Témoignages d'anciens combattants:
Jean-Paul Dufour

Armée

  • Photo d'une lampe donnée par les Allemands aux soldats canadiens pour travailler dans les mines.

    Jean-Paul Dufour
  • Photo prise lors de la descente des soldats du bâteau qui les ramenait au Canada fin juin 1945. Jean-Paul Dufour est le 2ème à droite dans la 2ème rangée.

    Jean-Paul Dufour
  • Jean-Paul Dufour photographié chez ses parents avant son départ avec l'armée, fin 1943.

    Jean-Paul Dufour
  • Jean-Paul Dufour avec deux lampes données par les Allemands aux soldats canadiens pour travailler dans les mines.

    Jean-Paul Dufour
  • Nécessaire de couture remis par la Croix-Rouge en 1944 aux soldats canadiens qui travaillaient dans les mines allemandes à titre de prisonnier de guerre.

    Jean-Paul Dufour
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"Quand ils sont arrivés complètement derrière nous, on a vu qu’on était mal pris. Ils ont crié encore « Franzose komme komme ! » et ensuite ils ont dit « Los ! Aus ! » On a laissé les fusils là, on est sorti du trou."

Transcription

Les bateaux étaient tous collés les uns à coté des autres. Il y avait des grands « wires » avec des gros ballons à 200-300 pieds de haut pour [nous] protéger des avions qui viennent nous mitrailler. Nous [Les Fusiliers Mont-Royal] avons couché sur le pont du bateau et la nuit il faisait vraiment beau, manuscrit ! C’était plaisant. Le lendemain matin on a commencé à bouger. On est parti pour la France. Une fois arrivés là-bas, les bateaux arrivaient et on entendait les explosions. On ne voyait rien. Les gars avaient débarqué. Nous avons débarqué dans l’eau jusqu'à la ceinture. Le premier qui a débarqué est descendu par un escalier le long du bateau. Le premier a pris le câble et l’a planté dans le sable. Le bateau commençait à reculer et les autres ont débarqué dans l’eau. On s’est tous groupés ensemble et le commandant nous a placés pour qu’on monte. On a monté pendant 2 heures avant de poigner un petit champ d’aviation de fortune pour des Spitfire. À Carpiquet on a couché. Il y avait un champ d’aviation; toute la soirée on bombardait, on voyait des avions. Les bombes ça te « shakait » dans des tranchées. Au bout de la piste il y avait un petit aéroport temporaire, il était bombardé. Lendemain matin, je ne sais pas qui avait amené ça, il y a un qui est arrivé avec des cases de bière, et nous donnait chacun une bière en sortant du confessionnal, ceux qui voulaient l’avoir. […] On est reparti le lendemain pour monter plus haut. Le lendemain encore on est parti. Les avions avaient passé toute la nuit au-dessus de nos têtes, on les entendait passer. Ils bombardaient Caen. Quand on est passé à Caen, c’est des bulldozers qui faisaient le chemin pour qu’on passe là, tout était dans le milieu de la rue, c’était un gros bombardement. On est arrivé au bout d’un chemin et il y avait un bunker; il n’y avait personne dedans, les Allemands étaient partis. On arrêtait à une petite ferme qui n’était pas loin de là. Le commandant a envoyé deux gars pour escorter la fille de l’habitant qui était là, pour aller tirer les vaches et passer en sécurité. Nous avions trouvé ça curieux, c’est vrai que c’était une placedangereuse. Ils ne prenaient pas de chances pour des civils. On a monté plus haut et on arrivait près de la ferme Beauvoir. C’est là qu’on a couché pour la nuit. Mais les Allemands étaient en haut de la butte et nous étions en bas dans un champ de grain. On a creusé alors nos tranchées. Ils mouillaient, manuscrit, il y avait de l’eau dans la tranchée quasiment jusqu’au genou. On a passé la nuit là, le lendemain matin on a entendu tirer une mitrailleuse, on s’était fait encercler. Deux sections. Les officiers étaient dans l’autre. Les walkies-talkies qu’on avait, ils ne marchaient même plus. Les machine gun, les « Brens », elles ne marchaient pas n’ont plus. Trop d’eau je suppose. Les Allemands arrivaient derrière nous et ils criaient « Franzose komme komme! » [Français, venez, venez!] On ne bougeait pas. Quand ils sont arrivés complètement derrière nous, on a vu qu’on était mal pris. Ils ont crié encore « Franzose komme komme ! » et ensuite ils ont dit « Los ! Aus ! » [Partez! Sortez!]