Témoignages d'anciens combattants:
Henryk “Henry” Radecki

Forces aériennes

  • Certificat de Démobilisation de l'Aviation Royale Canadienne délivré à Henryk Radecki le 22 novembre 1948.

    Henryk Radecki
  • Henryk Radecki à 16ans lors d'une garde à Be'er Tuvia, prêt de Qastina en Falestine, alors qu'il était en formation avec le Bataillon des Jeunes Soldats Polonais en 1943.

    Henryk Radecki
  • Henry Radeck (à gauche) et son camarade, tous deux dans le Bataillon des Jeunes Soldats Polonais pendant une formation à la baïonnette à Héliopolis en Egypte en 1945.

    Henryk Radecki
  • Henryk Radecki sur un Vickers Wellesley pendant sa formation dans l'Académie de l'Aviation Polonaise (on aperçoit l'emblême de l'Aviation Polonaise à droite de monsieur Radecki) à Héliopolis, Egypte en 1945.

    Henryk Radecki
  • A gauche : Badge du couvre-chef de l'Aviation Polonaise (PAF).
    A droite : Badge d'épaule en forme d'hélice de l'Aviation Polonaise.
    Tous deux appartiennent à Henryk Radecki.

    Henryk Radecki
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"Sur un million et demi, voire plus, de polonais qui ont été déportés en Union Soviétique entre 1940 et 1941, peut-être seulement la moitié a survécu, peut-être…"

Transcription

L’histoire commence le 1er septembre 1939 avec le début de la Deuxième Guerre mondiale. Ma famille habitait ou vivait dans l’est de la Pologne ; mon père était forestier et mon frère était dans les forces armées polonaises, il servait sur le front. En tout cas, le 1er septembre, on a commencé à souffrir de la guerre avec les avions allemands qui sont venus et qui ont bombardé les villes avoisinantes. Alors on était déjà en plein dans la guerre.

En février, les allemands, avaient conquis la moitié de la Pologne, évidemment ; l’Union Soviétique a envahie la Pologne par l’est. On était sous occupation soviétique et la politique de Staline incluait de déporter la plupart des polonais et ma famille en a fait partie, la famille de mon père et moi-même. On a été déportés en Sibérie en février 1940, où on a passé les vingt mois qui ont suivi, je crois.

Là-bas j’ai perdu mon frère ainé, mon frère du milieu, quand l’Allemagne a attaqué son ancien allié l’Union Soviétique en juillet 1941. On a été libérés du camp de prisonniers, un camp de travail, et on a reçu l’autorisation de voyager où on voulait en Union Soviétique. À ce moment-là, évidemment, Staline a signé un accord avec le gouvernement polonais en exil, ce qui permettait l’établissement des forces polonaises en Union Soviétique. Le plan à l’origine, c’était que cette armée polonaise s’associe à la bataille avec les russes, ou l’armée soviétique, contre les allemands. Et les autorités russes ont permis à tout le monde de se rendre à certains points de ralliement pour s’engager dans les forces armées polonaises en 1941-42.

C’est ce qui s’est passé avec ma famille ; et j’ai eu la chance de trouver une unité qui acceptait les jeunes gens, qui étaient plus jeune que l’âge réglementaire dans l’armée. Le personnel militaire était envoyé en Iraq pour s’entrainer, alors que les Young Soldiers Battalions étaient envoyés en Palestine. J’en faisais partie. Il y en avait certains qui avaient près d’un millier de jeunes comme moi. C’était en, je crois, septembre octobre 1942. J’ai été affecté à une compagnie, une espèce de compagnie de jeunes cadets (élèves officiers) de l’armée et puis transféré dans la, je suis passé disons, dans la compagnie d’élèves officiers supérieurs, puis je me suis porté volontaire dans l’armée de l’air. Je rêvais de devenir pilote, et de me battre dans le ciel en quelque sorte contre ces allemands et ainsi de suite. Et j’ai eu de la chance parce que c’était très dur d’entrer dans cette école en particulier, c’était militaire, l’école militaire de l’armée de l’air polonaise. C’était très difficile. On n’était que 220. Alors j’ai eu beaucoup de chance d’être pris et on m’a envoyé à Héliopolis en Égypte en 1943-44 ; alors je suis devenu un membre de cette école et comme vous l’avez vu dans mes documents, l’école est devenue partie intégrante, juridiquement, de l’armée de l’air polonaise en 1944.

Là-bas, on nous a entrainés, on nous a enseignés, on nous a préparés en vue de prendre part à la guerre à la fin. La guerre s’est terminée avant qu’on soit prêts. On espérait encore prendre part à la guerre contre le Japon. En fait, on était déjà préparés, on allait s’entrainer pour être mitrailleurs arrières et on était sur un de ces trucs dangereux. On a eu de la chance que la guerre ait cessée avant ça.

J’ai été démobilisé en 1948. Voilà toute mon expérience dans le service. J’ai passé six ans en uniforme en fait, même si seulement quatre de ces années étaient de manière formelle, au sein d’une unité militaire reconnue, comme l’armée de l’air polonaise ou la Royal Air Force.

À cette époque, on était jeunes et je ne sais pas si, vous pouvez dire qu’on regardait la guerre, on n’était pas sur les lignes de front. Alors la guerre était une chose qui se passait relativement loin de nous, même si on était très, très, très au courant parce que par exemple, mon frère était en butte à l’ennemi tout le temps. Il a été sur la ligne de front en permanence d’avril 1944 je crois jusqu’à la fin de la guerre en 1945. Il a été sur la ligne de front tout le temps. Mais on correspondait et on, bien sûr, on entendait les nouvelles. On était très intéressés, par ce qui se passait. On s’intéressait beaucoup à des choses comme ce qui se passait en Pologne. On était très, très préoccupés par les événements en Pologne, l’insurrection de Varsovie et ainsi de suite ; et on gardait, vous savez, on avait l’oreille collée au poste de radio, à cette époque, scotchés à la radio. On était très, très, très au courant de tout ce qui se passait. On était physiquement séparés, mais on en faisait partie. Pour beaucoup de jeunes gens, en quelque sorte, vous vous faites certaines idées de oh, on va s’amuser, parfois aller au Caire en permission et quelques bières peut-être, ou quelque chose comme ça… Alors on a fait ça aussi.

Les gens dans la même situation que moi, les gens qui venaient de Pologne et qui étaient passés par l’Union Soviétique et le Moyen-Orient, et ainsi de suit, et l’Angleterre. Chacun d’entre eux a une histoire incroyable et c’est une histoire sans fin. C’est une histoire pleine de bouleversements, pleine de changements, pleine d’absence de certitude. Vous pouvez aller de mois en mois, semaine en semaine, jour en jour quelquefois. Une histoire qui pour une part était très, très désespérante, la lutte pour survivre je veux dire littéralement, parce que des milliers et des milliers de personnes ont été tuées, ou sont mortes de faim, de maladies. Des, juste un fait peut-être, du million et demi ou plus de polonais qui ont été déportés en Union Soviétique en 1940-41, seulement peut-être, bon, la moitié peut-être, a survécu. Le reste, ils sont morts ou ont été tués. Alors voilà le pourcentage de survivants.

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