Témoignages d'anciens combattants:
Ian Mair

Marine

  • Ian Mair (à l’extrême droite) et trois autres sergents du 7e Bataillon des Royal Marines en permission à Alexandrie, en 1943.

  • Traceurs antiaériens dans le ciel du port égyptien d’Alexandrie, tel que les a vus Ian Mair avant son départ pour la Sicile en juillet 1943.

  • Affiche de propagande du Partito Nazionale Fascista qu’Ian Mair a rapportée de la Sicile en 1943.

  • Carte du débarquement du Jour J du 6 juin 1944 illustrant les plages et les défenses que devait protéger la 48e unité de commando des Royal Marines d’Ian Mair, qui fut blessé et évacué 60 heures après l’assaut massif de la plage.

  • Débarquement de la 48e unité de commando d’Ian Mair à Walchensee, qui visait à ouvrir le front d’Anvers en tant que port avancé des Alliés, novembre 1944.

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Écoutez ce témoignage

"Je me souviendrais toujours de ce lundi soir du 5 juin."

Transcription

Je m’appelle Ian Douglas Mair et j’ai fait partie du 7e Bataillon des Royal Marines. Après mon entraînement de base dans le sud de l’Angleterre, je me suis retrouvé en Afrique du Nord, où il y avait assez peu d’action. Nous y avons collaboré à l’entraînement de la 8e Armée de terre en vue de l’invasion de la Sicile. J’étais alors sergent chargé d’un groupe de six mortiers 3 pouces. Après la campagne de Sicile, où nous avons perdu une vingtaine d’hommes, nous avons traversé en Italie pour voir un incroyable feu d’artifice la veille du jour de l’An, car tous les navires du port et tout l’armement antiaérien des alentours s’étaient mis à pétarader, simplement pour souligner la nouvelle année et non pour se défendre contre l’ennemi. Nous nous sommes ensuite rendus à Bari, à Brindisi et sur les terrains d’aviation de Foggia, sur la côte adriatique. Puis, début février 1944, on nous a retiré des premières lignes italiennes pour nous renvoyer au Royaume-Uni. En rentrant à travers les montagnes, nous avons croisé un régiment d’artillerie canadien enlisé dans un mètre de neige. Aucun de nous n’était habillé pour ce genre de climat. Nous étions de retour au Royaume-Uni à la mi février et, chose intéressante, nous avons fait la traversée sur le Empress of France, un navire de ligne du Canadien Pacifique, avec 4 000 hommes à son bord. Et une dizaine d’années plus tard, c’est également à bord du Empress of France que je suis arrivé au Canada, mais en compagnie cette fois de 400 passagers seulement. En prévision du Jour J, nous avions suivi au Royaume-Uni un entraînement très rigoureux. Je me souviendrai toujours de ce que j’appelle mon « jour le plus long », à bord d’une péniche de débarquement d’infanterie. Nous avons été l’une des rares unités à faire la traversée des côtes britanniques aux côtes de Normandie sans être transférées d’un navire à une péniche, de sorte que la nôtre s’est directement rendue à la plage. Je n’oublierai jamais ce lundi soir du 5 juin. On nous a réveillés à quatre heures du matin, même si peu d’entre nous avaient dormi, pour nous servir de la saucisse de porc et des fèves au lard. Et je reste convaincu encore aujourd’hui qu’on nous a servi un petit déjeuner aussi lourd pour nous donner le mal de mer et nous inciter à débarquer à terre le moment venu. Tous les navires faisaient flotter un ballon de protection à environ 80 mètres de hauteur. Le ciel était rempli de ballons. Nous nous dirigions vers Juno Beach, la plage canadienne, pour débarquer à l’extrême gauche, dans le secteur Nan Red, avec les Winnipeg Rifles. Quand l’aube s’est levée, nous avons pu voir l’ensemble de l’armada. Et au-delà, les navires militaires qui tiraient vers la côte où nous allions débarquer une heure plus tard. On avait le sentiment que personne ne survivrait à ce barrage qui débarquerait sur le front de mer. Mais nous saurions bientôt que ce ne serait pas tout à fait le cas.
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