Témoignages d'anciens combattants:
Charles Roy “Nipper” Guest

Armée

  • Charles Guest (à droite) et un ami à l'Hôpital Général Canadien no. 17 en novembre 1944.

    Charles Guest
  • Le Soldat Charles Guest (à gauche) et son père, le Sous-Officier Fred Guest, et son frère le Sous-Lieutenant Fred Guest.

    Charles Guest
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"Quelques instants plus tard, il est tombé en avant et il y avait une petite ouverture à l’arrière de sa tête avec un peu de crâne qui tenait avec un lambeau de peau, and un peu de matière grise sur sa tunique."

Transcription

On (le Queen’s Own Cameron Highlanders of Canada) nous a envoyés en patrouille de combat. On était dans le nord de la Belgique à un endroit appelé Brasschaet, BRASSCHAET, qui était un terrain d’entrainement à l’attaque de l’armée belge qui avait été dans ce coin-là. Alors nous voici là ; on est partis pour cette première patrouille de combat, vous êtes censé aller chercher des ennuis, je suppose, et puis essayer de faire bouger l’ennemi. Notre peloton, il y avait une compagnie toute entière, c’était une grosse patrouille, en terme de patrouille, et on était à peu près 22 dans notre peloton, normalement il y a une trentaine de personnes dans un peloton, mais on manquait toujours de gens. On nous a donné l’ordre d’attaquer la position ennemie de front ; et c’était mon premier combat réel.

Les allemands étaient retranchés dans une zone de reforestation, où les arbres à feuillage persistant étaient plantés en rangées régulières. Les arbres faisaient trois mètres de hauteur environ et vous ne pouviez pas voir grand-chose à travers les branches, mais les allemands pouvaient voir car ils étaient dans des tranchées et ils pouvaient regarder en dessous des branches. En tout cas, quand le sergent a dit, allons-y, j’avais peur, mais je n’ai pas hésité. Mon entrainement m’avait au moins enseigné ça, de faire ce qu’on me disait. Et je me suis consolé en pensant qu’il y a plus de chances de se faire blesser que tuer. On a traversé au petit trot dans un espace à découvert et puis avancé dans les arbres, en faisant feu sur les endroits où on pensait qu’il y avait les allemands. J’ai entendu quelque chose passer près de mon oreille en bruissant et j’ai jeté un coup d’œil en arrière et j’ai vu que le gars derrière moi était à peine derrière et il tirait avec la mitrailleuse sur la hanche. J’ai fait un pas de côté pour m’éloigner un peu de lui.

Ça se voyait qu’on se faisait tirer dessus de tous les côtés, alors il était, certaines de ses balles passaient à travers les arbres et faisaient sauter des éclats de bois de ce côté ou ça, et je me rendait compte de ça. Quelqu’un a commencé à crier qu’il avait été touché et pour une raison quelconque, quelqu’un avait une balle traçante dans le corps. En tous cas, notre attaque a nettement faibli et on s’est terrés. On ne pouvait faire aucun progrès contre tous ces tirs de mitrailleuses qui nous arrivaient en face. Les allemands étaient cachés, je n’arrivais toujours pas à voir qui que ce soit. Et notre sergent qui conduisait l’attaque, le sergent et le lieutenant conduisaient les attaques à tour de rôle. Le Sergent James Boyle, c’est le seul nom dont je me souvienne, Vancouver, c’était notre sergent. En tout cas, il était à une huitaine de mètres. Il a crié, cessez le feu, et quelques instants plus tard, j’ai porté mon attention sur lui et il est tombé en avant juste après avoir dit ça. Et, c’est complètement stupide, j’ai appelé, Sergent, vous êtes mort ? –une question stupide qui me met dans l’embarras encore aujourd’hui. Je veux dire, qu’est-ce qu’il aurait bien pu me répondre s’il avait été mort ?

