Témoignages d'anciens combattants:
Thomas “'Sparks'” Atherton

Marine marchande

  • Thomas Antherton sur le SS Dentonia Park en Méditerranée, en juillet 1946.

    Thomas Atherton
  • Photo du Dentonia Park avant que les armes à feu soient levées, en 1945.

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  • Certificat d'identification de la Marine Marchande du Canada, le 16 juillet 1943.

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  • Laisser-passer, Alexandrie, 1946.

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  • Médailles de Thomas Atherton (de gauche à droite): 1939-45 Star; Atlantic Star; Burma Star; Médaille du Service des Volontaires Canadiens avec fermoir; Médaille de guerre 1939-45.

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"Les flammes qui s’éteignaient et les traceuses qui laissaient leur sillage lumineux : c’était très excitant. Le navire était en feu de la proue à la poupe."

Transcription

Je m’intéressais beaucoup aux bateaux. Enfants, mon cousin et moi nous sommes achetés un canot fait main. Parce que quelqu’un y avait percé un trou avec son pied, j’ai dû le réparer. Ça m’avait coûté 45 cents. J’aimais être sur l’eau. Un peu plus vieux, mon cousin et moi avons même navigué sur un voilier sur le canal Welland, à St. Catharines.

Dans ma jeunesse, je me suis joint aux cadets de la marine à St. Catharines. J’ai fait un voyage d’une semaine sur l’Oriole De Force (NCSM Oriole), un ketch de 90 pieds qui appartenait à la marine, et qui lui appartient d’ailleurs toujours je crois. Pendant la guerre, j’ai voulu partir en mer. J’ai donc quitté l’école en 1941, à l’âge de 16 ans. Je me suis trouvé un emploi chez Loblaws afin d’amasser suffisamment d’argent pour aller à l’école de radiophonie. Je me disais que si je me joignais à la marine, je risquais de rester sur le rivage, alors que ce que je voulais, c’était d’aller en mer. Je n’ai pas réussi à amasser la somme nécessaire. J’ai donc emprunté l’argent dont j’avais besoin pour aller à l’école de radiophonie, à Toronto. J’ai obtenu mon permis à la fin de février ou au début de mars 1943. J’ai subi mon examen médical à l’hôpital Christie Street, soit l’hôpital des vétérans de Toronto.

J’ai réussi cet examen et je me suis joint à un transporteur canadien la même année. Celui-ci s’occupait du dépôt d’équipage à partir duquel les marins étaient dirigés vers les navires. J’ai été envoyé sur un navire à Saint John, au Nouveau-Brunswick, à titre de radiotélégraphiste. Nous sommes alors partis vers l’Inde. Nous nous sommes d’abord rendus à Norfolk, en Virginie, pour nous joindre à un convoi. Nous avons traversé l’Atlantique en juillet. Je pense que c’était toujours en 1943. Nous étions les premiers à nous rendre en Inde et, je pense, le premier convoi lent dans la Méditerranée.

Notre escorte américaine est passée au travers du détroit de Gibraltar. Il y avait également un paquebot britannique, deux gros destroyers, deux corvettes canadiennes et un bateau de surveillance sur lequel il y avait deux canons. Ce bateau venait d’en finir avec la Sicile et s’en allait bombarder la côte italienne. Un sous-marin a émergé et s’est également joint au convoi. Nous avancions. À un moment, le bateau de surveillance a quitté le convoi et, un bon matin, le sous-marin avait disparu. Nous avons navigué jusqu’au canal du Suez. Un jour, le navire qui était à côté de nous a été touché. À ce moment, j’étais chargeur sur l’Oerlikon, à Monkey’s Island. Lorsque les alarmes ont retenti, j’ai sauté hors de mon lit. En fait, j’en ai été éjecté parce que le navire était juste à côté. Les flammes qui s’éteignaient et les traceuses qui laissaient leur sillage lumineux : c’était très excitant. Le navire était en feu de la proue à la poupe. Je ne sais pas ce qu’il transportait, mais c’était certainement quelque chose de très inflammable. Malgré tout, le convoi ne s’est jamais arrêté et a continué sa progression.

Nous avons poursuivi notre chemin et nous sommes enfoncés dans le canal de Suez. Le premier navire sur lequel je suis monté à bord était infesté de rats. Les membres de l’équipage avaient l’habitude de laisser leurs repas dans la salle des cartes. Les rats ayant réussi à y entrer, les membres de l’équipage ont commencé à laisser leurs repas dans la salle des radios. Vous pouviez entendre les coquerelles croquer la crème dans les canettes de lait. Lorsque nous sommes parvenus à Calcutta, le navire a été fumigé, ce qui a permis d’éliminer un bon nombre de rats.

Au retour, nous avons failli manquer de nourriture. Nous avions du bœuf, mais je crois que c’était du buffle d’Inde, parce qu’il fallait une hache pour le couper. Nous mangions des macaronis et du fromage, je ne l’oublierai jamais. Vous deviez tenir le pain devant la meurtrière pour en retirer les charançons. Vous deviez aussi enlever les vers du fromage et des macaronis avant de les manger. Les gens à qui je raconte cette histoire ne croient pas que j’ai pu manger de telles choses. Je leur réponds qu’il n’y avait pas d’épicerie à bord. Soit je mangeais, soit je ne mangeais pas.

Je suis ensuite monté à bord du Champlain Park, sur lequel j’ai fait trois voyages vers l’Angleterre. En mai, j’étais à Montréal, où nous préparions le navire avant de nous rendre une fois de plus en Angleterre. J’étais au cinéma lorsque quelqu’un est entré dans la salle et a crié : « La guerre est finie! »

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