Témoignages d'anciens combattants:
Evelyn Davis (née Jamieson)

Armée

  • Lettre de remerciement provenant de la British Security Coordination, 25 février 1946.

    Evelyn (Jamieson) Davis
  • Evelyn en uniforme d'été, près de Fort Myers, Floride, 1945.

    Evelyn (Jamieson) Davis
  • Evelyn Jamieson (Davis) et son frère Allan Jamieson (RCAF), chez de la famille à Mimico, Ontario, 1943.

    Evelyn (Jamieson) Davis
  • Evelyn Jamieson (Davis) à la station de l'Armée de l'air américaine, Buckingham, Floride, rendant visite à une amie, printemps 1945.

    Evelyn (Jamieson) Davis
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"Le secret était bien gardé. Ma famille ne savait pas où je me trouvais ni ce que je faisais, ils ne l’ont su qu’après la guerre."

Transcription

Je m’appelle Evelyn Jamieson, J-A-M-I-E-S-O-N. Je suis née dans une ferme au nord de Coburg en Ontario et suis allée au lycée à Port Hope. Je travaillais chez Goodyear Tire près de Toronto, dans le service publicité, quand j’ai décidé de m’engager dans le CWAC (Service féminin de l’Armée canadienne). Ma famille n’a aucun passé militaire mais j’avais un frère. Je pensais qu’il ne s’enrôlerait probablement pas et qu’il resterait à la ferme mais ce n’est pas ce qui s’est passé et il a rejoint les forces aériennes. Heureusement, il a survécu à la guerre.

Très certainement la principale raison qui m’a fait rejoindre les rangs de CWAC c’était les affiches qui demandaient aux femmes de s’engager dans les forces armées pour permettre aux hommes de partir en service actif. J’avais 20 ans quand je me suis engagée le 14 mars 1943 à Toronto, sous le numéro W21244. Trinity Barracks, qui était aussi connue sous le nom « le palais des cafards », était le lieu de regroupement initial. Les nouvelles recrues y passaient la visite médicale, tests de QI, etc.

La formation militaire avait lieu à Kitchener en Ontario. Il n’y a rien de particulier à en dire mais ça a été un peu difficile de s’acclimater aux 70 autres filles qui partageait la caserne, on était regroupées dans une grande pièce, c’était en avril et le bâtiment n’avait que deux poêles, un à chaque bout de la pièce. Les filles devaient entretenir le feu dans les poêles et la plupart d’entre elles, qui venaient de la ville, ne savaient pas comment alimenter un feu. Mais on s’est habituées les unes aux autres, sommes devenues amies et nous avons obtenu notre diplôme.

Après le diplôme, nous sommes retournées à Trinity Barracks pour recevoir notre affectation. Pendant que nous attendions, il y eut une campagne pour les Bons de la Victoire qui se tenait au Canada. Pendant plusieurs jours on nous a emmenées en tramway dans différentes parties de Toronto pour faire une parade en début de soirée. Les trois services étaient présents avec les fanfares de l’armée de terre, l’aviation et la navale. C’était au mois de mai et je me souviens des filles qui chantaient des chansons de guerre et nous étions à leurs côtés dans les tramways qui avaient les fenêtres grandes ouvertes. Ce travail était bien plus amusant que de laver la vaisselle à la caserne.

Au début du mois de juin, autour du 1er juin il me semble, entre 15 et 20 femmes du CWAC ont été affectées à Orillia et prirent le train pour aller là-bas. Je suis devenue sténographe au quartier général du 26 Canadian Army Basic Training Center. Et il y avait quatre compagnies, alors ça faisait à peu près 600 personnes au total soldats et personnel compris. Plus tard dans l’année, je suis allée travailler à la compagnie C. J’ai un souvenir qui est encore très vif , je travaillais et un contingent est sorti du camp au pas, y compris les hommes qu’on remplaçait. Je sais qu’il y en a quelques uns qui ne sont pas rentré chez eux.

