Témoignages d'anciens combattants:
John Boyd

Armée

  • Les capitaines Alan Duckett et Seth Halton censurant une copie qui allait être imprimée pour la première émission du journal Maple Leaf à Caen, en France le 28 juillet 1944. John Boyd était édieur au Signalman; un journal du Royal Canadian Corps of Signals.

    Credit: Lieut. Michael M. Dean / Canada. Dept. of National Defence / Library and Archives Canada / PA-162352 Restrictions on use: Nil Copyright: Expired
  • L'Officier Supérieure d'entraide Dorothy King de la Croix Rouge canadienne remettant des exemplaires de Canada's Weekly au Signaleur N.L. Grant à l'Hôpital Général canadien, Corps médical militaire royal du Canada (RCAMC) à Gent en Belgique, La photo a été prise le 11 décembre 1944.
    John Boyd a travaillé en tant qu'éditeur pour le magazine The Signalman du Corps médical militaire royal du Canada.

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"Ils m’ont fait passé l’entretien et ils m’ont embauché sur le champ. Alors je suis devenu rédacteur en chef du The Signalman et ce fut le début d’une nouvelle vie pour moi."

Transcription

Tout d’abord laissez-moi expliquer mes antécédents, je viens d’un milieu de gauche. Mon grand-père était socialiste, mon père était socialiste et puis en 1920, quand le Parti Communiste a été fondé, ils sont devenus communistes et j’ai grandi au sein d’une famille communiste. Et puis je suis moi-même devenu un jeune communiste, dans les jeunesses communistes et j’ai continué jusqu’à l’âge adulte. Et j’ai commencé à perdre mes illusions et à me sentir découragé vers la fin des années 30 et pendant la guerre à cause de Staline et finalement, en 1968, j’ai quitté le parti.

Un jour, je venais juste de terminer mon entrainement élémentaire et j’étais prêt à entamer ma formation dans les transmissions, j’ai reçu un coup de téléphone pour me dire que l’inspecteur de l’armée voulait me voir. Je ne savais pas ce qu’était qu’un inspecteur de l’armée mais je suis allé le voir. Et je me tenais devant lui et il avait des documents devant lui et il dit : « Caporal Boyd, vous allez devoir quitter les transmissions. » Je dis : « Pourquoi ? » Il dit : « Je ne suis pas autorisé à vous le dire. » Et j’ai vu, en tant que rédacteur travaillant à l’imprimerie, j’avais l’habitude de lire à l’envers, j’ai vu sur son document il y avait en rouge : Signaleur Boyd et non sensible. Et j’ai su immédiatement ce que ça voulait dire. Et je lui ai dit, bon, je lui ai demandé pourquoi. Il m’a répondu : « Je ne suis pas autorisé à vous le dire. » J’ai dit : « Oui je sais, c’est pour des raisons politiques parce que j’étais communiste. » Et il dit : « Bon, je ne me rappelle pas de ça, vous devez partir tout simplement. » Et je dis : « Quand ? » Et il dit : « Tout de suite. » J’ai dit : « Bon et je peux faire une réclamation à ce sujet ? » Il dit : « À l’armée, vous ne pouvez pas vous plaindre, vous pouvez protestez. » J’ai dit : « Bon, et auprès de qui dois-je protester ? » Il a dit : « Et bien vous pourriez écrire une lettre à l’inspecteur de l’armée à Ottawa et expliquer. » Je demande : « Mais puis-je faire ça maintenant ? » Il répond : « Non, vous devrez partir de toute façon. »

Alors j’étais très déçu évidemment, je suis retourné à mon baraquement et par chance ou par un heureux hasard, le gars juste à côté de moi dans le baraquement a attrapé la rougeole. Et on nous a mis en quarantaine pendant six semaines. Et j’ai dit : « Bon sang. » Oh, j’ai oublié de vous dire qu’il (l’inspecteur de l’armée) a dit : « oui, je pouvais écrire une lettre. » Alors j’ai décidé qu’étant donné que je devais rester en quarantaine pendant six semaines et que je ne pouvais pas partir, j’allais écrire une lettre à l’inspecteur de l’armée à Ottawa, ce que j’ai fait. Et dans la lettre pour l’inspecteur, j’ai dit que je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais pas rester dans les transmissions, j’ai dit que je n’avais jamais été arrêté, n’avais jamais rien fait contre le pays ou quoi que ce soit. Et de plus j’ai dit que je connaissais des communistes, des gens qui étaient communistes et qui s’étaient engagés dans l’armée et étaient partis outre-mer et certains avaient été nommés major et je n’avais pas de noms mais, l’un d’entre eux avait reçu le grade de capitaine et il y avait de nombreux lieutenants, ils étaient communistes et je ne voyais pas pourquoi moi je ne pourrais pas. Alors j’ai posté la lettre et j’ai attendu en ne faisant rien, sans aller dans les transmissions et j’avais fini mes classes. Et puis j’ai reçu un appel de l’inspecteur de l’armée, qui a dit que je pouvais rester.

