Témoignages d'anciens combattants:
Jack Armitage

Armée

  • Photo de Jack Armitage et ses médailles en 2010.

  • Un message pour Jack Armitage en l’honneur de son distinguished service « service distingué » le 22 mars 1945."

  • Photo de Jack Armitage et ses camarades de l’Armée Britannique.

  • Photo de Jack Armitage et de ses camarades.

  • Photo de monsieur Armitage lorsqu’il s’enrôla dans l’Armée Britannique en 1939.

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"Mais c’est la guerre. Stupide. Voilà ce que c’est. Vous avez vos jeunes soldats tués ou grièvement blessés, et les vieux eux restent en arrière et vous disent comment faire ça."

Transcription

Vous apprenez à vivre vraiment à la dure. Et les services de santé étaient inexistants. Il n’y avait pas de trucs comme des antiseptiques et se laver les mains et tout ce genre de choses – Seigneur, je n’ai pas pris de bain pendant combien, neuf ans ? Juste, je veux dire, la plupart du temps entre le débarquement en Normandie jusqu’à la fin de la guerre, j’étais en Hollande, je n’ai même quasiment jamais enlevé mes chaussures. Vous viviez de cette façon tout simplement. Si vous vouliez vous laver, vous enleviez votre veste et votre chemise et voilà. On n’avait rien du genre douche ou bain, complètement inconnu.

Mais j’étais en vie. J’étais vivant, et maintenant quand j’y repense je me demande comment j’ai fait. Mais j’ai réussi, j’ai survécu. Le bruit c’est tout simplement incroyable. Heureusement, la majorité des trucs c’était ceux qu’on leur envoyait dessus. Mais là encore, il y avait les trucs qu’ils nous envoyaient et au début vous ne faisiez pas la différence. Finalement, vous appreniez comment faire la distinction entre telle arme et telle autre. Vous apprenez ça très vite. Mais au début, c’était vraiment terrifiant, le bruit était tellement violent.

Et à chaque explosion, évidemment, vous pensiez que ça allait être pour vous. Et il y avait un tas, un tas d’obus, de mortiers et des obus fusants qui éparpillaient les éclats tout autour. Les mortiers que vous entendez arriver. (bruit), ça c’est le bruit qu’ils font en tombant. Mais ils sont terribles pour l’infanterie, ils atterrissent, ils ne creusent pas dans le sol là où un obus irait comme ça et puis l’explosion remonte comme ça. Mais avec un mortier, il atterri sur le sol et explose à 360° en tout petits éclats, très petits. C’était terrible, vraiment mortel pour l’infanterie. C’était fait pour ça, évidemment.

Et il y en avait beaucoup et puis vous commencez à reconnaître la différence entre une mitrailleuse Bren et une mitrailleuse Spandau et la mitraillette Schmeisser et le pistolet mitrailleur Sten et ainsi de suite. Mais au début, c’est très, très effrayant et vous ne savez pas ce qui va se passer avec la suivante. Et j’arrivais à faire mon travail par moments c’était très sanglant. Mais ça faisait partie du travail. Et ça ne m’a jamais dérangé. Je veux dire, certaines personnes, ils tombent dans les pommes à la vue du sang. Ce n’était pas possible avec mon travail parce que c’était tellement, tellement sanglant. Les amis ceux que vous connaissiez et ainsi de suite, ils étaient tous en vie quand on les laissait mais beaucoup sont morts des suites de leurs blessures. On a perdu environ 220 hommes sur un bataillon de 900 personnes. Tués en fait. On a eu environ 1000 soldats qui sont passés parmi nous jusqu’à la fin de la guerre, de juin à mai, 1000.

Parfois c’était tout simplement impossible de, je n’arrive pas à décrire ça. En particulier la première grande bataille, qui a eu lieu le 18 juin, à un endroit juste entre Cristot et, qu’est-ce que c’était, Fontenay-le-Pesnel. Et on se battait pour une colline 102. Et ce qui s’était passé c’était que le 6ème bataillon, j’étais dans le 7ème bataillon, et le 6ème bataillon, ce qui en restait après les pertes, ils en ont eu tellement, ils ont juste fait demi-tour et sont partis en courant. Et on nous a donné l’ordre de reprendre cette colline, à tout prix. Et c’est un assaut frontal, c’est le pire de tous. Et nous avons perdu 200 soldats ce jour-là, en attaquant cette colline. C’était un dimanche après-midi, le 18 juin. Et si vous êtes historien, vous savez que c’est le jour de la bataille de Waterloo, Duc de Wellington on était. Alors c’était un jour où, vous savez, le Duc de Wellington est très fêté mais ce jour-là on devait reprendre cette position que le 6ème bataillon avait perdue. Et on a réussi, et on en a payé le prix.

