Témoignages d'anciens combattants:
René Bertrand

Marine

  • Photo de Mr. Bertrand prise à l'hiver 1941-1942, probablement à bord du dragueur de mines NCSM Vegreville. Mr. Bertrand se souvient qu'il était très difficile de prendre des photos, car les caméras à bord étaient défendues à l'époque, jusqu'en 1944.

  • Photo de Mr. Bertrand prise vers 1943-1944 à la roue du NCSM Kitchener en convoi outremer dans l'Atlantique Nord.

  • Automne 1945. Coupure de journal d'époque montrant Mr. Bertrand (à gauche avec un enfant) en compagnie de membres d'équipage du NCSM Ontario.

  • NCSM Ontario, 1945. Après avoir servi dans le Golfe du Bengale contre les Japonais, l'équipage fut envoyé à Singapoure. En août 1945, l'équipage fut déployé à Hong Kong pour porter secours aux civils britanniques capturés par les Japonais durant les hostilités.

  • Photographie contemporaine de Mr. Bertrand.

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"Tout le monde sont nerveux, tout le monde ont peur, puis tout le monde s’agite, mais (il y a) un respect absolu. Ça la marine, que j’ai donc aimé ça, c'est le respect du gars à côté de toi. C’est un travail d'équipe."

Transcription

J'ai marché à peu près huit ou dix pieds, puis il m’a dit : ‘Hey, come back here! Bertrand, come back here!’

Je reviens vers lui. Il dit: ‘I'm sorry.’ Il a dit: ‘How old are you?’

‘I was born the 15 of March, 1923.’

He says: ‘I am sorry but we'll need proof of age.’ Ah ben, j'ai dit : « Ça parle au diable! »

Alors: ‘You come back, you're always welcome. We're open every day, blah, blah, blah'…’

Alors, je suis revenu chez nous à L'Orignal (Ontario) par autobus et puis comme de raison, je n'avais pas parlé à mes parents encore de cela. Mon père était un gentil monsieur doux que j'aime puis j'ai aimé, mais il était en maudit contre moi. C'est pour l'affaire du collège-là. Il n'avait pas aimé ça.

Alors je travaillais dans le magasin d'un de mes oncles, une espèce d'épicerie, ferronnerie, mais l'idée d'enrôlement est toujours là. Alors un de mes amis, un nommé L’Écuyer à L’Orignal, s’était enrôlé dans la marine et puis-là il finissait son entraînement à Montréal, il s'en allait à Halifax, puis il est revenu au village. Alors quand je l'ai vu je lui ai dit : « Bon Dieu Henri, comment est-ce que tu as fait pour rentrer? »

« C'est ben simple. » Mais lui il était deux ans plus que vieux que moi. Alors bon ben il dit : « À Montréal, il dit... » Ça c’était en 1941, ils courraient après pour les recrues. La marine c'est tous des volontaires. Alors, Henry - on l'appelait Hank L’Écuyer - il dit : « Bon Dieu, va à Montréal. Ils courent dans la rue, puis s'ils voient un grand jeune homme ils disent, ‘Why don't you join the navy? Pourquoi tu ne rentres pas dans la marine? Tu vas voir le monde. Tu vas te promener partout! »

Ben moi, ma job c'était le... Il nous donnait un creuseur. On va dire, on disait c'est des fathoms (la brasse, unité de mesure employée dans la marine) dans la marine. Un fathom c'est à peu près six pieds. Bon ben, il disait 'six fathoms'. Mais tu savais qu'il faudrait que tu ajustes ton détonateur dans la depth charge (grenade sous-marine)- il y avait un tube là - pour le ‘sea fathom’ pour 40 pieds on va dire. Puis à cette pression-là elle pétait, alors c'était ma job à moi et le firer (ouvrir le feu). J'avais un firing string (détente) et puis un détonateur, puis c’était en dedans. Puis là, ben on attendait du bridge (le pont du navire). Le bridge en bas, il donnait ordre au signalmen (signaleur) en arrière de nous autres, puis là il disait : ‘Okay, fire!’

Bon ben là, nous autres on est à deux depth chargethrowers (manœuvres de grenades sous-marines) sur un bord, deux depth charge throwers sur l'autre, puis deux chutes en arrière. En arrière il y avait des chutes, c'est des railing (rails), puis il y avait des depth charges là-dessus. Bon ben alors eux autres en ‘droppaient’ (balançaient) une de chaque bord. Eux autres ne faisaient qu’enlever le break (frein) puis la depth charge tombait à l'eau. Mais là, en donnant fire (ordre de tirer), il criait : ‘Full ahead, full steam, both engines!’ Là on partait de zéro à 10 miles-20 miles à l'heure. Les depth charges descendaient, mettons qu'ils étaient à 50 pieds pour péter (exploser). Bon bien, vois-tu, ça n’était pas proche du convoi Ça c'est parce qu'on avait couru après ce que l’on croyait être le sous-marin, leur direction et puis les officiers essayaient de deviner. Eh bien là, à cause de cela, il y avait d’autres escortes, des fois on était trois (contre-torpilleurs) de front. Mais il ne fallait pas que l’un (des contre-torpilleurs) ne fasse péter (exploser) l'autre non plus. Il ne fallait pas qu’ils soient l'un avant l'autre. Quand ça pétait en dessous de l'eau là, ça soulevait à peu près à 50-60 pieds de l'eau là. Au moins ça. Un bateau se trouvant là se faisait arracher l'arrière, c’est bien certain!

Tout le monde sont nerveux, tout le monde ont peur, puis tout le monde s’agite, mais (il y a) un respect absolu. Ça la marine, que j’ai donc aimé ça, c'est le respect du gars à côté de toi. C’est un travail d'équipe. Si lui ne fait pas sa job, toi tu es en danger.

Là on s’allumait une cigarette mon vieux puis, ouf! maudit qu’elle était bonne! C'était tough. C'était tough en maudit. Puis un convoi attaqué, c'était terrible chose à voir.

Nous autres on bombardait les côtes actuellement en support aux troupes qui avançaient, en repoussant les Japonais vers le nord. Et puis on n’a pas fait beaucoup de bombardements. C'était une guerre quasiment agréable (dans le Pacifique).

De temps en temps les Japonais, ils avaient la misère. Ils perdaient. Il y avait quelques avions de temps en temps, ils appelaient cela un Zero (chasseur japonais Mitsubishi A6M Zero). Et puis de temps en temps il nous venait un Zero au-dessus de la tête puis ça n'a pas été long qu'on ouvrait le feu. Il remontait, il s’en allait ou sinon nos hommes l’abattaient.

Deux British, on était avec le British Indian Fleet actuellement. Alors là, comme je t'ai dit là, personne ne nous tirait dessus. Ce n'est pas achalant mon vieux... Nous autres, nos avions alliés nous donnaient un target (une cible) dans la jungle- tel degré de longitude, tel degré de latitude, il y avait des troupes japonaises. On se collait à peu près à 2-3 miles des côtes dans la Baie de Bengale et puis on ouvrait le feu (rires).

Nous autres, notre job était de rentrer dans les camps de concentration que les Japonais avaient tout emprisonné les civils! C'était tous des Britanniques, c'était une colonie britannique, Hong Kong. Ça faisait pitié. Tout le monde là, ce n'était pas du monde gras là, mais-là c'était tous des squelettes quasiment. Des squelettes ambulants.

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