Témoignages d'anciens combattants:
Alan Robertson

Forces aériennes

  • En route vers l’Inde, le capitaine Alan Robertson prend le temps d’allumer sa pipe. Son premier commandement l’a mené d’Oban, en Écosse, à Madras, en Inde. Février 1944.

  • L’équipage d’Alan Robertson en entraînement opérationnel à Killadeas, dans le nord de l’Irlande. Cette photo témoigne de son premier commandement de capitaine d’hydravion à coque, juste avant son affectation au 240e Escadron à Madras, en Inde.

  • Tous les instructeurs de vol qualifiés sont tenus de détenir une carte verte ou une carte verte maîtresse. Décerné par le RAF College de Cranwell, où Alan Robertson a été commandant d’escadrille de 1952 à 1955.

  • Page du carnet de vol d’Alan Robertson indiquant ses opérations du 202e Escadron à Gibraltar, 1943.

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"À l’époque, nous ne pouvions guère déterminer l’efficacité de nos bombardements. C’était purement visuel."

Transcription

Je m’appelle Alan Robertson et j’ai servi dans l’ARC pendant la Deuxième Guerre mondiale. En fait, je me suis enrôlé le lendemain de Noël 1940 et j’ai fait mon premier jour de service dès le 1er de l’an. Auparavant, j’avais été appelé aux services d’urgence en tant qu’estafette du service d’incendie. Puis quand la guerre a éclaté, tout le monde a pensé que la Grande-Bretagne serait aussitôt bombardée. C’est pourquoi ils ont réparti tous les engins d’incendie dans des petites collectivités, à proximité d’une alarme incendie ou sous un pont, si bien que nous devions construire des abris. J’ai fait ce boulot pendant neuf mois environ. Et comme c’était ce qu’on appelait la « Drôle de guerre », il y avait assez peu d’action et j’ai décidé de jouer un rôle plus actif en m’enrôlant dans la Force aérienne. L’essentiel de ma formation de pilote, je l’ai suivie aux États-Unis, à Pensacola, en Floride. J’ai été formé comme aviateur naval d’hydravions à coque, sur les vieux hydravions Catalina qui ont été le fer de lance de la bataille de l’Atlantique. Ma première série de vols opérationnels, je l’ai faite de Gibraltar au milieu de l’océan Atlantique, escortant des convois et pourchassant les U-boats. Durant cette période, en un an, presque le jour même, j’ai participé à l’attaque de deux U-boats. À l’époque, nous ne pouvions guère déterminer l’efficacité de nos bombardements. C’était purement visuel. Le pilote larguait la bombe sous-marine quand il jugeait s’être suffisamment approché de la tourelle de commandement du sous-marin ou du U-boat. Nous ne pouvions pas vraiment déterminer si notre attaque avait porté fruit parce la Marine royale, la Marine britannique, appliquait des normes de preuve très rigoureuses. Et les seules preuves qu’elle acceptait étaient plutôt macabres, par exemple des poumons humains flottant sur la mer après l’attaque d’un U-boat. Après cette période dans l’Atlantique, j’ai été affecté en Extrême-Orient où j’étais basé à Madras, et nous avons volé au-dessus de l’océan Indien jusqu’à la côte birmane. De nouveau, nous patrouillions à la recherche de sous-marins et escortions des convois. C’est ce que j’ai fait pendant un an avant d’être rappelé pour suivre un entraînement spécialisé, car les techniques évoluaient et il fallait évidemment les maîtriser aussi bien que l’ennemi. Pour attaquer de nuit, nous utilisions des projecteurs accrochés sous l’aile droite. Nous allumions les projecteurs au dernier kilomètre pour surprendre les U-boat, et avec cette nouvelle visée de bombardement, nous avions théoriquement de meilleures chances de les détruire ou de les endommager. Peu de gens comprennent vraiment que la bataille de l’Atlantique a été la plus longue de toute la guerre. Elle a commencé le soir du 3 septembre, soit le jour où la Grande-Bretagne a déclaré la guerre à l’Allemagne, quand un U-boat a coulé le navire de ligne SS Athenia, qui n’était pas armé, contrairement à ce que croyaient les Allemands. D’innombrables pertes de vie ont ainsi marqué le début d’une campagne qui n’a pris fin qu’avec la capitulation de l’Allemagne, le 8 mai 1945. Je crois que c’est Winston Churchill qui a le mieux décrit dans ses Mémoires l’importance de notre travail : « La bataille de l’Atlantique a été un facteur dominant tout au long de la guerre. Pas un instant devons-nous oublier que tout ce qui se déroulait ailleurs, sur terre, en mer ou dans les airs, dépendait finalement du dénouement de cette bataille. Et parmi toutes nos responsabilités, nous suivions au jour le jour son évolution avec espoir ou appréhension. »
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