. On a laissé les fusils là, on est sorti du trou. Ils nous ont fouillés et nous ont emmenés avec eux. Avant ce run, on n’avait pas vu un gars qui s’est fait tuer devant moi. Dans la même run, un gars de Nouveau Brunswick avait une balle d’un œil qui est ressortie derrière l’oreille. On lui a mis un petit pansement qu’on avait auprès nous autres pour ça, puis on est parti avec deux gars, on avait ses bras sur nos cous. Quand il se sentait étourdi, il nous le disait, « Je vais être plus pesant, je suis tout étourdi ». On a fait quasiment 2 miles avec lui et la Croix Rouge allemande l’a ramassé. Nous autres, nous sommes partis d’un autre bord. Nous avons couché dans une ferme. Les deux gardes allemands apportent en avant, à peu près 10 pieds, une machine gun. On avait eu une tranche de pain noir pour passer la nuit. Quelqu’un voulait avoir de la cassonade, du sucre blanc. De temps en temps, la madame, lorsqu’on travaillait […] il y avait une vieille madame, lorsqu’on montait de travailler, on restait dans un troisième étage de la bâtisse, elle avait un beau tablier blanc. Elle nous donnait des tranches de pain en cachette, car ils n’ont pas le droit de donner rien aux prisonniers. On est rentré dans un autre camp, Stalag XII je crois, ou IX. Nous avons fait 3 différents stalags. Ils nous ont mis en rang et ils ont choisi du monde pour aller travailler sur les fermes, sur les chemins de fer pour arranger des tracks,et dans les mines. J’ai été choisi pour aller dans les mines. Quand on passait aux tables, ils vidaient nos poches pour voir ce qu’on avait. Moi j’avais un scapulaire avec des médailles, un morceau de camphre et un chapelet. Quand j’ai passé, j’ai mis tout sur la table. Il y en a un qui a lancé mon chapelet par terre. J’ai ramassé mes deux médailles pour le collier et le camphre. Peut-être 20 minutes après, j’avais les mains derrière le dos j’attendais, et un Allemand est venu me redonner mon chapelet, venant en arrière, sans que ça paraisse. Ce n’est pas tout du monde méchant qui restent là. Il y avait des gros arbres de poires; le monsieur, il nous laissait ramasser des poires. Elles étaient vertes et elles étaient dures. Il fallait manger alors on mangeait ça et on n’était pas malade. Ça rentrait. Une journée, il a passé un char allemand avec des officiers. Le monsieur s’était fâché, manuscrit ! Ça fait que le lendemain il ne nous l’a pas laissé faire, puis le surlendemain, il nous a encore envoyé dans les arbres pour arracher les fruits pour les manger. Ils nous ont amenés en Angleterre dans un hôpital. On a été 15 jours pour commencer à apprendre à manger comme du monde et à faire soigner ceux qui étaient malades. À l’hôpital on voyait beaucoup de monde qui n’ont pas de jambes, avec une jambe, un autre qui n’a pas de limbes. Ça faisait pitié. Il n’y a pas une journée que je ne suis pas rendu là. Des fois, le soir, je vais fumer un cigare dehors et puis je pars de l’Angleterre et je fais toute la « run ». Ça m’a pris trente-trois ans avant de commencer à en parler. Parce que les premières fois, quand on est arrivé, on vous a dit qu’il faut aller voir des représentants de l’armée à Chicoutimi. Ils vont vous interviewer. On est allé voir les gars, deux messieurs assez âgés. Ils avaient entendu parler de la guerre, mais ils ne savaient pas ce que c’était. Ils ont dit qu’ils ne nous croyaient pas.
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