Témoignages d'anciens combattants:
Maurice Guérin

Armée

  • Photo de M. Guérin prise quelques temps après son débarquement en France, juillet 1944.

    Maurice Guerin
  • M. Guérin s'entraînant à la course à obstacles à Sherbrooke (Québec), 1942.

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  • Devant un tramway lors d'une visite en Allemagne, 1945.

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  • M. Guérin (à droite) posant avec un frère d'armes à Bruxelles, juillet 1945.

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  • Le caporal Maurice Guérin, du 8th Reconnaissance Regiment (14th Canadian Hussars).

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"Quand ils sont venus nous visiter après, on était en train de manger du poulet. Ils nous ont demandé ou on avait pris ça. On dit : voyons, chez Steinberg !"

Transcription

Un moment donné, ils nous ont réunis sur la place principale de l'armée et ils nous ont dit : « Ce matin vous allez écouter monsieur Churchill. » Un moment donné, monsieur Churchill est arrivé (Winston Churchill, premier ministre britannique): « Ladies and gentlemen and soldiers, this morning at 6:00 a.m. the allied invasion has started. » Là ça applaudit, c'était quelque chose d'extraordinaire d'entendre Churchill parlé à la radio. C'était au mois de juin, le 8 juin (1944). La bataille (le débarquement de Normandie) venait de commencer. Il s'attendait à ce qu'il y ait une percée. Il n’y en a pas eu pendant un bout de temps parce qu'on a eu du trouble en maudit dans ce bout-là. Les Allemands étaient forts. La seule chose qu'ils n'avaient pas c'était les avions, tout le restant ils l'avaient. On a atterri savez-vous quoi ? First Canadian Army Cage (en référence aux différents camps provisoires de détention administrés par le personnel de la 1ère Armée canadienne sur la ligne de front). La première cage pour les prisonniers. On a gardé les prisonniers du mois d'août à aller jusqu'au mois d'octobre (1944). J'ai gardé cent mille prisonniers. Au commencement il y avait de prisonniers pendant qu'on combattait à Caen et à Carpiquet. Carpiquet c'était l'aérodrome. Les Américains sont passés par en arrière de côté. Il y avait une grosse poche, on a pogné des gars, ça n'a pas de bon sens, des Allemands-là (dans le contexte de la bataille de la Poche de Falaise, du 12 au 21 août 1944). L'attaque a fini parce que les Allemands étaient prisonniers. On était First Army Cage. Y'en arrivaient et pis y'en arrivaient ! Il fallait s'en débarrasser. On les mettait à peu près cinq cents, trois par trois. On les comptait. Et après les avoir comptés, on partait cinq ou six gars avec des fusils. Moi j'avais un Sten Gun (le pistolet-mitrailleur britannique Sten). On allait les mener au bateau en marchant, peut-être deux-trois miles ou quatre miles. On les donnait au MP anglais (Military Police, le personnel de la police militaire britannique). Eux autres les embarquaient sur des bateaux, je ne sais pas où ils allaient avec. Je ne sais pas s’ils ont été en Angleterre en premier et au Canada après, je ne sais pas. Nous autres où on était la première fois que je suis arrivé, on vivait dans plusieurs maisons et puis, on vivait. Il fallait aller aux headquarters (quartiers-généraux). Alors le sergent m'a dit que c'était mon tour d'aller chercher le manger. Il me dit : « Va chercher le manger et des pêches t'en rapportera, hein ! » Quand je suis arrivé là-bas, il y avait quatre-cinq troupes (soldats), alors il y avait quatre-cinq gars qui attendaient pour la nourriture, dont un gars qui avait pris des peaux de lapins et il les avait réunies ensemble pour se faire des vêtements pour les soldats. Nous autres on en avait de ça, donc on se ressemblait tous. C'était-tu un sergent ? C'était-tu un caporal ? C'était-tu un soldat qui avait ça? Le titre n'était pas marqué sur ces affaires-là. Un moment donné la bataille a pris en un autre gars pis moé (moi). Moi je lui ai dit: « Le lieutenant m'a dit d'amener des pêches, » je lui ai dit: « Moi j'amène des pêches. » Il dit: « Moi aussi j'en veux. » Je lui ai dit: « La prochaine fois ça va être à toi, là c'est à moé là. » J'ai réussi mon point. Après il dit: « Il commence à faire chaud, je vais enlever ça. » C'était un caporal! (Rires.) J'étais après me chicaner avec le caporal. Je lui ai dit : « C'est correct caporal, c'est un lance-caporal avant moi. » Finalement, on est revenu. Un moment donné, on a appris que le gars d'à côté avait un poulailler. Alors, nous sommes partis le soir et on est allé leur volé des poules dans le poulailler! (Rires.) Quand ils sont venus nous visiter après, on était en train de manger du poulet. Ils nous ont demandé ou on avait pris ça. On dit : voyons, chez Steinberg ! On était rendu dans la forêt de Reichswald et puis la deuxième division (Deuxième Division d’infanterie canadienne) était dans des tranchés et ils ont dit : « Vous ne descendez pas la côte, les Allemands sont dans la maison, la première maison qui est là. On va la prendre d'assaut tout à l'heure. » Juste avant de partir le lieutenant nous a dit: « C’est ben de valeur, mais on n'y va pas. » L'infanterie est petite, on n’est pas pour aller au-devant de l'infanterie quand ils savent à quelle place que les Allemands sont. Et là on a vu un soldat du Toronto Scottish (The Toronto Scottish Regiment) qui allait vérifier pour les mines sur le chemin. Quinze minutes plus tard quand il revient, il était sur un stretcher (brancard) et puis il lui manquait une jambe. Ça m'avait frappé ça. Derrière une ville ou quelque chose de même, toujours est-il qu'il fallait avancer vite. Alors nous autres on avançait quand ils nous tiraient dessus. C'est là qu'on savait qu'ils étaient rendus là. Là on appelait l'infanterie et là eux autres ils se dépêchaient à venir. Mais le 14 juillet 1944, j'étais en Normandie. Alors que pour le 14 juillet ils ont fait une parade. Alors, il y avait des soldats français, des soldats anglais, des soldats canadiens, des soldats américains. Ils ont fait une parade et moi j'étais de côté et je regardais ça avec un vieux monsieur qui avait un petit gars sur ses épaules. Il dit : « Grand-papa, pourquoi pleures-tu ? » Il dit : « Je pleure parce que la France va être libérée. » Ça m’avait frappé.
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