Témoignages d'anciens combattants:
Clayton Currie Leigh

Forces aériennes

  • Clayton Leigh, Lieutenant de Section devant un Hawker Typhoon en France en 1944.

    Clayton Leigh
  • L'Hawker Typhoon MN913 de Clayton Leigh après qu'il se soit écrasé le 19 août 1944 à Vimoutiers en France.

    Clayton Leigh
  • Photo du Typhoon de Clayton Leigh après qu'il se soit écrasé à Vimoutiers en France en 1944. Avec la photo, il y a une version écrite de son atterrissage d'urgence qu'il raconte.

    Clayton Leigh
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"J’ai su quand j’avais été touché parce que je perdais du glycol ; et je savais qu’il fallait que je me pose, vite, avant de brûler. J’ai atterri et, malheureusement, j’ai atterri au milieu de l’armée allemande et ils sont venus, et ils m’ont cueilli juste à la sortie"

Transcription

Dans l’armée de l’air, l’avion qui était prestigieux c’était le Spitfire (avion de chasse), qui était un avion magnifique à piloter. C’était comme un bon cheval. Il vous suffisait de bouger votre corps et tout suivait ou l’inverse. C’était un bonheur à piloter, mais c’était une arme défensive au fond alors que le (Hawker) Typhon (chasseur bombardier) était pour l’attaque, une arme purement pour l’attaque et comme il n’était pas aussi maniable que le Spitfire, on était en fait plus rapide et beaucoup plus lourdement armés. On avait notre armement, équivalent à celui du flanc d’un croiseur (vaisseau d’escorte blindé).

Nos cibles c’était principalement, évidemment des cibles au sol, mais en général des cibles qui se déplaçaient. On a sillonné la France avant l’invasion (de Normandie). Évidemment, on était toujours stationnés en Angleterre et on volait au dessus du nord-ouest de la France pour atteindre une cible en mouvement qui se déplaçait. On en a eu quelques unes ; et ce qu’il y avait de plus excitant c’était de trouver une colonne disons de camions, où on peut se mettre derrière, on peut tout balayer au dessus de ces camions et remonter la file. Et on avait huit roquettes et quatre canons de 20 mm. Et les roquettes c’était des roquettes de 27 kilos. Alors quand une roquette frappait un char, il n’y avait plus de char et on pouvait mitrailler une colonne de soldats ou de camions, on faisait des dégâts terribles. Mais heureusement, on ne voyait pas le sang. C’était encore la compétition avec nous – c’était du genre, on va vous avoir avant que vous arriviez à nous avoir.

C’est ce qui faisait que c’était toujours excitant. Si on avait vu de près les ravages qu’on faisait, ça nous aurait peut-être fait autre chose. Et vous êtes tendu par l’excitation suscitée par la compétition, alors vous ne ressentez pas vraiment de peur. Quand vous sentez la peur, quand j’avais peur pour ma personne, c’était la nuit allongé sur mon lit superposé en pensant, mon Dieu je suis encore passé à travers aujourd’hui, mais John, James, eux non, ce sont de bon amis, mais il ne s’en sont pas sortis. Je me demande quand ça va être mon tour, vais-je m’en sortir demain ? Mais ce n’est pas une peur, c’est juste ce qu’il y a de plus proche de la peur.

Je volais derrière un gars la veille du jour où je me suis fait descendre ; et je l’ai vu se faire toucher, je savais qu’il était touché, parce que j’ai vu le glycol, le liquide de refroidissement qui s’échappait comme de la vapeur, vous savez, une fumée blanche. Ce n’était pas de la fumée, c’était du liquide de refroidissement et vous saviez que ça n’allait pas prendre longtemps. Son moteur allait surchauffer et se gripper, et il allait s’écraser. Il allait aller et il a continué comme ça, il a touché le sol à plus de 320 kilomètres/heure. Alors il est mort très rapidement. Comme quand j’ai été touché, j’ai su quand j’avais été touché parce que je perdais du glycol ; et je savais qu’il fallait que je me pose, vite, avant de brûler. J’ai atterri et, malheureusement, j’ai atterri au milieu de l’armée allemande et ils sont venus, et ils m’ont cueilli juste à la sortie. Je ne me suis pas fait mal pendant l’atterrissage. J’ai réussi à faire un bon atterrissage sur le ventre dans le champ, mais les allemands étaient dans le même champ. Alors ils m’ont pris. Pas d’excitation à propos de l’arrestation.

