Témoignages d'anciens combattants:
Malcolm “Mac” McLeod

Armée

  • Portrait de Malcom MacLeod, été1943.

    Malcom MacLeod
  • Armoiries offertes par Malcom MacLeod à sa petite amie, 1945.

    Eleanor MacLeod
  • Malcom et Eleanor MacLeod, 2004.

    Malcom MacLeod
  • Malcom MacLeod, Memorial Service au Centre Credit Union, le 11 novembre 2008.

    Malcom MacLeod
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"Vous n’avez pas peur d’être blessé ou quoique ce soit de ce genre mais vous avez peur d’avoir peur et de le montrer, je crois."

Transcription

Je pense réellement que ce vous faisait peur c’était d’avoir peur et de le montrer. C’est ce qui vous inquiétait, vous savez. Quand vous avez cet âge là, en particulier. Vous n’avez pas peur d’être blessé ou quoique ce soit de ce genre mais vous avez peur d’avoir peur et de le montrer, je crois.

On était aux alentours de Caen, il y avait une rivière à traverser. Il y avait eu d’importants bombardements à cet endroit. La nuit de notre arrivée là-bas, la première nuit, de ce côté-là de la ville de Caen, à surveiller la ville en bas, le sergent m’avait informé qu’il y avait une nouvelle recrue qui était arrivée et on était censés dormir le long d’une haie cette nuit là et il se plaignait d’avoir une grenade à l’endroit où il devait dormir, il croyait. Alors le sergent m’avait demandé de m’en débarrasser. Alors j’y suis allé, c’était une grenade anti-personnelle allemande. J’ai lancé cette chose aussi loin que j’ai pu. La seule partie qui aurait pu me blesser c’était la base du détonateur. Et il y avait une chance sur un million, mais elle était revenue et m’avait heurté à la mâchoire. Alors on m’avait renvoyé en Angleterre.

Pas trop sûr de ce qu’on avait comme objectif mais on devait traverser un pré et encore un autre, on avait quatre ou cinq kilomètres à parcourir, traverser du terrain à découvert, des champs. On nous tirait dessus de tous les côtés. On s’est en quelques sortes retrouvés dispersés. Je ne dirais pas qu’on était perdus mais on n’était plus du tout regroupés par unité. Je connais ma section, le mitrailleur avait disparu et je ne sais pas où il était, et je n’avais pas la moindre idée du moment où il avait été séparé de nous autres. Et on est finalement arrivé au bord d’un canal où tout le monde s’était retrouvé coincé, un canal à sec. Ca mitraillait violemment tout autour de nous et un gars a perdu les pédales apparemment. Il marchait au milieu de tout ça et c’est incroyable qu’il n’ait pas été tué. Et tout le monde essayait de le faire s’allonger et il n’en faisait rien. Finalement il s’est arrivé assez près d’un lieutenant ce qui lui a permis de l’agripper par la chaussure et le tirer vers le sol et il le sortir de là. Ca m’avait vraiment choqué – de voir à quel point quelqu’un pouvait perdre les pédales.

J’ai dû y rester 15 jours tout au plus. Quand je suis rentré, la section à laquelle j’appartenais, il ne restait qu’une personne dans cette section. Le reste était tous, quelque chose leur était arrivé ou bien pour une raison ou pour une autre, c’était tous des inconnus. Bon, il y avait des grandes cours de fermes avec des maisons immenses que les allemands avaient l’air d’apprécier pour en faire des postes de commandement. En principe ça ne prenait pas plus d’une section pour en venir à bout. Et en général quand on se pointait, par la porte de derrière comme ça, eux ils passaient par la porte de devant. Mais une fois, ils n’y sont pas allés, c’est ce jour-là que j’ai été blessé. On avait un nouveau lieutenant ce jour-là, je ne l’avais jamais vu avant, j’ai l’impression que c’était sa première mission – je ne suis pas tout à fait sûr – parce que, la manière dont il agissait. Et il était impatient d’y aller comme ça, vous savez.

On est arrivé là, c’était une grande maison et il y avait quelques autres bâtiments et tout et tout, on a traversé un pré. Et il y avait quelque chose qui clochait, c’était trop tranquille, il n’y avait pas le moindre mouvement autour. On avançait à couvert dans le pré, profitant des trous évidemment, à ras du sol, en attendant de voir ce qui allait se passer et quelqu’un alentour allait bien finir par faire bouger les choses. Et il y avait quelques branches d’arbre coupées, et normalement, personne penserait à élaguer un arbre, vous savez, compte tenu des circonstances. Alors je me faisais une petite place dans un tas de branches quand il s’est redressé pour voir ce qui se passait ou voir ce qui allait se passer, et il n’aurait pas dû, évidemment, c’est sûrement un tir de bazooka qui l’a atteint en pleine figure et il était devant moi, oh cinq ou dix mètres devant moi je suppose ; l’explosion m’avait sonné. Et quand je suis revenu à moi, sa tête n’était plus là. Il n’y avait pas la moindre goutte de sang. J’ai roulé sur moi-même mais mon pied est resté là où il était, alors j’ai roulé dans l’autre sens et me suis retrouvé face contre terre à nouveau. Et après j’ai continué à perdre et reprendre connaissance alternativement, c’est là où j’ai été blessé.

En fait, le matin suivant j’étais je crois du côté d’Antwerp quelque part par là, et il y avait une religieuse, en habit, qui me regardait et j’étais allongé sur un brancard posé sur le sol. Et elle a hoché de la tête comme pour dire, que j’étais sorti d’affaire.

Follow us