Témoignages d'anciens combattants:
Lambert Arnold “Monty” Marsden

Armée

  • Monty Marsden (16 ans) à Orillia, Ontario en 1941.

    Monty Marsden
  • Monty Marsden, 1er Bataillon de Parachutistes Canadiens, attendant un train pendant une permission en Angleterre en octobre 1945.

    Monty Marsden
  • Un parachutiste non-identifié du 1er Bataillon des Parachutistes Canadiens accueillant des soldats soviétiques à Wismar en Allemagne le 2 mai 1945.

    Bibliothèque et Archives Canada
  • Des parachutistes et des planeurs atterrissant pendant l'Opération Varsity, le 24 mars 1945.

    Canada, Ministère de la Défense nationale
  • Monty Marsden à Chilliwack, Colombie Britannique le 19 octobre 2010.

    Historica Canada
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"ce toubib anglais arrive. Il a dit : « Comment tu te sens Canada ? » J’ai répondu : « Pas trop bien. » Alors il m’a fait une autre piqûre."

Transcription

Je m’appelle Lambert Marsden, mais on m’appelle Monty. Et l’unité dans laquelle j’étais c’était le 1er bataillon de parachutistes avec la 6ème division (anglaise) aéroportée (Royaume-Uni). Alors on m’a finalement appelé et en fait j’ai été enrôlé dans l’armée le 26 janvier 1944. Après ça, ils m’ont envoyé à Brantford en Ontario, centre d’entraînement élémentaire, de Toronto. J’ai fait mes classes là-bas et ils ont demandé des volontaires pour être parachutistes. Je crois qu’on a été une centaine à se porter volontaires et ils en ont choisi une trentaine pour aller à Fort Osborne (caserne), Winnipeg, pour une évaluation plus poussée, psychiatrique, psychologique, santé.

Et de là, il y avait, des trente, douze seulement ont été pris, sont partis à Camp Shilo (Manitoba), école de formation de parachutistes. Des douze, six seulement ont été pris, avec les qualifications de parachutiste. Un entrainement beaucoup plus rigoureux. Le 24 mars (1945), on est allés en avion d’Angleterre à Bruxelles et on a rejoint (dans le ciel, au dessus de la Belgique) un autre de la 17ème division aéroportée (USA) (faisant partie de l’opération aéroportée avec pour nom de code Varsity, le 24 mars 1945). Alors on a volé ensemble jusqu’à un endroit appelé Reese et Wesel en Allemagne. C’est là que se trouvait notre zone de saut.

Avant ça, les largages de parachutistes se faisaient de nuit mais c’est fois-là c’était en plein jour. Et on a eu un comité de réception qui nous attendait. Et alors qu’on approchait de la zone de largage, en arrivant au dessus du Rhin, notre avion ça a commencé à secouer parce qu’on était sous le feu des tirs de DCA. Et on était à 500 pieds et il y avait des explosions qui se produisaient, et on était juste ballotés dans tous les sens en même temps que l’avion, de ce côté-ci et de ce côté-là. Et au moment de sauter, il y avait une vingtaine d’hommes dans notre appareil et je crois que j’étais le 14ème (dans l’ordre de saut). Et on a reçu toutes les consignes, se lever, s’accrocher et se tenir près de la porte. Et quand ça a été mon tour de partir, le deuxième homme devant moi est tombé. Je ne sais pas s’il a trébuché ou s’il s’est fait descendre parce qu’il y avait des tirs de DCA dans tous les sens, mais je n’ai jamais su s’il était mort ou s’ils sont revenus et l’ont largué. Aujourd’hui encore, je ne sais pas ce qui lui est arrivé.

Alors on est sortis à cette altitude de 500 pieds au dessus du niveau de la mer et au milieu de tous ces tirs. On pouvait entendre les balles siffler autour de nous mais de 500 pieds d’altitude, ça ne prenait pas longtemps pour, quatre ou cinq secondes peut-être, pour atteindre le sol. Je crois que vous descendiez de 120 pieds avant l’ouverture de votre parachute. On devait avoir dans les 350 pieds pour observer le coin où on s’était préparé à atterrir. Et je suis arrivé dans ce qu’ils appelaient la zone de saut et je savais que les planeurs arrivaient peu après ; 10 minutes après nous. Et je traversais le champ en courant quand je me suis fait toucher à la cuisse et (la balle) m’a projeté de sept mètres à peu près. Ça n’a pas fait mal. Mais le choc s’est fait sentir. Il y avait un trou d’obus là et j’ai rampé dedans et on transportait ce qu’ils appelaient cinq ampoules de morphine et vous cassez le bout en verre, et vous vous faites une piqûre à travers l’uniforme. Et une dizaine de minutes environ sans doute et puis ce toubib anglais arrive. Il a dit : « Comment tu te sens Canada ? » J’ai répondu : « Pas trop bien. » Alors il m’a fait une autre piqûre, en l’espace de 10 minutes environ. Alors j’étais un peu parti, défoncé, ouais.

Mais jusque là je savais que les planeurs allaient arriver. J’ai dit : « Bon sang Monty, tu vas finir en steak haché. » Une de ces roues qui arrive là où je suis, je pouvais le voir se mettre dans l’alignement. Je ne sais pas s’ils, à ce jour, si le pilote m’a vu et a viré un peu mais les ailes sont passés au dessus de moi, l’aile. Et il s’est écrasé au coin de la forêt à une trentaine de moi. Mais il n’y a pas eu de survivants. Lui et son copilote sont morts sur le coup. Mais peut-être dix minutes plus tard, les mortiers sont en train de tirer et ils dirigeaient le tir tout droit sur ce planeur qui m’était passé au dessus. Et je ne savais pas à ce moment-là, il était bourré de munitions, on se serait cru un 24 mai (les feux d’artifice du jour de la fête de Victoria), suffit de garder la tête baissée.

Peu après ça, j’ai été récupéré par les brancardiers. Je dois dire que les brancardiers étaient, vraiment je les admire encore pour le travail qu’ils faisaient. Il y avait un groupe de toubibs anglais dans notre unité qui étaient objecteurs de conscience. Et ils ne portaient pas d’armes, rien. Ils ont suivi l’entrainement, l’entrainement au saut, et ils ont sauté. Et ils prodiguaient les soins médicaux.

Date de l'entrevue: 19 octobre 2010

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