Ce dimanche après-midi là, je n’oublierai jamais, pour aussi longtemps que je suis en vie je crois, juste comme un charnier, vous savez. On avait une vingtaine d’hommes qui avaient perdu la tête, ce qu’on appelait pendant la Première Guerre mondiale, ils disaient psychose traumatique, et pendant la Deuxième Guerre mondiale, ils ont appelé ça des cas d’épuisement au combat. Mais ils ne servaient à rien. Ils étaient par terre dans la position du fœtus et ils suçaient leurs pouces ou quelque chose comme ça. Il y avait un vieux soldat qui faisait le tour en donnant des coups de baïonnette dans le sol. On en avait une vingtaine comme ça. Ça ne s’est jamais reproduit après ça. Une fois qu’un bataillon est mis à l’épreuve du sang, comme ils disaient, ça se calme vraiment. En imaginant que ça va lui arriver à lui, et pas à moi. Vous savez. Quand ça m’arrive à moi, je suis vraiment très effrayé, ils veulent quitter le combat aussi vite que possible. Toujours en vie, après avoir été blessé, toujours en vie, sortez-moi de là. Et c’est ce qu’il fallait qu’on fasse, les sortir et les envoyer ailleurs aussi vite que possible. Quelquefois très difficile, très difficile.

Mais c’est la guerre. Stupide. Voilà ce que c’est. Vous avez vos jeunes soldats tués ou grièvement blessés, et les vieux eux restent en arrière et vous disent comment faire ça.

Bon, il m’est arrivé quelque chose de très personnel en Normandie. Or, j’en ai parlé et il y a des gens qui y croient et d’autres non. Mais on était dans un village qui s’appelait Cagny, c’était juste après la capture de Caen par la 51ème division Highland et une des divisions canadiennes, je crois que c’était la Seconde, je ne suis pas sûr. Mais ils ont capturé, ils avaient de nombreuses victimes. Alors on a pris la relève de la 51ème division Highland dans la matinée et c’était un moment parfait pour s’en aller, parce qu’il y avait du brouillard au sol. La malchance c’est qu’à la moitié de la manœuvre, le brouillard s’est levé et les allemands se tenaient sur la colline, le regard plongeant vers la plaine, qui est à l’extérieur de Caen. Ils nous ont bombardé sans pitié.

En tout cas, on a finit par établir une RAP, pas très loin du village, juste là où le mur vers le village commençait et il y avait des arbres là-bas alors on pouvait se déplacer et on ne pouvait pas nous voir, vous voyez. Et juste en face à une trentaine de mètres de nous à l’angle du terrain il y avait un 88 mm allemand abandonné, avec tout un tas de munitions. Et j’étais descendu au village pour je ne sais quelle raison. Et je suis revenu et j’allais traverser et il y avait quatre tankers, les gars avec les bérets noirs, membres des équipes de chars d’assaut, qui chargeaient des munitions dans ce camion. Je suppose qu’ils avaient un 88mm de leur côté et allaient en découdre avec les allemands avec ça.

Alors j’ai pensé, oh, je vais aller les aider. Et une voix a dit, n’y vas pas. Or, il n’y avait personne alentour – ce que je suis en train de dire, il n’y avait personne en vue à part ces quatre tankers. Ils étaient à une bonne cinquantaine de mètres de moi. J’ai pensé, j’entends des choses, alors j’ai fait un pas et une voix plus sévère a dit, n’y vas pas ! Alors j’ai pensé, d’accord, et je suis parti dans ma tranchée, et juste quand j’arrivais dans ma tranchée un obus, un obus allemand, a frappé ce tas de munitions et a fait sauter ces quatre gars pour toujours ? Et j’aurais pu faire partie du lot.

Et j’en ai parlé au pasteur et il a dit, c’est Dieu qui t’a parlé. Et une ou deux personnes, des prêtres à qui j’en ai parlé depuis ont dit la même chose. Alors c’était Dieu. J’ai dit, bon pourquoi moi, je veux dire, pourquoi, qu’est-ce que j’ai de tellement spécial, pourquoi me parlerai-t-il à moi, et pas à eux ? Sans doute c’est arrivé. C’était, je dirais que c’était la fin du mois de juillet ou le début du mois d’août, je ne suis pas sûr, tous les jours se ressemblent.

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