Ils m’ont juste pris avec eux, avec un groupe. Ils n’étaient pas préparés à s’occuper de prisonniers, c’était des soldats de première ligne. On était plusieurs. J’étais le seul pilote ; les autres étaient dans l’armée de terre. On était juste sous surveillance et on se déplaçait en même temps qu’eux. Et ils se sont débarrassés de nous hors des troupes de première ligne ; et ils m’ont envoyé rejoindre un groupe de prisonniers. Ils avaient des hommes qui étaient là pour surveiller ces prisonniers. Je crois qu’on était à peu près une douzaine. Et pendant la nuit, ils nous collaient tous ensemble dans une pièce dans un bâtiment avec deux gars qui restaient éveillés à tour de rôle pour être sûrs qu’on reste bien dans la pièce, ils nous gardaient dans la pièce.

On n’était pas effrayés. On supposait tout simplement qu’on était prisonniers, bon, c’était fini pour nous pour le moment, mais le principal c’est de s’échapper. Il y avait deux autres gars de l’armée de terre dans le groupe, il y en avait plus que deux, mais il y en avait deux avec qui je m’étais lié, qui m’ont dit, qu’est-ce que tu veux faire, est-ce que tu vas finir la guerre comme prisonnier ? Et j’ai dit, non, je vais m’enfuir. Ils ont dit, bon et bien allons-y ; et j’ai dit, attendez un peu, attendez un peu, j’ai l’intention de m’évader, mais je veux réussir mon évasion. On était arrêtés dans le groupe pendant que le sous-officier responsable inspectait la ferme, devant laquelle on se trouvait, pour voir s’il y avait une pièce qui convenait. On était dans le groupe ; et j’ai dit aux garçons, ralentissez. Il faisait nuit noire et je pense qu’il avait dû pleuvoir, mais je ne me souviens pas vraiment. Juste reculer, aller vers l’arrière en dehors du cercle. Et ensuite bouger quand ils donnaient l’ordre au groupe de bouger, on a reculé en quelque sorte, tranquillement, un pas en arrière ; et ça a marché, on a fait ça tous les trois. Je suis sûr qu’ils s’en sont aperçus après, réalisé quelques minutes plus tard qu’il y avait des hommes qui manquaient à l’appel, mais ça n’était pas la peine pour eux d’essayer de nous retrouver dans l’obscurité.

Dans les combles d’une grange, c’est là où on s’était cachés ; et je me souviens d’être en train de sauter en plein milieu de la nuit, de sauter en bas et courir pour rejoindre l’armée alliée, qui avançait, et de crier et de leur faire des signes avec les mains, ne tirez pas, ne tirez pas. Apparemment, si vous étiez prisonniers de guerre et que vous vous étiez échappé, si vous étiez capturé une deuxième fois, la convention de Genève (lois internationales qui gèrent le traitement accordé aux combattants et victimes de la guerre) stipule que vous pouvez être descendu. Alors ils ne vont pas vous mettre en danger à nouveau et ne vont pas vous faire reprendre du service. J’ai finalement réussi à retourner dans mon escadron, j’ai réussi à le retrouver. Mais le commandant a dit, je ne peux pas te faire remonter dans un avion, je ne sais pas quoi faire de toi ; tu as été prisonnier de guerre. Alors il m’a fait rentrer et c’était l’histoire de ma carrière à partir de là.

Je voulais y retourner parce que j’aimais, une fois que vous avez commencé, vous êtes dans la partie, mais vous ne l’avez pas encore gagnée. Vous voulez faire partie de l’équipe gagnante. Le mot auquel je pense, vous étiez tellement surexcité que vous n’aviez pas peur – vous étiez dans la partie.

Follow us