Témoignages d'anciens combattants:
Reid Byron Myers

Armée

  • Photo de Reid Myers prise peu de temps après son enrôlement en 1943.

    Reid Myers
  • Photo d’un M-10 tank – lieu et date inconnus.

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  • Croix de Fer Allemande de la valeur que monsieur Myers a trouvé en Allemagne en 1944.

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  • Photo d’une médaille patriotique allemande qui était décernée aux mères allemandes (pour promouvoir le développement de la race arienne). Myers l’a trouvée en Allemagne en 1944.

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  • Broche d’uniforme allemand que Myers a trouvé en 1944.

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"Le carnage, les décombres, la puanteur, les cadavres, d’hommes et d’animaux : c’était irréel."

Transcription

Bon, on est arrivés sur les plages de Normandie là-bas, très près de là où se déroulait le jour J un peu avant. Le chaland de débarquement sur lequel on était, ils lui ont baissé les rampes jusqu’à un quai flottant sur lequel on devait descendre avec nos chars de 32 tonnes et les trucs montaient et descendaient dangereusement. Mais on devait tout apporter sur le rivage. Et on se déplaçait à l’intérieur des terres. C’est là que j’ai vu mes premiers soldats allemands morts. Ils étaient trois là derrière l’escalier d’une maison, les trois, empilés les uns sur les autres, et il y avait des gros morceaux de porc qui pendaient des poches de leurs uniformes, alors ça vous raconte à quel point ils avaient dû passer un mauvais quart d’heure. Et finalement on avançait à l’intérieur des terres en Normandie ; et on a remplacé une unité anglaise connue sous le nom de « Rats du Désert » (7ème Division blindée britannique). Et ils avaient combattus en Afrique du Nord sous les ordres de Montgomery (Maréchal Bernard Montgomery) et ils avaient combattu le général allemand Rommel. Quand on s’est arrêtés par là, on regardait par dessus nos chars, disons depuis la tourelle, et on a demandé à certains des gars, pourquoi est-ce que vous creusez ? Et la réponse qui nous est parvenue, vous allez vite comprendre. Et tout le temps maintenant, on est au milieu des tirs 24 heures sur 24, les munitions qui explosent, les canons qui font feu et les balles traçantes qui volent dans tous les sens et ceci. Et quand ils disaient, quand les anglais ont dit, vous comprendrez vite, on a pigé en moins de deux que la pelle était désormais presqu’aussi importante que votre fusil. Vous savez à quoi ça nous servait ? à creuser un trou pour se protéger et tout ce qui s’en suit. Et le pilonnage, les munitions et le bruit, ça n’arrêtait pas. Et c’était quelque chose aussi ce qui se passait au dessus de nos têtes ; et on a appris que c’était les gros obus tirés sur la terre ferme par les bâtiments de guerre qui se trouvaient dans la Manche. Et certains d’entre eux, ils ont dit que quelqu’un avait fait un commentaire, ça faisait le même bruit que des trains de marchandises qui volaient dans les airs. C’est juste une des choses que vous avez dans la tête, vous ne les oubliez pas, vous savez. En tout cas, ça a été le chaos à partir de là, pendant toute la traversée de la Normandie. Il y avait beaucoup de chars allemands qui étaient meurtriers ; ils avaient ces 88 mm qui étaient meurtriers et il y avait beaucoup de chars qui se faisaient détruire. Les alliés avaient tout un arsenal d’avions et ainsi de suite. En tout cas, il y avait un groupe d’avions appelés les Typhoon (chasseur bombardier), qu’on appelait les Tiffies. Et ils tiraient des roquettes ; et ils ont sauvé un paquet d’entre nous en venant et en lançant des roquettes qu’ils dirigeaient sur les chars allemands, et en les détruisant à l’avant de là où on était. Et ça faisait du bien de pouvoir observer ça. Parler d’attractions ou n’importe quoi, de feux d’artifice, il ne pourra jamais y avoir rien de mieux que cet épisode en Normandie. En tout cas, le temps passant, je crois qu’on se dirigeait vers Caen, c’était un endroit de grande importance en France. La ville avait été bombardée très violement par nos avions et à ce moment-là, on rejoignait les, voyez, j’étais avec le 4ème Division blindée (canadienne), une unité de chars lourds, et tout cet équipement qu’on a apporté à terre après le jour J ; on rattrapait notre écart et en devenant de ce fait une force puissante. Et ça s’est terminé par la bataille de la fermeture de la poche de Falaise. Et dans l’entreprise, il y avait les américains, les anglais, les canadiens, et il y avait un régiment polonais. Et le régiment polonais était composé d’une manière assez semblable à la 4ème Division blindée. Ils avaient à peu près le même armement. Et de toute façon, et ensuite la bataille pour la fermeture de la poche de Falaise, et la destruction de la 7ème armée allemande était en train d’avoir lieu. Nos avions continuaient de venir pour des missions de bombardement, principalement les allemands, mais une erreur a été commise et ils, aujourd’hui on appelle ça des tirs amis, mais à l’époque, je ne sais pas comment on appelait ça à l’époque, mais on se faisait bombardés par nos propres avions. La division polonaise était sur notre gauche et je vois encore la terre qui giclait et qui montait en l’air du fait de ces bombes qui étaient larguées. Et on s’en est sortis avec de la chance, mais les polonais en ont pris plein la figure et, bien sûr, les allemands aussi. Et on a écrasé cette force allemande, ce qui a amené progressivement à la fin de la guerre. En tout cas, après tout ce qui a été dit et fait là-bas, après tous ces combats, on a rassemblés assez de souvenirs pour toute la vie. Tout simplement de voir ce qui s’était passé ce qui avait eu lieu. Le carnage, les décombres, la puanteur, les cadavres, d’hommes et d’animaux : c’était irréel. Mon esprit sera toujours coupé en deux en quelque sorte à cause de ça parce que ça ne s’efface jamais.
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