C’était une formidable affectation et deux d’entre nous, Dot Newton et moi, sommes allés en ville et on a joué au softball pour une équipe locale, Bryson’s Bread. Et nous sommes allés au parc des expositions de Toronto pour courir à une rencontre sportive. Quand je m’étais engagée j’avais demandé de prendre des cours de radio transmission sans fil et en mars 1944 on m’a envoyée à Barryfield à Kingston. De nombreuses filles qui prenaient ces cours voulaient aller outre-mer mais pas moi. Beaucoup d’entre elle avait de la famille outre-mer et avaient soif d’aventure.

Je m’y connaissais bien en morse et en radio transmission avant de m’engager et comme j’étais jeune et inconsciente je voulais retourner à Orillia et j’avais demandé mon transfert. On me l’a octroyé et je suis retournée à Trinity Barracks à Toronto, avec l’espoir de retourner à Orillia et évidemment ils m’attendaient aussi. A peu près au même moment, l’entraînement des agents à Camp X, une école d’espionnage et un centre de communications, avait arrêté toute opération à la fin du mois d’avril ou au début du mois de mai et était devenu un centre de communications exclusivement. On m’avait envoyée dans un bureau sur Yonge et King et j’avais eu un entretien avec le Major Justin. Quelques jours plus tard, le 1er juin 1944, trois membres du CWAC avaient été conduites hors de Toronto dans un véhicule de l’armée jusqu’au camp X. Notre première vision de ce lieu fut celle d’un groupe de bâtiments entourés d’une barrière protectrice, et avec des gardes aux portes.

Je ne me souviens plus si on nous avait prévenus à Toronto qu’on serait astreint au secret en vertu du Official Secrets Act, ou alors si on nous l’avait dit en arrivant au camp. Les civils, hommes et femmes et les militaires, hommes et femmes travaillaient ensemble. Ils y avaient plusieurs CWAC dans le camp avant notre arrivée, un chauffeur et du personnel de cuisine. Mais on était les premiers CWAC à travailler dans les communications.

A mon premier poste je travaillais sur un téléscripteur et j’étais télédactylo. Plus tard j’ai travaillé sur une machine Kleinschmidt, une espèce de machine à écrire avec une bande et qui fait des cliquetis. Je passais le plus clair de mon temps à travailler sur le tape puller et l’enregistreur à encre. On recevait et envoyait le trafic en Angleterre, à New York et Washington. C’est seulement des années après la guerre qu’on a appris qu’on envoyait le trafic à Betchley Park. Pour tout le trafic on utilisait des groupes de cinq lettres et on ne se servait jamais l’anglais courant. Ma connaissance du morse était une chose importante.

On travaillait 365 jours par an, 24 heures par jours et il y avait plusieurs horaires, 8 à 4, 4 à 12, 12 à 8 et deux roulements pour les équipes du soir. J’ai travaillé avec beaucoup de plaisir aux côtés des civils, à faire le même travail. Notre fiche de paie était différente mais je ne me souviens pas que ça ait posé de problème. J’ai ouïe dire par la suite qu’il y avait eu quelques personnes insatisfaites. On avait un service d’autobus et de train depuis Oshawa. Le secret était bien gardé. Ma famille ne savait pas où je me trouvais ni ce que je faisais, ils ne l’ont su qu’après la guerre. On avait le numéro de téléphone d’un responsable de Bell à Oshawa qu’on pouvait appeler et ils contactaient le camp. Je l’ai utilisé quand j’en avais besoin, surtout lorsque l’heure à laquelle je devais décrocher n’étais pas bien définie.

A la fin de la guerre, je suis allée à Long Branch, je crois. J’ai été démobilisée le 24 octobre 1945, mon grade était Sergent avec une paie pour métiers de catégorie « B » en dactylographie. En tant que civile, je suis retournée au camp X et j’ai continué le travail comme avant. Ça a duré jusqu’à mon mariage en juillet 1946

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