Témoignages d'anciens combattants:
Douglas Davidson McDougall

Armée

  • Douglas McDougall en permission avant son départ pour l'outremer en 1941. Photo prise chez lui à Kelowna, Colombie Britannique.

    Douglas McDougall
  • Photo de Douglas McDougall prise à Victoria, Colombie Britannique, une semaine après son enrôlement, 1941.

    Douglas McDougall
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"Si j’avais été là-bas, quoi, deux ou trois minutes avant ça, ou après, ça aurait été fini pour moi. Donc tout mon matériel était parti – mes souvenirs n’étaient plus là ; les photos de chez moi et de ma famille, tout parti. Et voilà. Ça m’a vraiment donné un coup."

Transcription

On a débarqué à Naples sur un navire qui avait chaviré. C’était notre plateforme de débarquement. Il était complètement sur le flanc. Alors on est tous allés là-bas, on a commencé à défiler et puis on est arrivés à cet endroit, qui n’allait pas être mon premier endroit. Et très peu de temps après ça, le Vésuse est entré en éruption. Et vous savez, on avait du mal à respirer et essayer de soulever un obus de 45 kilos ce n’était pas chose facile parce que ça a pris tout l’oxygène de l’air. Et d’ailleurs, le Vésuve n’est plus jamais entré en éruption depuis. C’était terrible. Oh, vraiment épouvantable. Vous deviez avancer à tâtons en quelque sorte. Et, bien sûr, on n’avait pas de masques ou quoi que ce soit. On ne s’y attendait pas. Alors en tout cas, finalement, un petit peu plus tard, j’ai découvert où j’allais aller et il s’est avéré que c’était ce régiment, qui s’appelait le 1er régiment d’artillerie moyenne (RCA). On était sur des canons (à chargement par la culasse) de 5,5’’ (13,75mm), qui étaient d’une taille imposante. Et ils étaient tous, toute l’équipe là-bas, tous les gars venaient de Nouvelle-Écosse on s’est payé du bon temps avec ça parce que j’étais le seul qui ne venait pas de la Nouvelle-Écosse. Alors je les appelais un tas de bouffeurs de harengs et ils m’appelaient le plouc. (rire) C’était plutôt amusant. Alors en tout cas, les choses ont continué, on est entrés dans la bataille de Monte Cassino, qui était une bataille horrible. Et c’était en plein milieu de la nuit, tout était silencieux. On avait toutes nos montres synchronisées ; on était tous assis dans le noir, pas un bruit, à l’exception des obus envoyés par les allemands. Donc à minuit, nous voilà partis. On maintenait simplement le rythme, charger notre canon, tirer. Vous auriez pu faire cuire des œufs dessus. C’était vraiment impressionnant, passer comme ça du calme à la tempête. C’était terrible. On est passés à travers, et on a pris Rome. J’ai eu la chance d’obtenir une des premières permissions à Rome, et ils ont ouvert un hôtel, seulement pour les canadiens. Une des premières choses que j’ai faites, je voulais aller voir la cathédrale (Basilique) Saint-Pierre. Et alors je me promenais dans une de ces grandes salles, en regardant les carreaux en mosaïque de Michel-Ange, et l’un de ces gardes suisses est venu à ma rencontre parce qu’ils sont vraiment pittoresques. Je pense qu’ils font toujours ça parce que j’y suis retourné en 1995 aussi. Et un des gardes s’est approché de moi et a dit, aimeriez-vous avoir une audience privée avec le pape ? Bon, je lui ai ri au nez. Je croyais qu’il se fichait de moi. Non, a-t-il dit, non, vraiment. Il veut recevoir deux canadiens, deux américains, ou deux canadiens qui parlent français. Et c’est ce qu’il a dit, j’ai répondu, ce serait un grand honneur. Alors il m’a emmené dans cette pièce et peu de temps après, son Éminence est entrée et nous a donné une petite bénédiction, et aussi après qu’il ait eu terminé, il nous a donné un petit souvenir, que j’avais et j’ai pensé que c’était vraiment quelque chose d’unique qui se passait. Alors en tout cas, un mois plus tard environ, on était toujours sur la ligne de front ; et je n’ai pas dormi sur un vrai lit pendant un an et demi. On dormait où on pouvait. Quelquefois vous vous installiez en dessous un petit peu, en dessous du niveau du sol. Mais il arrivait d’être paresseux ou fatigué, et alors j’ai mis mon équipement juste sur le côté dans cette grange. Il y avait une maison là et une grange ici. Et j’ai tout jeté là dedans. Et après un moment, je suis juste entré pour sortir ma tente de l’armée, parce que l’endroit était encore un… Je venais juste de quitter les lieux quand j’ai entendu un obus de 88mm qui arrivait et je suis juste sorti de là à temps, mais ça a… Si j’avais été là-bas, quoi, deux ou trois minutes avant ça, ou après, ça aurait été fini pour moi. Donc tout mon matériel était parti – mes souvenirs n’étaient plus là ; les photos de chez moi et de ma famille, tout parti. Et voilà. Ça m’a vraiment donné un coup. Et alors ensuite on est allés en Hollande, dans la bataille d’Arnhem, on a traversé tout ça et puis quelques temps après, on, une nuit, je n’étais pas de service. On ne faisaient plus grand-chose après cette bataille, et je déambulais dans la ville ; et tout à coup, des gens ont dit, ils nous ont vu marcher ensemble, et il a dit, voulez-vous entrer prendre un café ? J’ai pensé, bon, c’est gentil de leur part. On leur était parfaitement étrangers, mais je suppose qu’on était leurs libérateurs. Alors on a répondu que ce serait très agréable. On n’était pas là depuis plus d’une demie heure maximum et une de leurs petites filles est entrée en courant, toute excitée, que se passe-t-il ? La guerre est finie, la guerre est finie. Alors c’était vraiment quelque chose. J’ai juste, la ville entière s’est déchainée. Ils m’ont entrainé dans la rue. J’avais une fille à un bras et une autre de l’autre côté, et il y avait une lanterne. Quelqu’un avait une lanterne ; et on s’est tous mis à danser tout le long jusqu’en bas de la rue. C’était dans la rue tout entière pendant deux ou trois heures. À deux heures du matin, je suis rentré. Excitation.
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