Peu de temps après avoir passé l’entretien avec l’inspecteur de l’armée, je reçois un appel, il y avait une annonce comme quoi ils cherchaient un rédacteur en chef. Voici ce qui s’est passé. Le rédacteur en chef du The Signalman (magazine du corps des transmissions au camp Barriefield à Kingston en Ontario), qui travaillait à l’imprimerie à Kingston (Ontario) avait été retrouvé ivre mort un jour et alors il avait été viré. Donc ils avaient mis une annonce, les personnes avec de l’expérience dans le rédactionnel, qu’elles postulent pour le travail de rédacteur en chef du magazine du camp, Signalman.

Alors j’ai postulé et j’ai passé un entretien et il y avait Dennis Braithwaite qui travaillait au Toronto Evening Telegram (journal de Toronto qui a été publié de 1876 à 1971) à ce moment-là, est venu pour se joindre à nous, on était trois ou quatre. Mais je m’appelle Boyd et ils m’ont fait passé l’entretien et ils m’ont embauché sur le champ. Alors je suis devenu rédacteur en chef du The Signalman et ce fut le début d’une nouvelle vie pour moi.

Or, le magazine était un truc assez rasant, c’était juste les promotions habituelles de l’armée, et les départs, les arrivées, ce qui se passait. Et j’ai décidé de lui donner un coup de neuf. J’ai commencé par ajouter des anecdotes, des blagues, en m’assurant qu’elles n’étaient pas trop risquées mais à la limite. Et j’écrivais des éditoriaux au sujet de choses dans l’armée. J’ai écrit un livre par exemple au sujet de, ce qui se passait sur les fronts et ainsi de suite et j’ai écrit un éditorial sur les « zombies » (terme dérogatoire pour les canadiens qui étaient conscrits et envoyé en service outre-mer en 1945 en vertu de la loi sur la mobilisation des ressources nationales) disant que les « zombies » étaient ceux qui ne s’étaient pas portés volontaires mais il y avait des volontaires et ceux qui étaient appelés sous les drapeaux étaient appelés « zombies ». J’ai écrit un éditorial disant pourquoi les gens devraient s’engager dans l’armée à cause de la situation sur les fronts et ainsi de suite.

J’ai aussi fait quelque chose d’autre. Dans l’armée, il y avait un mess pour les caporaux et un mess pour les sergents. Et les deux entrées étaient proches l’une de l’autre et j’ai décidé, j’ai pris de grandes feuilles de papier journal et chaque jour, à midi, ces soldats venaient là pour prendre une bière, j’avais une grande feuille de papier journal et sur le papier journal, dans la matinée, j’écrivais des nouvelles en deux lignes, deux lignes pour chacune, ce qui se passait sur le front principalement et aussi ce qui se passait dans le gouvernement, les événements importants, les événements internationaux et les canadiens. Et je savais que ces soldats, nombre de ces soldats ne lisaient pas de journaux, n’en avaient pas et, à cette époque, ils n’avaient pas de radio portative comme ils en ont eu plus tard. Alors c’était un service pour eux et ils s’arrêtaient bien pour jeter un coup d’œil, vite fait deux lignes, pour savoir ce qui se passait. Et les huiles appréciaient.

Une autre chose que j’ai ajouté, j’ai pris un dessinateur humoristique au camp pour écrire, pour créer un personnage nommé the Vimy Wolf. C’était un soldat en uniforme mais avec une tête de loup et il reluquait les jolies femmes en maillot de bain et ainsi de suite, entouré de toutes ces femmes et c’était un Vimy Wolf. Autrement dit, le gars était là pour les filles. Et c’est devenu un personnage très populaire, les gens attendaient avec impatience de voir ce que Vimy Wolf allait faire ce mois-ci. Et bien sûr, ils appréciaient les blagues, je racontais plein de blagues.

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