Témoignages d'anciens combattants:
Frances Monnington-Pryce

Forces aériennes

  • Frances Monnington-Pryce dans son uniforme de la Women’s Auxiliairy Air Force (corps auxiliaire féminin de la Force aérienne) en 1942.

  • Son Altesse Royale le prince Philippe en compagnie de Frances Monnington-Pryce, présidente de la Section 15, à l’occasion des Jeux du Commonwealth de 1978.

  • Frances Monnington-Pryce et le lieutenant-gouverneur de l’Alberta Ralph Steinhauer remettant à un élève de la Oliver School une épinglette « I’m a Canadian ». Edmonton, 1977.

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"J’étais très jeune quand la guerre a éclaté. Et comme nous ignorions tout de ses horreurs, nous avons très vite gagné en maturité."

Transcription

Bonjour, je m’appelle Frances Monnington-Pryce et j’ai servi pendant la Deuxième Guerre mondiale dans la Woman’s Auxiliairy Air Force (corps auxiliaire féminin de la Force aérienne), en Grande-Bretagne. J’étais très jeune quand la guerre a éclaté. Et comme nous ignorions tout de ses horreurs, nous avons très vite gagné en maturité, surtout après le début des bombardements. J’étais engagée dans un service appelé Précautions contre les raids aériens, tout en travaillant à Londres. Je m’étais portée volontaire parce que ma mère avait été conductrice d’ambulances pendant la Première Guerre mondiale. Disons que je ne me suis pas enrôlée pour des raisons très nobles. En fait, c’était uniquement parce que mon petit ami de l’époque était pilote et que je trouvais que l’uniforme bleu de la Force aérienne s’harmonisait à mes cheveux blonds. C’était complètement frivole ! Mais bon, je me suis enrôlée et ce que j’ai trouvé le plus atroce, c’était de déterrer les gens enfouis sous les gravats. Pour nous qui étions très jeunes, c’était une terrible expérience qui nous a vite fait passer à l’âge adulte. Je me souviens aussi d’un soir où je rentrais à la maison pendant un raid aérien où il pleuvait des bombes à billes. Je suis arrivée à la maison et nous avions une sorte de perron devant la porte, et quelque chose a résonné derrière moi. Le lendemain matin, tout le monde était parti travailler quand je suis descendue à mon tour pour voir un gros morceau de bombe à billes au milieu de la table à manger. Et ma mère m’a dit que mon père l’avait trouvé juste en face du perron. J’imagine qu’elle a lu l’expression de terreur sur mon visage car elle m’a fait remarquer que j’étais rentrée tard. J’ai répondu que oui, et que j’avais entendu un bruit en entrant. « Je suppose que tu ne portais pas ton casque protecteur ? », m’a-t-elle dit. Et bien sûr, je le portais sous le bras et non sur la tête. Mais par la suite, je l’ai toujours porté le soir, surtout pendant les raids aériens. Quand on arrivait au travail le matin, on regardait tout autour et l’on remarquait parfois qu’une personne était absente. On ne savait trop que penser, si c’était parce qu’elle était malade ou pour une raison bien plus horrible. Il nous arrivait de rendre visite aux absents. Et je me souviens d’une très bonne amie au travail dont la place n’était plus qu’un trou béant, comme si elle n’avait jamais existé. C’est ce genre d’horreurs qu’on essaie d’oublier. À la guerre, il y a de bons moments et d’autres qui sont terribles. J’ai rencontré une foule de gens pendant mon service dans la Force aérienne. Et leur amitié m’était très précieuse. Cette amitié nous aidait à passer au travers et l’on priait chaque jour pour que cesse le conflit. Tout le monde s’entraidait le mieux possible. Il s’est passé des choses d’une tristesse inouïe, mais nous devons nous rappeler l’importance de la liberté dont nous profitons aujourd’hui. Je crois que personne n’apprécie cette liberté autant qu’on le devrait. Le Canada m’a apporté de si belles choses, mais il m’arrive encore aujourd’hui d’être saisie par l’angoisse quand j’entends une sirène. Cela me rappelle tous ces souvenirs avec grande intensité, ce bruit des sirènes qui se déclenchaient en cas de raid aérien pour nous prévenir du danger.
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