Témoignages d'anciens combattants:
Mike Hawryliw

Armée

  • Photo en couleur de la plaque de la Station Expérimentale du Département de la Défense Nationale à Suffield, Alberta.

    Mike Hawryliw
  • Certificat d'appréciation du département de la défense nationale présenté à Mike Hawryliw qui a servi de test dans la station expérimentale de Suffield, en Alberta, pendant la Seconde Guerre Mondiale. Présenté à M. Hawryliw en 2003 avec une rémunération de $24,000.

    Mike Hawryliw
  • Photo de Mike Hawryliw en uniforme avec le béret du corps des blindés, l'âge de 20 ans, vers 1942.

    Mike Hawryliw
  • Cadres avec les médailles de Mike Hawryliw (de gauche à droite): Étoile France-Allemagne; Étoile 1939-45; Médaille de la Défense; Médaille du Service des Volontaires Canadiens; Médaille de guerre 1939-45; et broches de la légion.

    Mike Hawryliw
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"« J’étais à Suffield pour ces expériences sur les gaz. » Et les autres l’ont regardé et ont dit, « tu te prends vraiment pas pour rien toi tu sais. Genre, tu y étais. » Alors après moi j’ai gardé ça pour moi."

Transcription

Hawriliw, H-A-W-R-Y-L-I-W. C’est un vieux nom de famille ukrainien. On avait des anciens combattants de la première guerre mondiale qui vivaient par ici et ils avaient eu du mal parce que l’ennemi avait utilisé des armes chimiques, des gaz. On vivait à Riversdale et notre facteur, on pouvait l’entendre souffler comme un boeuf depuis le bas de la rue. Et j’avais toujours l’impression qu’il y avait quelqu’un qui lui courait après. Une fois quand il est arrivé à notre porte avec le courrier, je suis allé vers lui et je lui ai demandé : « Pourquoi est-ce que vous courez et soufflez comme ça? Y a personne qui vous court après. » « Et bien » il a répondu « Je me suis fait gazer pendant la guerre. Alors je ne peux pas respirer normalement.» Alors pendant la deuxième guerre, quand je portais un équipement spécial pour me protéger des gaz… On nous avait donné des masques à gaz. Alors quand cette histoire de Suffield s’est présentée, je voulais en savoir un peu plus à propos des gaz. Quand je me suis enrôlé, j’attendais de faire mon entraînement et ça ne venait pas alors un matin, l’officier a demandé, ils voulaient des volontaires pour faire des expériences avec les gaz. Quelqu’un a demandé est-ce que c’est dangereux ? Et bien, il a répondu, oui, mais dans l’ensemble ils reviennent en bonne forme. Alors j’ai dit, d’accord. Une quinzaine d’entre nous s’étaient portés volontaires pour aller dans ce groupe. Mais ils ont été honnêtes avec ça. Ils nous avaient demandé de nous porter volontaire, et après, juste avant de partir pour Suffield, ils nous ont fait savoir qu’on pouvait toujours faire machine arrière. Alors un gars a changé d’avis et il y en a eu un autre n’a pas été accepté après le passage de la visite médicale. Il était bon pour le service mais pas pour Suffield. Et puis une fois à Suffield c’était la même chose. Chaque fois qu’ils voulaient faire une nouvelle expérience, ils demandaient aux gens de se porter volontaires et ils disaient toujours, vous pouvez toujours changer d’avis, même à la dernière minute. Ca paraissait honnête. Ils avaient mis un petit peu de gaz sur votre bras à travers l’épaisseur de l’uniforme. Et après ils nous avaient dit, c’est bon, ok, ce soir vous allez vous coucher, vous allez trouver que ça démange mais surtout vous ne grattez pas. Et bien, le lendemain matin il y avait une cloque là, de la taille d’une pièce de cinquante centimes. Alors on devait se présenter à l’hôpital dans la matinée. Et puis l’expérience ne consistait pas seulement à fabriquer des cloques mais aussi à trouver comment les traiter. Et ils avaient un laboratoire là-bas où ils travaillaient à mettre au point