Témoignages d'anciens combattants:
Herman Ensley Mitton

Marine marchande

  • Photo prise au the Jack Dempsey Bar à New-York City en 1945. Monsieur Mitton est le deuxième à droite parmi des amis.

    Herman Mitton
  • Etat de service en mer de monsieur Mitton, 1945.

    Herman Mitton
  • M. Herman Mitton à Chilliwack, Columbie-Brittanique, le 19 octobre 2010.

    Historica Canada
  • Les Médailles de monsieur Mitton.

    Courtesy of Herman Mitton
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"Pour mon dernier voyage, j’étais matelot de 2ème classe. Seulement un an et demi plus tard, mais en temps de paix, ça prend trois ans avant de pouvoir devenir matelot de 2ème classe."

Transcription

L’île du Diable en Guyane française (Amérique du Sud). On est allés là-bas, on était le premier navire en cinq ans, mais ils ne… On avait une permission à terre là-bas, on mouillait au large, en déchargeant. Ils ont amené les prisonniers à bord. Si vous aviez tué quelqu’un en France, on vous donnait 20 ans de prison là-bas. Alors, en tout cas, il y avait des protections en haut, avec des grilles, ils étaient tous en dessous. Ils sont montés à bord pour vendre des souvenirs. Ils n’avaient que la peau sur les os. En premier, ils sont allés dans les poubelles. Ils fouillaient dans les poubelles pour voir s’ils trouvaient des os. Ils étaient affamés. Rien à manger. Il n’y a eu que deux, combien de temps c’est resté ouvert, je ne sais pas, des années, je suppose, mais il n’y a eu que deux évasions là-bas. Plein de requins dans le coin. Ils ont nagé jusqu’à une autre île, je pense, là-bas. Je crois que c’est fermé maintenant, je crois, c’était en… On est allés au Venezuela. On a déchargé à Maracaibo… Un capitaine est allé là-bas, ils ne voulaient pas qu’on descende à terre. Le Venezuela, tous les six mois il y avait une révolution. Ils… la dynamite qu’ils avaient utilisé cette fois là avait fait sauter toute la ville. J’avais des photos de tout ça aussi, je ne les ai plus. En tout cas, suis retourné là-bas une deuxième fois après, et on est descendus à terre et on a visité l’endroit. Mais ils avaient un gouvernement totalitaire là-bas qui se faisait jeter dehors tous les six mois. J’étais mousse, oui. Donc, on restait dans le dépôt d’équipage. On recevait deux dollars par jour quand on était dans le dépôt d’équipage, logés nourris, en attendant un navire. Il fallait partir après deux propositions de navire, oui, si vous refusiez… Je suis parti sur le (SS) Wentworth Park, oui. C’est ce que j’ai fait. J’étais mousse. Je suis resté sur le même navire je travaillais avec le maître d’équipage sur le pont, oui. Alors j’ai appris à gouverner et tout ça, et je suis devenu matelot de 3ème classe. Et pour mon dernier voyage, j’étais matelot de 2ème classe. Seulement un an et demi plus tard, mais en temps de paix, ça prend trois ans avant de pouvoir devenir matelot de 2ème classe. En 1943, 1946 et c’était la grève, oui, et ils ont décidé de liquider les navires. Le gouvernement a fait ça ; et il n’y avait pas de pensions pour les matelots de la marine marchande, mais ils voulaient les garder sur les navires, c’est pour ça qu’ils ne leur donnaient pas leur compte, ou n’avaient pas d’obligation envers eux, ou quoi que ce soit. Alors en 1992 (amendement de la loi sur les retraites), quand ils ont fait la grève, donc ils ont gagné un peu de sous avec ça, peu importe, on a eu des rattrapages de salaires. Bon c’est une longue histoire de toute façon. Mais j’ai une vidéo chez moi là dessus – Jail or Sail – (Sail or Jail, 1999) oui. Cette fois, si vous débarquiez d’un navire, ensuite vous alliez, après trente jours, si vous ne vous présentiez pas au dépôt d’équipage, ils venaient vous chercher, la police ou autre, alors. Et alors vous aviez toute liberté, pas plus que dans l’armée ou autre. Navire au charbon construit à Pictou en Nouvelle-Écosse. C’était là-bas qu’ils ont construit tous les 4700 tonnes, pour la plupart. Trente-six construits là-bas. Donc en tout cas un qui marchait au charbon. Après ils ont remplacé ça par du pétrole… On chargeait des marchandises diverses, oui, on les transportait de partout : Montréal, Terre-Neuve et Amérique du Sud. Après j’ai été sur le (SS) Waverley Park qui faisait le chemin jusqu’en Angleterre. Après ça c’était surtout, comment vous appelez ça, des forces d’occupation là-bas, oui. On apportait des choses là-bas et on en rapportait d’autres d’Angleterre, ou je ne sais quoi. Les forces d’occupation. Vous restiez sur un navire, oui. Vous pouviez débarquer si vous vouliez, rempiler sur le même, ou aller au dépôt d’équipage, pour aller sur un autre navire. Si vous refusiez deux fois, vous aviez… J’ai dit que j’étais mousse, oui, et ensuite je suis devenu matelot de 3ème classe. On travaille sur le pont, oui, au gouvernail, vous faites des quarts, oui. Quatre heures de quart et ensuite huit heures de repos. Il y a deux matelots de 3ème classe et le matelot breveté pendant le quart. Quatre heures de quart, huit heures de repos. Et quand vous arrivez dans un port, parfois vous aviez, aujourd’hui c’est tout des containers, oui, mais à l’époque on avait des mâts de charge. Parfois il fallait préparer les mâts de charge pour les dockers. Enlever les bâches des cales, oui, avait des mâts de charge de l’autre côté, les sortir, trois mâts de charge et toutes ces écoutilles, les soulever manuellement, tout se faisait manuellement à cette époque. Il était possible que vous soyez de quart, après toutes ces heures. C’est pourquoi pendant la première partie de la guerre, ils ne payaient pas d’heures supplémentaires. Ils ont crée un syndicat, oui le Canadian Seamen’s Union. C’est là que le gouvernement s’en est mêlé, le gouvernement américain s’en est mêlé. Ils ont démoli le Canadian Seamen’s Union. Le Canadian Seamen and Fishermen’s Union. Quand je suis reparti pendant la dernière année de la guerre, il n’y avait pas tellement de torpilles ou quoi que ce soit, mais il y avait des tempêtes qui s’annonçaient. Quand vous naviguiez dans l’Atlantique, vous avez une tempête, vous perdiez un gréement et vous perdiez tout. Pendant une tempête que j’ai traversée, il y avait un Liberty ship (cargo américain) de 10 000 tonnes, il s’est cassé en deux, juste au milieu. La seule chose qui le maintenait en un seul morceau c’était le bois. On avait un 4700 tonnes, la moitié de sa taille ; et il a traversé la tempête parce que les navires canadiens étaient complètement rivetés, oui. Les navires américains étaient juste assemblés et soudés, alors ça se brisait facilement. La production en masse, c’est pour ça qu’ils ont construit 3000 Liberty ship. La plupart d’entre eux sont partis en morceaux, ou que sais-je encore.
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