Témoignages d'anciens combattants:
Wallace “Wally” Phillips

Marine

  • Lieutenant Wallace Phillips, escadron No. 408 (Goose), Force Royale Canadienne de l'Air.

    Wallace Philipps, DFC, BA
  • Équipage du Lancaster du Lieutenant Wallace Phillips, escadron No. 408 (Goose) Force Royale Canadienne de l'Air (RCAF). De gauche à droite: Sgt Porten, régleur de bombe; Sgt Wilson, Ingénieur d'aviation; Sgt Rogers, Opérateur télégraphiste; F/O Wood, Navigateur; Sgt Currie, Artilleur; Sgt Lapierre, Artilleur; F/O Phillips, Pilote.

    Wallace Philipps, DFC, BA
  • Page du journal de bord de la Force Royale Canadienne Aérienne de Wallace Philipps, montrant les opérations de bombardement contre Berlin en janvier 1944.

    Wallace Phillips, DFC, BA
  • Page du journal de bord de Wallace Philips, montrant les opérations de bombardement contre Berlin, Leipzig et Stuttgart en février 1944.

    Wallace Philipps, DFC, BA
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"Vous devez croire que quand vous tuez un millier de personnes, et j’ai peut-être atteint ce nombre moi, je ne sais pas, ça a peut-être éviter à des dizaines de milliers d’autres gens d’être tués."

Transcription

Quand la guerre a éclaté, quelque part au mois de novembre, mais peu importe, je suis allé m’engager dans les forces aériennes et pour reprendre ma formule un peu éculée désormais, j’avais demandé à être pilote. Et la réponse, nous avons déjà un pilote. A partir de ce moment-là, ils ne m’ont jamais appelé, alors je me suis adressé aux gens de la marine, et les gens de la marine, c’était en décembre 1939, la RCNVR [ Les volontaires réservistes de la marine royale canadienne] à Montréal m’ont envoyé à Halifax comme employé aux écritures. Ce n’était pas un poste très glorieux mais il fallait des gens avec de l’expérience en comptabilité et toutes ces choses là. Vous faisiez des travaux d’écriture mais ça n’avait rien de littéraire.

Et après avoir passé quelques temps à Halifax, la marine royale canadienne voulait ouvrir une base à Plymouth en Angleterre, parce qu’ils avaient quelques petits destroyers par là-bas au début de la guerre. Et c’était en 1941. Je m’étais porté volontaire pour faire partie de ce groupe qu’ils rassemblaient pour partir à Plymouth. Mais malheureusement, au moment précis où je suis arrivé là-bas et je crois que c’était en janvier 1941, c’est exactement quand les bombardements de la côte sud ouest et particulièrement là où j’étais à Plymouth, battaient leur plein. Donc j’étais arrivé là au tout début et j’ai subi le Blitz [attaque éclair] sur Plymouth, ce qui était une expérience impressionnante, que je préfèrerais ne pas répéter.

Et finalement, après que ce soit terminé, on nous avait donné une permission et puis on nous avait renvoyé en Amérique du nord. Moi, on m’avait envoyé à Saint John, Terre Neuve et c’est là que j’ai commencé à explorer ce qui s’offrait à moi et qui serait un peu plus dans mes cordes. Travailler aux écritures c’était très bien mais n’importe qui pouvait le faire et moi j’étais en pleine forme physique à cette époque alors j’ai demandé à être transféré dans l’armée de l’air. J’ai refait mes classes depuis le commencement dans la RACF [ Royal Canadian Air Force] et c’est à ce moment-là que je suis finalement devenu pilote, et je suis reparti outre-mer.

J’ai fait ma période, ce qui consistait à être au Bomber Command et procéder aux bombardements, faire un minimum de 30 vols avec pour destination différentes cibles qui se trouvaient toutes dans la Ruhr [ Allemagne] au début. C’était l’endroit le plus facile à atteindre mais la plupart de mes opérations étaient, bon, j’ai survolé Berlin 12 fois, c’était la principale cible et la plus difficile aussi entre 1943 et 1944. Et ensuite, quand j’ai eu fini cette période, ils ne vous renvoyaient pas au pays bien-sûr, il y avait beaucoup de choses à faire. On m’a donné un poste d’instructeur, alors j’ai fait une autre période, je ne risquais pas de me faire tirer dessus pendant celle-là. Je formais des gens dans plusieurs unités en Angleterre, des gens qui comme moi étaient arrivés là avant d’être transférés au Bomber Command.

Quand j’ai eu fini ma période, c’était le début du mois de mars 1944, et j’ai fait de la formation jusqu’en 1945. Quand on est un équipage comme le notre, je me dis à moi-même, parce que je pense en ces termes, tu ne peux pas partir en vol en espérant que tu ne vas pas tuer qui que ce soit parce que tuer c’est au cœur même de la guerre. Vous devez croire que quand vous tuez un millier de personnes, et j’ai peut-être atteint ce nombre moi, je ne sais pas, merci mon dieu je ne sais pas, ça a peut-être éviter à des dizaines de milliers d’autres gens d’être tués. Les nazis étaient résolus à annexer l’Europe et tout le monde sait très bien, ils voulaient annexer l’Angleterre aussi. Et ça, ça ils auraient pu y arriver s’il n’y avait pas eu nos troupes. Pas seulement les forces aériennes évidemment, les troupes en général, qui devaient tuer des gens pour y arriver. Vous deviez, comme quand il y avait eu les raids sur les barrages de Möhne par exemple, on avait utiliser des Lancaster pour ça, je n’en faisais pas partie, c’était un équipage particulier. Ils ont fait explosé les barrages et ça avait été la vallée de la Ruhr et l’eau de trois barrages qui avaient explosés s’était déversée dans la campagne, et dieu seul sait combien de milliers de gens avaient éliminés au passage.

Ca faisait partie de la guerre. L’idée derrière tout ça c’était de les empêcher de faire la même chose et tout le monde sait très bien qu’ils l’auraient fait s’ils étaient arrivés en Angleterre. Et ce n’était pas très loin. Alors vous penser à l’avenir dans tout ça. Je n’aurais sûrement pas pu faire mon travail si j’avais été indigné par le genre de travail que nous faisions. Et Dieu sait, je n’avais jamais pensé à tuer qui que ce soit avant la guerre mais ça arrive quand on fait la guerre.

Quand vous avez la vingtaine, que vous êtes en vie et en bonne santé et que vous travaillez comme ça, vous faites ce genre de choses, chaque jour est important. Vous vivez une expérience ineffable et beaucoup de choses vous semblent insignifiantes après ça. Quand la guerre est terminée, vous savez, vos impressions sont différentes. Et j’avais de la chance, j’avais une bon équipage et vous savez, on était très amis en même temps qu’on faisait partie du même équipage, et ça aide beaucoup.

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