des pommades pour traiter ça. Alors avec le temps la cloque a diminué. Je pense pas que vous puissiez voir quelque chose, je pouvais pas voir plus que ça. Mais pendant des années, il y a eu une petite marque à l’endroit de la cloque. Et puis il y a eu d’autres expériences aussi. Ils faisaient exploser un obus, obus à gaz et on se tenait là debout avec nos masques à gaz, un lapin en cage, tourné de ce côté et une chèvre dans la trou, tournée de l’autre côté. Il soufflait dans le sifflet et on se bondissait en vant. Vous pouviez entendre l’obus passer devant et le vent dispersait la vapeur. On a aussi su que quelques animaux étaient morts sur le chemin du retour au camp parce qu’ils n’avaient pas de masques, mais nous on en avait. C’était bon à savoir, parce qu’à l’avenir, il me faudrait compter sur ce masque. Oh, bien à Suffield. On était à 50 ou 80 km environ de Medecine Hat dans les collines. C’était un endroit complètement fermé. Tout ce qu’il y avait c’était de la broussaille et des hautes herbes. Pour empêcher les gens d’entrer, vous savez. Il n’y avait pas d’histoire d’argent là dedans, on touchait seulement notre solde de 1,30 dollars par jour. Ils nous avaient dit, pas d’argent, mais on avait droit à deux jours de permission par semaine passée là-bas. Alors moi j’ai eu droit à 10 jours de permission plus deux jours de voyage. Et ils nous avaient aussi prévenus, ou pas prévenus mais, ils vous remerciaient d’avoir servi là. Mais je vous demande, une fois que vous avez passé ces portes, vous dites rien à personne, ce qui s’est passé ici, ce que vous avez vu vous devez le garder secret. Alors j’ai pris ça au sérieux. Je n’en ai jamais parlé à ma famille et je ne sais pas si les autres en ont parlé ou pas, ça les regardait. En parlant de manger, quand on s’est portés volontaires pour aller à Suffield, et bien, généralement dans les camps de l’armée, au petit-déjeuner, vous avez droit à un peu de porridge et du café. Mais à Suffield, bigre, vous étiez assis à table et vous aviez droit à des céréales en boite, du thé, du café ou du lait, vous savez, de la vraie nourriture. Bigre, est-ce c’est pas bien ça ? Et puis quelqu’un d’autre a dit, ouais mais, regarde, à Suffield, ils vous nourrissent bien aujourd’hui parce que demain, il se peut bien que vous soyez plus être là. Mais ils nous traitaient bien, on mangeait bien. On a finalement reçu 24 000 dollars. Reçu une lettre et dedans il y avait un chèque de 24 000 dollars pour avoir servi à Suffield. Et depuis lors, l’ACC (Anciens Combattants Canada), dans leur, dans leur journal l’ACC a fait une annonce parce qu’en voyant que la plupart des participants aux expériences faites à Suffield ont jamais dit à leurs familles qu’ils étaient là-bas, moi j’en n’ai pas parlé à ma, notre famille ne savaient pas, j’ai gardé ça secret. Ce que l’ACC voulait c’est que les familles des anciens combattants qui étaient à Suffield pouvaient bénéficier de la prime de 24 000 dollars. Alors si vous rencontrez quelqu’un, dites-lui d’aller à l’ACC. Si personne vous croit, ils vont vous raconter une drôle histoire à propos de ça. Comme on nous avait dit, ne dites rien sur ce qui s’est passé ou que vous étiez là-bas ou quelque chose. Alors quelquefois après la guerre, j’étais à la Légion (association d’anciens combattants), assis à une table à boire une bière avec des gars et quelques uns racontent l’histoire d’un collègue qui a eu la jambe coupée, et d’un autre gars qui a eu ci, un autre gars qu’a eu ça. Et une fois quelqu’un commence à dire : « J’étais à Suffield pour ces expériences sur les gaz. » Et les autres l’ont regardé et ont dit, « tu te prends vraiment pas pour rien toi tu sais. Genre, tu y étais. » Alors après moi j’ai gardé ça pour moi.
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