Témoignages d'anciens combattants:
Leonard Arthur “Len” Perrigo

Marine

  • Certificat de Service de Leonard Perrigo en tant que Réserviste Volontaire de la Marine Royale.

  • Il a reçu la Médaille Nationale Commémorative, la Médaille du 50ème anniversaire de la Croix de Georges de Malte pour avoir escorté des convois à Malte en 1941.

  • Médaille reçue lors d’un service commémoratif du HMS Prince of Whales et du HMS Repulse (Navires de Sa Majesté) ces navires ont tous deux coulé le 10 décembre 1941 après une attaque aérienne des japonais.

  • Photo prise à Liverpool en 1940 alors que Len Perrigo était en permission. Son navire était en cale-sèche après avoir été endommagé lors d’une attaque aérienne.

  • Len Perrigo (à droite), son plus jeune frère Howard (à gauche) et leur grand frère Frank (au centre). Ce dernier était membre de la Sécurité Civile.

Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"Mais un des hommes n’aimait pas ça du tout, que je sois son supérieur."

Transcription

Quand on était payés, et à cette époque j’étais payé deux shillings par jour, ce qui fait moins de 25 centimes par jour, et le fait que j’étais marié aussi, il me restait très peu d’argent. Je ne pouvais pas fumer et c’était normal, la plupart des gens fumaient à cette époque, mais je ne pouvais pas me permettre de fumer, avec cette somme d’argent parce que sur les 14 shillings de ma solde il fallait que j’en donne10 à ma femme pour ses dépenses toutes les deux semaines pour qu’elle ait de quoi vivre. Et je me rappelle qu’on était toujours rassemblés dans la cour carrée toutes les deux semaines. On était en rang ; et ils appelaient notre nom et on devait littéralement courir jusqu’au bureau du responsable de la paie et on enlevait notre calot, on le tendait au responsable de la paie et il mettait ces malheureux quatre shillings, ou quel que soit le montant, dans votre calot. Je n’aimais vraiment pas le fait d’avoir à courir pour cette somme dérisoire. Quand je m’en plaignais, ils disaient, bon, tu n’as qu’à pas être marié. (rire)

Puis on est partis le vendredi 13 juillet 1940 et on était juste à la hauteur des Neddles (au large des côtes anglaises), je ne sais pas si vous connaissez les Neddles, ce sont des îles ou des petits rochers, pas des gros rochers, juste au large de Southampton et on venait juste de partir. J’étais de guet là-haut dans le poste de vigie, sur le mât, fallait grimper là-haut et y rester, et surveiller, et j’ai vu des avions arriver et je les ai signalés. Et c’était des bombardiers Stuka ; et ils viennent démolir et j’étais là-haut dans ce petit nid de corbeau. Je voyais les pilotes. Je voyais l’avion, les flammes de leurs canons et les balles qui démolissaient les ponts et tout. Et puis je les ai vus larguer les bombes. Il y en avait sept de ces bombardiers en piqué Stuka (bombardier allemand, Junker JU-87) et ils ont fini par larguer une bombe ; et elle a fait sauter le canon de 125 mm de la poupe du bateau. Je pouvais voir tout ça. J’ai encore aujourd’hui cette image dans la tête, ce gros canon propulsé dans les airs et puis qui atterri dans l’eau.

Et puis l’incendie s’est déclaré à l’arrière. Et on m’a donné l’ordre de descendre du poste de vigie pour aller aider à éteindre l’incendie. Alors j’ai descendu les coursives à toute vitesse, parce que c’était encore, notre chargement avait été changé, c’était toujours un paquebot, alors il y avait de longues coursives avec des cabines des deux côtés, et tout le reste. Et on était trois à courir pour aller éteindre l’incendie. J’avais un homme de part et d’autre de moi. Et une bombe est tombée et l’explosion de la bombe, les a soufflés tous les deux, les hommes de chaque côté de moi, contre les parois, et j’ai fait demi-tour et suis allé vers l’un, il était allongé sur le sol, sur le pont, et il était mort ; et l’autre, je suis allé vers lui et il était mort. Alors il m’a fallu les laisser et me dépêcher d’aller vers l’arrière ; et il a fallu qu’on éteigne le feu du canon qui avait explosé. Et j’étais dans le compartiment de pilotage, il y avait toute l’eau là. Et j’ai vu des chaussures qui sortaient de l’eau, sous l’eau. Et j’ai tiré et il n’y avait pas de tête. Et on m’a donné l’ordre de trouver la tête. C’était mon copain, alors ça m’a fait un énorme choc.

