Témoignages d'anciens combattants:
Lloyd Henderson

Forces aériennes

  • Équipage aérien avec un avion Halifac B.III de l'escadron No. 433 (Porc-Épic), R.C.A.F., de retour d'un raid quotidien sur les sites des bombardiers allemands en France. Skipton-on-Swale, Angleterre, 1944. De gauche à droite: Sgt. Joe Zareikin, F/S H.S. McNab, Sgt. Jimmy Paul.

    Photographe inconnu; Nombre Mikan: 3614990
  • Lloyd et Olive Henderson en 2009.

    Lloyd Henderson
  • Médailles de Lloyd Henderson, incluant sa Croix du service distingué dans l'Aviation.

    Lloyd Henderson
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"Le navigateur a jeté ses trucs sur le tarmac en disant que ces types avaient essayé de nous tuer. Et dire que nous avons trouvé cela drôle… "

Transcription

J’ai été élevé sur une ferme. J’avais le bon âge pour être appelé pour le service militaire. Après que nous ayons terminé les récoltes, j’ai décidé que j’essaierais d’entrer dans l’armée de l’air. J’ai eu à passer tous les examens et choses du genre. J’ai alors été choisi comme pilote.

J’ai reçu mon permis d’aviation à Saskatoon et je suis ensuite allé outre-mer. Nous nous sommes entraînés sur des Oxford, puis sur des Whitleys, des bombardiers lourds du début de la guerre. Quand nous avons eu terminé avec les Whitleys, nous avons été envoyés à l’école de combat Dalton pour un bout de temps. Puis, nous avons été envoyés à un [centre d’entraînement] de conversion d’unité à Dishforth, où nous nous sommes convertis du bimoteur au quadrimoteur.

Nous avons ensuite piloté les Halifax V, qui étaient les survivants des opérations. En fait, ils étaient des tas de ferraille, des appareils qui n’étaient plus aptes à voler lors de missions. C’est ce genre de choses que nous avons pilotées. Nous n’en avons pas vu grand-chose, mais ils ont perdu environ 10 pourcents du Bomber Command dans les aéroports d’entraînement.

Quand nous avons été assignés, toute la classe a été envoyée au Groupe n°4. Le groupe n°4 faisait partie de la Royal Air Force, au sud d’York. Nous pensions être envoyés au Groupe canadien n°6, mais ils ont dit que toute la classe était assignée au Groupe n°4.

En tant que pilote, j’ai fait une sortie en compagnie d’un pilote d’expérience, puis on nous laissait seuls. Quand on allait dans la salle de breffage, on voyait quel voyage nous était attribué. Mon sixième voyage était à la gare de triage de Trappes, près de Paris. Ils devaient apparemment capturer cette gare de triage. Ils nous ont donc envoyés durant une nuit de pleine lune, ce qui n’était pas une bonne idée, parce que les chasseurs des Jerry [les Allemands] étaient déjà là, lançant des fusées d’éclairage. Ils illuminaient le ciel et les chasseurs pouvaient trouver les bombardiers sans aucun problème.

Douze et demi pourcents des appareils ont été perdus, cette nuit-là. Et, cette nuit-là, nous avons détruit un chasseur. Nous pensions que c’était un appareil quelconque volant au-dessus de nous, mais c’était en fait deux chasseurs. Ils se sont séparés : le premier est allé à droite, l’autre à gauche. Celui de droite est disparu et l’autre a décrit une courbe et est venu tout juste derrière nous. Le mitrailleur arrière, Vern Marks, l’a laissé l’avoir. Nous pouvions voir le feu autour du capot du moteur, tout cela à 10 000 pieds et il y est allé directement.

Nous n’y avons pas vraiment réfléchi à ce moment-là, nous nous sommes dit qu’à douze et demi pourcents de pertes, on n’allait faire que huit voyages si on maintenait le rythme. Il y en avait un autre à propos du troisième voyage vers la Ruhr [une région de l’Allemagne], que l’on a bombardé à 18 000 pieds. Nous devions ensuite redescendre parce qu’on nous a dit que les projecteurs de recherche avaient été déplacés 20 miles en retrait de la route que nous allions prendre et qu’ils devraient redescendre directement pour les avoir. Si nous restions à 10 000 pieds, ils l’auraient. Les projecteurs de recherche nous verraient, mais nous allions descendre à 3 500 pieds. Donc, pour faire descendre un bombardier lourd de 18 000 pieds à 3 500 pieds, il fallait le faire rapidement. Aussitôt qu’on abaissait le nez de l’appareil, on prenait de la vitesse. Donc, où on arrêtait le moteur, nous descendions à environ 325. Nous devions atteindre 3 500 pieds. Certains de ceux qui n’étaient pas descendus ont été un peu touchés, parce que les projecteurs pouvaient les voir. Mais à 3 500 pieds, ils ne pouvaient pas descendre. Quand nous sommes arrivés à 3 500 pieds, j’ai dit à l’équipage que nous étions à cette altitude et que nous allions nous stabiliser. Le mitrailleur arrière a dit de continuer à descendre parce qu’il y avait un Halifax au-dessus de nous. Il a ajouté qu’il y avait un chasseur qui tirait dessus le Halifax. Et ils l’ont eu, lui, au lieu de nous. C'est passé très près, mais c’était bon pour le moral parce qu’on s’en était encore sorti.

Un jour, nous revenions d’une mission, une attaque de jour faite sur un aéroport. J’ai dit à l’ingénieur que nous étions trop hauts – nous étions à environ 10 000 pieds, je pense. J’ai dit à l’ingénieur de se lever et de mettre sa tête dans l’astrodôme et de jeter un œil, parce que d’autres avions arrivaient au-dessus de nous. Comme le mitrailleur arrière l’annonçait, ils ont tiré six salves antiaériennes avec un angle à bâbord, traversant juste devant et vers la droite, à tribord. Il valait mieux ne pas être là. Nous avons seulement vu un appareil touché avec un tir antiaérien et il a explosé, calciné. Le mitrailleur arrière m’a lancé de plonger à tribord. Je n’ai pas perdu de temps et je l’ai fait. La deuxième ou la troisième salve a explosé au-dessus de nous et a soufflé un tas de Perspex [plastique clair dont la verrière du cockpit était faite] à l’arrière de ma tête. Et l’ingénieur – j’avais peur de me retourner, car je me suis dit que sa tête était peut-être partie, mais il s’est retiré dès que j’ai viré. Il sautait dans l’appareil, disant qu’il était touché, mais il tenait encore sur ses jambes. J’ai donc tiré sa prise d’interphone pour faire cesser la panique et j’ai dit au bombardier de venir en haut et de s’occuper de Jack, l’ingénieur, car il disait avoir été touché.

J’ai pensé que le bombardier était le bon gars à appeler parce qu’il était un croque-mort dans sa vie civile. Mais Jack avait été touché au genou et à la main par le Perspex volant. Ça l’a effrayé à vie, mais ça ne lui a pas vraiment fait mal. C’est le seul gars qui a été touché durant cette mission.

De retour à la maison, tout était assez silencieux. Le navigateur a jeté son équipement sur le tarmac et il a dit que ces ceci et cela avaient essayé de nous tuer. Nous avons trouvé ça comique.

 

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