terrain découvert. On a dit, on était quarante-cinq […], qu’est-ce qui va bien être parmi nous autres demain soir. Nous devions prendre un terrain d’aviation. On avait affaire aux SS. Le régiment de la Chaudière, la troisième division, on était tout le long de la côte. Ce n’était pas la meilleure place, c’était réservé par les SS. On a été six jours à Carpiquet. J’ai été blessé à Carpiquet. Mon Carrier a sauté. Je n’ai jamais su pourquoi, mais mon hypothèse, ça doit être un 88 allemand qui est passé dans mon réservoir, un de mes deux réservoirs de gaz [essence], puis là il a mis probablement le feu. Pas probablement, il a mis le feu. Le feu a pris une seconde, une fraction de seconde. Je n’ai rien vu. En tout cas, même si j’étais blessé j’avais mes deux bras et mes deux jambes et à l’époque, avec nos deux bras et nos deux jambes le dedans c’est pas regardé beaucoup. Dans mon Bren Gun Carrier je me trouvais un peu chez nous. Alors, ils m’ont donné une pilule le soir. Je suis allé me coucher au sous-sol. J’ai dormi et le lendemain j’avais une porte-mitrailleuse fully equipped, toute équipée et flambant neuf.

La guerre a fini et on était à Kleve [Clèves] en Allemagne. Le 7 on s’en doutait puis le 8 ils sont venus sur la Parade pour nous dire qu’on avait signé l’Armistice. Moi je ne [sentais] pas bien. […] On ne peut jamais être heureux après ça. J’ai été aux Îles-de-la-Madeleine après la guerre. Personne ne connaissait rien de ça. Pas de docteur. Ils savaient qu’on avait été à la guerre. Ils savaient qu’on avait nos deux bras et nos deux jambes. On était supposé d'être correct. J’ai toujours été en dépression depuis ce temps là. Je n’ai jamais été capable d’être heureux depuis ce temps-là, mais je suis encore en vie et j’ai 93 ans.

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