Témoignages d'anciens combattants:
Don Wolfe

Armée

  • Donald Wolfe à Camp Shilo à Winnipeg dans le Manitoba en 1939. Il a rejoint le Queen's Own Cameron Highlanders le 10 septembre 1939 à l'âge de 18 ans. À noter que l'armée fournissait des chemises à manches longues avec l'insigne du Queen's Own Cameron Highlanders.

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  • Donald Wolfe avec un uniforme de l'armée datant de la Première Guerre mondiale. Il a dû acheter un maillot de bain pour le porter en dessous du kilt afin d'avoir chaud. "Il m'a fallu porter cet uniforme pendant six mois avant que les nouveaux soient fabriqués et distribués."

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  • Donald Wolfe à Camp Shilo en 1939. Les soldats dormaient dans les tentes Bell en forme de cloche, qu'on voit à l'arrière plan, jusqu'à l'hiver, où on les a transportés dans un vieil entrepôt près de la rue principale de Winnipeg dans le Manitoba.

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  • Donald Wolfe, qu'on voit à droite, se rendant à Halifax afin de prendre un bateau pour l'Angleterre.

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  • Photo du Louis Pasteur, le bateau qui a emmené Donald Wolfe d'Halifax, Nouvelle Écosse, en Angleterre. "La première fois que je l'ai pris (le bateau), il y avait une piscine dans laquelle on pouvait se baigner... 50 pour cent de l'équipage était français et 50 pour cent anglais. Pour retourner au Canada en 1945, j'ai pris le même bateau. On utilisait désormais la piscine pour ranger les pommes de terre."

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Écoutez ce témoignage

"Ils [les Allemands] nous attendaient sur la digue là-haut à Dieppe en France. Alors à peine descendu de la péniche de débarquement, bonté divine, ça a été meurtrier."

Transcription

Ma première bataille de là, on est allés en Angleterre en 1940. Ensuite, ma première bataille a eu lieu le 18 [19] août 1942, c’était le raid de Dieppe [sur la côte normande en France]. Et pour moi, ils ne l’admettront pas, mais pour moi, c’était du suicide. Maintenant, c’était [au tour de] mon bataillon d’attaquer, on était 600 à avoir participé à une bataille qui a duré neuf heures et on a laissé sur la plage 400 morts et blessés. Alors voilà comment ça s’est déroulé. Mais en tout cas, j’ai réussi à repartir.

Comment je suis reparti, vous ne le saurez jamais. Parce que voilà ce qui est arrivé. J’essayais de nager avec mes godillots de l’armée et mes guêtres [un morceau de toile qui couvre le bas de la jambe par dessus la chaussure] et je n’arrivais pas à rester à la surface. Alors ce que j’ai fait, il fallait que je monte et que je descende dans deux mètres cinquante d’eau environ, parce qu’ils [les Allemands] avaient des mitrailleuses sur l’eau. Alors ce que j’ai fait, j’ai fait ça, monter et descendre, jusqu’à ce que j’aie réussi à retirer mes chaussures. Quand je me suis finalement débarrassé de mes guêtres et de mes chaussures, j’ai pu m’éloigner à la nage dans la Manche et ils m’ont récupéré avec une péniche de débarquement. Alors c’est comme cela que j’ai survécu au raid de Dieppe.

Mais c’était, en fait, c’était en ce qui me concerne, du pur suicide. C’était, oh, c’était, si vous aviez vu ça. Ils [les Allemands] nous attendaient sur la digue là-haut à Dieppe en France. Alors à peine descendu de la péniche de débarquement, bonté divine, ça a été meurtrier. Comme je l’ai dit, quand on a débarqué à Dieppe, il y avait une ville sur la droite de Dieppe qu’ils appelaient Pourville. Or, Pourville, c’est là qu’on a débarqué. Donc mon bataillon ou ma brigade, la [6e] Brigade [d’infanterie canadienne] et la 2e Div [(ision) de l’infanterie canadienne], on est allé plus loin que n’importe qui d’autre. Parce qu’ils n’avaient pas, parce qu’on n’était pas, on était, oh, sans doute à trois kilomètres ou plus de Dieppe.

