Témoignages d'anciens combattants:
Rino S. Albanese

Armée

  • Le régiment de Rino Albanese du Royal Rifles de Winnipeg pris à Petawawa en 1943. Rino est assis à gauche sur la rangée de devant.La photo fut prise par le jumeau de Rino, Philip, qui servait dans le même régiment.

    Rino Albanese
  • Le HMS Comet (Navire de Sa Majesté) à quai à Wilhelmshaven en Allemagne. Rino fut invité à monter à bord par deux soldats britanniques.

    Rino Albanese
  • Quelques camarades du régiment de Rino Albanese face à leur caserne. Rinon se tient dans la rangée du milieu, c’est le deuxième sur la droite.

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"Ça nous faisait vraiment du bien, vous savez, parce que, oui, pour eux on était des canadiens et ça nous faisait du bien."

Transcription

Ils nous ont envoyés mon frère et moi au Royaume-Uni (ça s’appelait Royaume-Uni à l’époque, pas Angleterre) pour suivre une formation de conducteurs opérateurs dans l’artillerie. Comme on était jumeaux, on avait le droit de rester ensemble. Les frères ils pouvaient les séparer, mais les jumeaux non, si les jumeaux insistaient pour rester ensemble. Je ne sais pas si ça se fait toujours comme ça aujourd’hui ou pas, mais à l’époque c’était la règle.

Mais après plusieurs jours, des gars sont venus dans le baraquement et ont dit, hé, devinez, on est tous dans l’infanterie. Alors ça nous a inquiétés, vous savez, on va se retrouver là, dans l’infanterie. Alors l’officier SP (officier de sélection du personnel), ce qu’ils appelaient un officier de sélection du personnel dans l’artillerie, il est venu et nous a parlé. Et l’essentiel de la conversation c’était : il y a des gens qui disent que vous allez partir dans l’infanterie. Ce sont des balivernes, il a dit. On ne va pas vous laisser partir dans l’infanterie, vous avez tous votre bac, on ne va pas laisser l’infanterie vous récupérer. Jamais de la vie ! (rire) Le lendemain, on était tous dans l’infanterie. (rire)

Et ils ont décidé de nous envoyés dans le camp des Transmissions pour nous apprendre les Transmissions de l’infanterie. On vous donnait un code toutes les 24 heures ; vous deviez changer la fréquence sur votre radio. Et on vous donnait un code genre NBT, comme Nan Baker Tear. Alors si vous vouliez envoyer un message, vous étiez à, disons les compagnies de commandement, ou vous vouliez envoyer un message à la compagnie A, ça ressemblait à ça : Nan Baker Tear un, Nan Baker Tear un, message, Nan Baker Tear deux. Ou bien trois, ou quoi que ce soit d’autre. Et ils répondaient.

La plus grande transition que j’ai remarquée c’est quand on est arrivés en Angleterre parce qu’à cette époque, vous n’étiez pas canadien à moins d’avoir des ancêtres anglais, là vous étiez canadien. Vous étiez, bon dans notre cas, on était italien, et on a été italiens jusqu’à l’arrivée en Angleterre. Puis tout à coup, tout le monde en Angleterre nous appelait des canadiens parce qu’on avait le Canada sur nos uniformes. Et psychologiquement ça a eu un impact énorme sur Phil et moi, et tous les autres parce que nous n’étions pas des ukrainiens, ou des italiens, ou des polonais, pour les anglais on était canadiens. (rire) Ça nous faisait vraiment du bien, vous savez, parce que, oui, pour eux on était des canadiens et ça nous faisait du bien.

Ils nous ont envoyés en Hollande et c’est là que la guerre s’est terminée. Alors on n’a pas eu l’occasion de voir beaucoup d’action, de combats de première ligne. À la place ils nous mis dans les services d’occupation. Vous voyez un tas de choses que vous n’aimez pas voir. On voyait les routes nationales, les routes allemandes bondées de réfugiés. Ils n’avaient nulle part où dormir. Ils dormaient tous sur le bas-côté de la route. Et ce n’était pas que des allemands. Un grand nombre d’entre eux c’était la main d’œuvre des travaux forcés. Et oui, c’était dur de…

Je me souviens, c’était au moment de Noël ; et les petits allemands à Berlin étaient complètement sous-alimentés. Il n’y avait pratiquement pas de nourriture. Alors l’armée a dû aller à Berlin pour récupérer ces enfants, ces enfants allemands, et les répartir dans les fermes du coin où on était, parce qu’ils pensaient qu’ils auraient plus de chances d’être nourris. Et ton père (il parle à sa nièce) a alors été affecté à ce camp pour s’occuper des communications radio. Et les enfants arrivaient en camion dans la soirée. Des enfants de cinq, six ans. Et c’était des petites filles. Elles serraient très fort un petit jouet, une petite poupée ou quelque chose. On leur faisait passer la nuit dans le camp, on leur donnait un repas chaud et dans la matinée, on les faisait repartir.

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