En tout cas, il a relevé la tête et m’a regardé avec dédain, comme pour dire, quelles espèces de cornichons m’ont-ils envoyé comme renforts ? Quoi qu’il en soit, j’ai quand même remarqué qu’il avait un trou rose entre les deux yeux et il s’est éloigné en rampant, et il a fini par mourir très vite. Il est enterré aux côtés de sept autres membres du peloton à Bergen op Zoom en Hollande, ce qui n’était pas très loin de là où on se trouvait à ce moment-là. Et quelques instants après avoir posé cette question embarrassante au sergent, j’ai ressenti un coup terriblement fort sur mon côté gauche, accompagné par un boum très fort. J’ai eu l’impression d’avoir été frappé violemment par une pioche à crampons de chemin de fer, et je trouve ça très intéressant. Ce n’est pas n’importe quel marteau de forgeron ; c’était une pioche douce avec une longue pointe comme celles qui servent à poser les rails de chemin de fer.

Assez intéressant la manière de penser avec des mots plutôt que, je ne sais pas quoi d’autre, comment la pensée des gens fonctionne. Et le coup m’a propulsé dans les airs et j’ai fait un roulé de 360° en l’air à l’horizontale. Je me souviens d’avoir regardé en l’air et j’ai vu une bouffée de fumée juste à côté de moi ; et je voyais le ciel bleu et quelques nuages blancs, et en haut à travers la cime des arbres. Je me souviens d’avoir regarder tout ça pendant ce temps. En tout état de cause, j’avais été frappé par l’explosion d’une balle quelconque. Je suis retombé à environ 60 centimètres de mon fusil. Bon petit soldat, j’ai essayé de le reprendre et dès que j’ai bougé le bras, qui s’est à peine déplacé, j’ai entendu les os grincer. Je sentais mon sang dégouliner sur le côté. Je me suis dit, c’est tout près de ton cœur, tu vas te vider de ton sang et mourir en moins de deux minutes. Et ça ne me posait pas de problème ; et j’ai dit, bon, à moi-même, c’est comme ça. J’étais très calme à ce sujet et je me suis dis, tu ferais mieux de faire ta prière. Et puis j’ai dit, non, tu n’es pas croyant et si Dieu existe, tu ne vas pas t’en occuper maintenant. Et depuis je suis athée.

Et ce qui s’est passé ensuite pendant que j’étais ici (tout ceci s’est passé très vite). Il y a eu un grésillement et mes cheveux étaient en feu. Et j’ai essayé d’attraper ma bouteille d’eau pour éteindre la flamme, bon, le feu, je ne voyais rien, c’était au sommet de ma tête, évidemment. J’ai appelé à l’aide. Et l’un des rares qui n’était pas blessé a rampé jusqu’à moi et m’a versé de l’eau sur la tête, et a éteint mon petit incendie. Et ensuite il a essayé de mettre un pansement sur ma blessure. Mais le trou était trop grand pour ce genre de pansement que chaque soldat transporte avec lui pour ses besoins personnels. Ils faisaient 10x15 centimètre, et ils se dépliaient, je pense, mais il n’arrivait pas à couvrir ma plaie avec ces pansements. Alors il a laissé tomber et ça avait endommagé mon omoplate et mon muscle avait explosé alors, je pense, ça devait être vraiment affreux à voir. Je n’avais pas mal. Je ne me souviens pas d’avoir eu mal.

Il a laissé tomber et a dit, il pensait que je ne m’en sortirais pas. Il m’a demandé l’adresse de ma mère pour lui faire savoir que je n’avais pas souffert. Quelques instants plus tard, il est tombé en avant et il y avait une petite ouverture à l’arrière de sa tête avec un peu de crâne qui tenait avec un lambeau de peau, and un peu de matière grise sur sa tunique.

On était dans le collimateur d’un tireur d’élite, alors je me suis enfoui le visage dans la terre et essayé de me faire tout petit. La guerre c’était fini pour moi.

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