Alors ce qui est arrivé ensuite, quand on est arrivés, et on a fait demi-tour et on retourne sur le front encore, et ensuite on a remonté la côte jusqu’à Dieppe. Et bon sang, c’était épouvantable. Vous ne verrez jamais autant de morts de toute votre vie, autant de morts et de blessés de toute votre vie.

Parce que j’avais avalé tellement d’eau salée, ils m’ont mis d’office à l’hôpital. Et j’y suis resté pendant, oh, une bonne semaine. Et après m’être débarrassé de tout le sel, ensuite ce que j’ai fait, je suis retourné dans mon bataillon. On a débarqué au même endroit [à Graye-sur-mer en Normandie, le 7 juillet 1944] comme pour le raid de Dieppe. De tout le monde, quand on est arrivé à Dieppe la seconde fois, il n’y avait plus que 35 d’entre nous du début.

J’étais sous-officier, j’étais caporal. Et mon travail, c’était la démolition. Autrement dit, s’il y avait le moindre barrage sur la route ou quoi que ce soit, et qu’un char devait passer par cette route, et quelque soit l’obstacle ils arrêtaient le moteur parce que 90 pour cent du temps les barrages étaient piégés. Alors ils nous appelaient et, avec ma jeep et mes gars, on faisait sauter le barrage. Et ensuite, on travaillait sur 60 à 90 mètres à l’intérieur des lignes allemandes pour être sûrs qu’il n’y avait pas d’autres points faibles sur la route qui pourraient être des bombes. Et le seul moyen qu’on avait pour se débarrasser d’un barrage, c’était en utilisant des explosifs. C’était de l’amatol. Et aux deux extrémités du barrage, les Allemands mettaient [ce qu’] ils appelaient une Mine-S [une mine anti personnelle destinée à être utilisée en plein air]. Or, ces mines, si vous faites sauter un barrage et qu’un morceau de caillou ou autre atterri sur une mine, ça la propulsait dans les airs à deux mètres cinquante, trois mètres et elle explosait. Or, quiconque se trouvait dans les parages, il fallait avoir de la chance pour survivre, il fallait être particulièrement chanceux.

Tous nos morts et nos blessés, l’ennemi, ils les piégeaient avec des chaussures explosives [une petite boite en bois qui était une mine à fragmentation allemande] et autour du cou. Comme ça si quelqu’un prenait un cadavre pour le mettre sur une civière ou autre, il sautait.

J’avais un système. Ce que je faisais avec mon peloton, j’avais un bâton en bois de, d’une quinzaine de mètres environ. Et j’avais un morceau de corde au bout et je mettais la corde autour du poignet du cadavre et je le tirais sur le côté. Et dès que je le tirais sur le côté, s’il était piégé avec des chaussures explosives, ça lui faisait sauter la tête, mais au moins je ne me faisais pas tuer. Et on avait vraiment beaucoup de chance, car on avait des tas de couvertures, alors si quelqu’un avait perdu certaines parties du corps, on le recouvrait tout simplement. Alors ça fonctionnait très bien.

Quand vous commencez à revivre les événements de la guerre, ce n’est pas bon. Or, ce que j’ai traversé en étant soldat de première ligne, vous n’avez aucune idée de ce que c’était. Ils m’ont dit que, les docteurs et eux, ils m’ont dit, s’ils continuent à parler de la guerre, et ça va me guérir dans la tête. Et vous savez quoi? Je l’ai fait. Je me sens à 100 pour cent maintenant. Parce que vous voyez, je revivais tout ce que j’avais traversé. Oh mon Dieu, oh bon sang, je dirais pendant presqu’un an. Oui, oh mon Dieu, c’était, je ne pouvais pas dormir. Par exemple je me réveillais à 3 heures du matin et c’était comme si j’y étais. Et c’était épouvantable. Et puis il a eu cette dame psychiatre, elle m’a dit : « Est-ce que vous en parlez? » J’ai répondu : « Non. » Elle dit : « Vous allez commencez tout de suite. » Alors j’ai commencé à en parler et vous savez, après trois ou quatre mois, j’étais devenu quelqu’un d’autre.

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