Témoignages d'anciens combattants:
Glennis Marie Boyce

Forces aériennes

  • Moment d'inspection de la division Féminine de la RCAF à Halifax, Nouvelle Écosse, 1944.

    Glennis (Boyle) Boyce
  • Portrait de Glennis Boyce. Photo prise dans un angle de rue à Toronto, Ontario, entre mai et septembre 1943. La photographie a coûté deux dollars à Mme Boyce.

    Glennis Marie (Boyle) Boyce
  • Casernes de la Division Féminine de la RCAF, Halifax, Nouvelle Écosse, 1944-45.

    Glennis (Boyle) Boyce
  • Glennis Boyce (au centre) et des amies, habillées pour le Snowball Dance dans la salle de la Division Féminine à Halifax, Nouvelle Écosse. Mme Boyce porte sa robe de diplômée de lycée. Beaucoup de femmes louaient des machines à coudre et cousaient leur propre robe dans la caserne pour l'occasion.

    Glennis (Boyle) Boyce
  • Bracelet: cadeau de Noël offert par Leslie Boyle, le frère de Glennis Boyce, qui faisait son service militaire en outremer, décembre 1944.

    Glennis (Boyle) Boyce
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"Ne voulant pas effrayer ma mère, je lui ai d’abord dit que je pensais à joindre l’ARC. Mais à ce moment-là, j’avais déjà prêté serment."

Transcription

Mon aventure dans l’Armée de l’air a débuté après que j’ai lu une annonce de recrutement dans le journal de Saint John. On y disait offrir un cours de sténographie à quiconque possédait un diplôme d’études secondaires. J’étais une enfant de la crise, et mes parents ne pouvaient pas me payer d’études plus avancées. Je travaillais alors sur la chaîne de montage d’une usine où l’on fabriquait des allumettes. Je détestais ça. Ne voulant pas effrayer ma mère, je lui ai d’abord dit que je pensais à joindre l’ARC. Mais à ce moment-là, j’avais déjà prêté serment. Elle a continué à faire ce qu’elle faisait et m’a dit qu’on ne me prendrait pas parce que j’étais trop petite. Environ trois jours plus tard, j’ai pensé que le temps était venu de lui dire la vérité. Elle n’était pas enchantée. Elle m’a dit que je devrais moi-même l’annoncer à mon père, parce qu’elle ne le ferait pas à ma place. Il était tellement fâché contre moi. J’ai compris pourquoi ma mère ne voulait pas s’occuper de lui annoncer la nouvelle. Ça m’a peiné. J’ai évité de le regarder dans les yeux jusqu’à ce qu’il soit temps de partir. Il m’a tout de même accompagné jusqu’à la gare pour me dire au revoir. Je me suis alors sentie mieux.

Lors de mon examen médical, le médecin m’a posé une question de routine. Il m’a demandé si j’avais déjà été enceinte. J’ai répondu que je ne savais pas et je lui ai demandé ce qu’il voulait dire par là. Il m’a dit d’oublier ça, que je ne l’avais probablement jamais été. Pendant les semaines qu’a duré l’instruction de base, je me suis sentie seule. Je m’ennuyais de la maison. Lorsque nous sommes allées chercher nos uniformes, j’ai été déçue parce qu’il n’y en avait aucun à ma taille. Je mesurais cinq pieds et pesais 96 livres. Cela voulait dire que celles avec qui je suivais l’instruction de base allaient partir vers leurs affectations, mais que moi j’allais rester derrière jusqu’à ce qu’on me trouve un uniforme. Le commandant m’a demandé si j’avais quelque part où aller s’il me donnait un congé de 72 heures. C’était le cas, puisque j’avais deux amies qui habitaient à Montréal. Pendant la guerre, des policiers suivaient l’employé qui vérifiait les billets dans le train. On m’a alors demandé pourquoi je n’étais pas en uniforme. J’ai répondu que je n’en avais pas. Gênée, je me suis appuyée la tête contre la fenêtre. Les policiers sont revenus après quelques temps pour me dire qu’ils avaient joint Rockcliffe [base de l’ARC] et que tout était en ordre.

Une fois que j’ai eu mon uniforme, je me suis jointe à la classe neuf du Central High School of Commerce de Toronto. J’ai beaucoup étudié et ai obtenu mon diplôme de commis sténographe le 17 septembre 1943. Je commençais tout juste à me sentir à mon aise sur la base lorsque j’ai été affectée au poste de commandement de Halifax. Ma voisine de chambre avait été affectée outremer. J’étais un peu envieuse, parce que j’avais un frère qui était dans l’armée et qui avait été affecté à Londres.

Il n’y avait aucune installation à Halifax pour la division féminine [division féminine de l’Aviation royale du Canada]. Nous devions donc dormir au dépôt maritime et faire la queue dans les restaurants pour y manger. Il y avait beaucoup de monde à Halifax pendant la guerre. Les files d’attente s’étiraient, et les rues étaient bondées de marins. Finalement, la caserne des filles du poste de commandement, sur South Street, a été finie de construire, ce qui nous a rendu la vie un peu plus facile. Je travaillais pour le service du matériel. J’acceptais l’aspect monotone de la dictée et de la dactylographie. Après tout, c’était pour cette raison que je m’étais jointe à l’Armée. Les hommes avec qui je travaillais étaient gentils. Les filles et moi avions partagé notre chambre assez longtemps pour tisser des liens étroits et nous nous étions habituées à la vie en communauté.

Alors que j’étais au poste de commandement, j’ai fait quelques essais pour devenir AVC [aviateur en chef], et j’ai ainsi obtenu une augmentation de salaire. Le taux que nous recevions était moins élevé que celui des hommes. Je ne m’en suis rendu compte que de nombreuses années plus tard.

J’étais suffisamment à l’aise pour demander à l’agent administratif de Halifax de m’accorder un congé de 48 heures les fins de semaine. La plupart du temps, j’en profitais pour rendre visite à mes parents. Comme ils étaient rationnés, ils étaient bien contents de pouvoir utiliser mes coupons de sucre et de beurre. Je dormais dans le train le vendredi soir, passais le samedi et le dimanche avec mes parents, dormais encore dans le train le dimanche soir, puis rentrais au bureau à 8 heures le lundi matin. Lorsque je ne rentrais pas à la maison la fin de semaine, je me rendais souvent dans la vallée rendre visite à un parent qui possédait un verger et une petite ferme. J’aimais y monter les chevaux. Je m’y rendais lorsque je voulais respirer un peu d’air frais et échapper à la ville. C’est comme ça que je passais mes temps libres. Plusieurs des filles avec qui je partageais ma chambre à la caserne tricotaient et écrivaient des lettres lorsqu’elles ne sortaient pas. Sur un des casiers, nous avions posé une bouteille dans laquelle chacune de nous devait déposer 10 cents lorsqu’elle avait un rendez-vous. Il y avait parmi nous une ancienne enseignante qui ne semblait jamais sortir, mais qui suivait toujours ça de très près. Il nous était donc impossible de sortir sans mettre notre 10 cents dans la bouteille. À la fin du mois, nous utilisions l’argent déposé pour acheter du fromage, des craquelins et des boissons gazeuses, et faisions un petit pique-nique sous les étoiles, étendues sur des couvertures. Un jour, nous avons été dénoncées et avons reçu la visite d’un officier et d’un caporal. Heureusement, nous avions eu vent de cette visite et avons eu le temps de prendre nos choses, de courir jusqu’à notre chambre et de nous coucher avant leur arrivée.

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