Témoignages d'anciens combattants:
William Thomas “Bill” Heaslip

Marine

  • Bill Heaslip
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"Vous pouviez regarder par dessus bord et voir le sous-marin rouler sous notre navire. Il a disparu pendant quelques secondes et puis il est remonté tout d’un coup, le nez en l’air, et il est redescendu tout droit."

Transcription

Et puis il y avait eu la période d’attente de votre affectation. La mienne est arrivée et c’était à bord d’un cuirassé, le (NSM) Queen Elizabeth, qui était stationné à Alexandrie en Égypte. Il m’a alors fallu attendre un convoi ou un transport pour descendre dans cette région. À cette époque, la Méditerranée était fermée, vous ne pouviez pas passer, alors il fallait contourner l’Afrique pour aller là-bas.

Après six semaines, entre le moment du départ d’Angleterre, avec une halte en Sierra Léone, trois arrêts en Afrique du Sud, un arrêt en Tanzanie et un au Yémen, on est finalement arrivés tout en haut de la mer Rouge, au canal de Suez, et ça a été la fin de ce voyage de six semaines. Et puis en route pour Alexandrie où j’allais rejoindre le navire, mais dans des circonstances exceptionnelles parce qu’au cours des six semaines pendant lesquelles j’avais fait le voyage, les italiens avaient envoyé deux sous-marins monoplaces dans Alexandrie et ils avaient posé des mines sur deux cuirassés. Ils les avaient coulés tous les deux, dont le Queen Elizabeth. Or, le port d’Alexandrie était très peu profond, alors les navires ne se sont enfoncés que d’un mètre à un mètre trente à peu près et ils étaient posés sur le fond. J’ai donc rejoint le navire qui avait sombré en fait, ce qui est un peu inhabituel, et puis j’ai appris qu’on m’avait affecté à un groupe de corvettes canadiennes (vaisseaux d’escorte légèrement armés) qui devait partir en Afrique, à nouveau, et participait à l’invasion d’Afrique du Nord, l’opération Torch.

Je suis parti là-bas comme officier radar de groupe pour servir six navires, je crois, qui étaient impliqués dans le groupe canadien. Et notre tâche, évidemment, c’était de servir comme escorte anti-sous-marine. On était basés, après des arrêts à Gibraltar et en Iran, on était basés à Alger. On a fait un certain nombre d’escortes de convois à partir de là, y compris un voyage jusqu’en Tunisie, où pour la première fois, on avait un appui aérien parce qu’on s’était plaints de l’absence d’appui aérien. On s’en est réjouis en voyant les avions, mais on s’était réjouis un peu trop tôt parce que c’était des avions allemands en fait plutôt que des avions à nous. Alors que le reste des groupes d’escorte était au courant à propos de ça, savait qui ils étaient, nous autres pauvres canadiens on ne savait rien du tout et il a fallu qu’on se la ferme un tout petit peu.

Mais on a eu notre propre soutien un peu plus tard. C’était au mois de janvier le 14, je crois, on escortait un convoi et on a reçu un contact sous-marin ASDIC (Commission franco-britannique de lutte anti-sous-marine). Fait comme d’habitude, larguer une série de grenades sous-marines et ensuite on attendait de nous qu’on fasse comme d’habitude, repartir et recommencer encore et encore et encore mais cette fois-là, ça a été différent. Après le premier largage de grenades sous-marines, le sous-marin a fait surface. On l’avait eu droit dans le nez.

Evidemment, tout le monde était à son poste de combat sur les canons. On s’est mis à attaquer avec notre canon (antiaérien) de 100mm, juste pour se rendre compte qu’il ne marchait pas. La culasse était défectueuse… le sous-marin allemand, c’était un sous-marin allemand, ils étaient dehors pour servir leurs canons. La décision de percuter le sous-marin a été prise, et on l’a fait. C’était une vision assez incroyable vraiment parce qu’on a heurté le sous-marin juste entre le canon et la tour ; et de l’endroit où je me tenais, à savoir le côté tribord du pont, vous pouviez regarder par dessus bord et voir le sous-marin rouler sous notre navire. Il a disparu pendant quelques secondes et puis il est remonté tout d’un coup, le nez en l’air, et il est redescendu tout droit. Une seule personne a quitté le sous-marin. Alors nous on avait des dégâts, évidemment, à cause de l’impact de notre abordage, mais rien de sérieux, mais après on s’est mis en route pour rentrer à la base à Alger où des gens ont décidé de ce qu’ils allaient faire de nous. On n’était vraiment en état pour pouvoir servir d’escorte.

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