Témoignages d'anciens combattants:
Joan Maya Perkinson (née Easton)

Forces aériennes

  • Joan Perkinson à Vancouver, Colombie Britannique le 18 octobre 2010.

    Historica Canada
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"Les avions ne faisaient pas seulement qu’essayer d’atterrir sur les pistes, mais, comme ils étaient aussi considérablement endommagés et presqu’à court de carburant, ils atterrissaient n’importe où et ils ne s’en sont pas tous sortis."

Transcription

Soixante millions de gens ont péri pendant la Deuxième Guerre mondiale, cinq fois la population du Canada de l’époque et presque le double du nombre actuel. Terrifiant à imaginer. Les citoyens français, allemands, tchèques, russes, anglais, canadiens et à la fin américains et japonais ont tous participé à la guerre. Une nuit, j’ai aidé à récupérer certains cadavres. J’ai été enrôlée en 1943 à l’âge de 19 ans en Angleterre. À moins de travailler dans les munitions ou quelque chose qui, vous savez, avait un rapport avec la guerre, vous étiez appelé sous les drapeaux comme on dit ici, n’est-ce pas ? Les garçons à 18 ans et les filles à 19. Donc je suivais des cours de théâtre en fait, et j’allais devenir une grande actrice et tout ça. Une star de cinéma peut-être et alors, mais je n’ai pas eu le choix. J’ai été enrôlée dans l’armée de l’air, les auxiliaires féminins de l’armée de l’air (on nous appelait les WAAF), en tant que chauffeur de camion. Je conduisais le camion de ravitaillement, un camion d’une tonne cinq qui servait principalement à livrer la nourriture dans les aérodromes et les cantines militaires. Une nuit en 1944, j’ai eu un travail très différent. Notre aérodrome était situé près de la côte sud-est de l’Angleterre et était équipé d’un dispositif de dispersion du brouillard. Ça s’appelait FIDO (Fog Investigation en Dispersal Operation : tuyaux bordant la piste d’atterrissage brûlant de l’essence pour disperser le brouillard). Et vous savez qu’en Angleterre, on a pas mal de brouillard. Alors certains des aérodromes disposaient de cet équipement, ce qu’on appelait, l’installation pour la dispersion du brouillard. Et une nuit, un épais brouillard était arrivé de la Manche, coïncidant avec le retour d’une très grosse mission de bombardement au dessus de l’Allemagne. Sans qu’on s’y attende, pas juste les avions parqués sur notre aérodrome, mais des avions venant de toute l’Angleterre étaient dirigés là pour atterrir en bénéficiant de notre système FIDO, mais pas tous les pilotes avaient l’entrainement qu’il fallait pour un atterrissage de ce genre. Et on savait tous qu’on courait à la catastrophe. Les avions ne faisaient pas seulement qu’essayer d’atterrir sur les pistes, mais, comme ils étaient aussi considérablement endommagés et presqu’à court de carburant, ils atterrissaient n’importe où et ils ne s’en sont pas tous sortis. Chaque véhicule possible, toute l’aide médicale et le personnel disponibles ont été mis à contribution. Le souvenir du désordre indescriptible qui s’en est suivi restera à tout jamais dans ma mémoire. Il y avait des cadavres partout, qu’il fallait même enlever dans les arbres. Il y avait des pilotes et des équipages qui ont eu la chance de survivre qu’on les envoyait immédiatement dans les infirmeries disponibles et tous les hôpitaux locaux et ils ne s’en sont pas tous complètement remis. Un d’entre eux dont je me souviens tout particulièrement, Legless, après il est retourné à son poste habituel de pilote et on en a beaucoup parlé dans les journaux. Vous l’avez peut-être même vu dans le film. Il s’appelait Douglas Bader ; et il a continué à piloter après avoir récupérer et pilotait avec des jambes artificielles. De fait, il m’est arrivé de danser avec lui à l’occasion et il dansait plutôt bien avec ces jambes là. Et pour ce qui est du sauvetage, il y a eu un film sur lui (Bader). Ça s’appelait : Vainqueur du ciel (1956). Et en tout cas, en ce qui concerne les équipes de sauvetage, on a été fêtés en héros et on nous a emmenés dans des dortoirs au chaud pour siroter du rhum brûlant. C’est quelque chose qui est bien répandu dans l’armée de l’air et celle de terre aussi. Quand vous vous trouvez dans une situation difficile, on vous donne parfois du rhum. Et on pleurait dans les bras des officiers devant lesquels on se mettait au garde à vous d’habitude et les sergents, et les caporals pour lesquels on ressentait une peur mélangée de respect d’ordinaire. Ils ont été très gentils avec nous, pour nous aider à nous remettre de cette expérience. Et c’était un étrange, un événement complètement étrange et effrayant, dont je me souviens encore très précisément aujourd’hui avec un sourire ému en fait. Et c’est après la fin de cette terrible guerre et le retour chez eux des soldats et des marins et des aviateurs, et des WAAF et des WRENS qui avaient servi, que la génération du baby-boom à commencer à être engrangée.
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