On m’a envoyé, évidemment, sur le (NSM) Prince of Wales, et là-bas, j’étais responsable des tourelles (de canon) de 8,25m pour les appareils de combat… côté électricité. Et j’avais huit hommes sous mes ordres. Mais ça posait un problème parce que nombre de ces hommes que j’avais sous mes ordres appartenaient à la Marine royale et ils étaient un échelon en dessous de moi. J’étais leur supérieur. Mais je n’appartenais à la Marine que depuis deux ans en tant que réserviste volontaire de la marine royale. Mais j’ai eu la chance d’obtenir de bonnes notes ce qui fait qu’ils m’ont fait passer un cran au dessus. Alors j’étais leur supérieur. Sept d’entre eux s’en fichaient. Comme je l’ai dit, il y avait huit tourelles et alors il leur fallait s’occuper du côté électricité sur chacune d’entre elles. Mais un des hommes n’aimait pas ça du tout, que je sois son supérieur. Il disait, j’ai douze ans d’ancienneté dans la marine. Je comprends ce qu’il ressentait. Il disait, ça fait douze ans que je suis dans la marine, il disait, et tu n’es qu’un freluquet, il disait, avec tes deux ans, et tu es mon supérieur, ça n’a pas de sens. Alors il ne faisait pas ce que je lui demandais et ça c’est terminé par une bagarre terrible. Et je me suis retrouvé avec une lèvre enflée et lui un œil au beurre noir et le nez en compote. Et quelqu’un nous a dénoncé à l’officier électricien commandant, et j’ai cru que c’était lui qui avait fait ça et lui croyait que c’était moi qui l’avais dénoncé.

Et on était dehors, à nous regarder du coin de l’œil et on attendait de voir le commandant. Alors il a dit à ce gars, Jim Kitchen, il a dit, qu’est-ce qui a fait que vous vous êtes battus ? Alors il lui a dit, il a dit, ce n’est qu’un freluquet, il a dit, ça ne fait même pas deux ans qu’il est dans la marine, il ne sait pas, qu’est-ce qu’il connaît ? Et il a dit, moi ça fait 12 ans que j’y suis. Alors l’officier électricien qui était sage ; il m’a enlevé de là et je n’étais plus responsable de qui que ce soit après ça. Le travail que je faisais dans ce qu’ils appellent les postes de combat, ce qui veut dire que tout le monde est sur le pont en cas de danger imminent, s’il y a des sous-marins ou un avion qui attaque ou quoi que ce soit d’autre, tout le monde est de service. Et moi mon travail particulier c’était, de m’occuper d’un générateur, qui est en fait une grosse centrale électrique. Et quand vous étiez là en bas pour vous occuper du générateur, on vous enfermait. La trappe était verrouillée et, parce que c’était mieux pour eux de perdre un seul homme qui s’en occupait, et si ça explosait, plutôt que de faire sombrer le bateau, avoir des problèmes, n’importe quoi d’autre, l’eau qui se répandait partout, ça limitait.

Et alors on m’a transféré de là et on m’a donné un autre travail pour les postes de combats et l’homme qui m’a remplacé c’était celui avec lequel je m’étais battu. Et une des premières torpilles, quand les japonais nous ont attaqués le 10 décembre 1941, est allée droit dans la salle du générateur, et il a été tué sur le coup. Alors si on ne s’était pas battus, je ne serais pas là à vous parler aujourd’hui.

Follow us